Swissness
Comment est réglementée l'utilisation de la croix suisse?
L’apposition de la croix suisse ou de la mention «Suisse» sur un produit ou un service est un argument marketing fort. Les consommateurs l’associent à un gage de qualité et sont prêts à débourser le prix fort pour ces produits. Depuis l’entrée en vigueur des lois Swissness en 2017, les entreprises doivent respecter des critères précis pour bénéficier de cette valeur ajoutée, sous peine de sanctions pour usage illicite.
21 juillet 2026
Pourquoi c'est important?
Dès le début des années 2000, les croix suisses se sont multipliées sur les produits, alimentaires ou non. Le scandale des casseroles «SIGG Switzerland» produites en Chine, puis celui des cosmétiques «Juvena of Switzerland» venus d'Allemagne ont poussé les consommateurs et l’industrie à réclamer une réglementation précise.
Encore aujourd'hui, la FRC doit rester très attentive à ce que les règles Swissness - finalement entrées en vigueur en 2017 - soient bien respectées, faute de quoi les consommateurs ne pourront plus se fier aux informations données par les entreprises (voir notamment «Lex ON» ci-dessous).
Que dit la loi Swissness?
L’usage de la croix suisse et de la mention «suisse» n'est pas obligatoire. Si une entreprise choisit de les utiliser à des fins publicitaires ou commerciales, elle doit respecter les critères définis dans la législation, notamment la Loi sur la protection des marques (LPM).
Cette loi distingue quatre catégories principales, chacune soumise à des exigences spécifiques:
A. Produits naturels
Pour les produits non transformés, la règle est celle de l’origine directe:
- Minéraux (eau, sel, pierres): le lieu d’extraction doit être en Suisse.
- Végétaux (fruits, bois, plantes): le lieu de récolte doit être en Suisse.
- Animaux d’élevage: la viande est suisse si l’animal a passé la majeure partie de son existence en Suisse. Pour les autres produits (lait, œufs), c’est le lieu de l’élevage qui prime.
- Chasse et pêche: le lieu où l’animal a été chassé ou le poisson pêché détermine la provenance.
B. Denrées alimentaires transformées
C’est ici que les critères sont les plus techniques. Pour qu’une denrée alimentaire porte la croix suisse, deux conditions cumulatives doivent être remplies:
- Transformation essentielle: une étape significative de la transformation doit avoir lieu en Suisse
- Règle des 80 %: au moins 80 % du poids des matières premières utilisées doivent provenir de Suisse.
C. Produits industriels
Pour les objets manufacturés, la logique passe du poids au coût:
- Taux de 60 % : au moins 60 % du coût de revient total doit être réalisé en Suisse.
- Activité déterminante : l’étape de fabrication qui confère au produit ses caractéristiques essentielles doit avoir lieu en Suisse.
- Recherche et développement (R&D): les coûts de R&D effectués en Suisse peuvent être inclus dans le calcul du coût de revient suisse, renforçant ainsi l’éligibilité des produits à haute valeur technologique.
D. Services
Une entreprise peut qualifier ses services de «suisses» si elle dispose d’un réel site administratif en Suisse. Ce site doit être le lieu où sont exercées les activités déterminantes et où sont prises les décisions importantes ayant un impact direct sur la prestation du service.
Où se trouvent les règles concernant l'utilisation de la marque Suisse?
Loi sur la protection des marques et indications de provenance (LPM)
voir aussi ci-dessus.
Loi sur la protection des armoiries (LPAP)
Elle précise notamment que les armoiries de la Confédération (croix suisse placée dans un écusson triangulaire) est réservé à la collectivité publique. Leur emploi par des entreprises privées est en principe interdit, sauf autorisation spéciale.
- Ordonnance sur la protection des marques et des indications de provenance (OPM)
- Ordonnance sur l’utilisation des indications de provenance suisses pour les denrées alimentaires (OIPSD)
- Ordonnance du DEFR sur l'utilisation des indications de provenance suisses pour les denrées alimentaires (OISPD-DEFR)
- Ordonnance sur le registre des appellations d’origine et des indications géographiques pour les produits non agricoles (O sur les AOP/IGP non agricoles)
- Ordonnance sur la protection des armoiries de la Suisse et des autres signes publics (OPAP)
Certaines branches font aussi l'objet d'ordonnances particulières, comme par exemple l'horlogerie:
- Ordonnance réglant l’utilisation du nom «Suisse» pour les montres (ordonnance)
- Ordonnance réglant l'indication de provenance pour les cosmétiques (ordonnance)
«Lex On»: un assouplissement controversé
Début 2026, un événement a ébranlé la confiance dans la rigueur des règles Swissness. L'Institut Fédéral de la Propriété Intellectuelle (IPI) a autorisé la marque zurichoise On à apposer la croix suisse sur ses chaussures, bien que celles-ci soient majoritairement fabriquées en Asie.
L'assouplissement de sa pratique par l'IPI
Jusqu'alors, il était exigé qu'une «étape essentielle de fabrication» (généralement la fabrication physique du produit) ait lieu en Suisse. Dans sa nouvelle pratique, l'IPI a estimé que pour les produits industriels complexes, la recherche et développement réalisée en Suisse, combinée à une ingénierie suisse, pouvait constituer cette étape essentielle, même si l'assemblage final se déroule à l'étranger.
L'IPI justifie cet assouplissement par la réalité des chaînes de valeur mondiales: face aux barrières douanières et aux coûts de production, de nombreuses entreprises suisses seraient contraintes de délocaliser la fabrication physique tout en conservant leur cœur technologique en Suisse. Refuser la croix à ces entreprises reviendrait à pénaliser l'innovation helvétique.
Une tempête politique et économique
Cette décision, surnommée la «Lex On», a provoqué une vive indignation parmi les associations de consommateurs, certaines PME et une partie de la classe politique. Les critiques soulignent plusieurs risques majeurs:
- Dilution de la marque: si la croix suisse peut orner des produits assemblés à l'étranger, le label risque de perdre sa spécificité et la confiance des consommateurs, qui l'associent historiquement à une fabrication locale et à des standards de qualité suisses.
- Concurrence déloyale: les PME qui maintiennent une production physique en Suisse risquent d'être concurrencées par de grands groupes capables de bénéficier du prestige de la croix tout en profitant de coûts de production étrangers.
- Tromperie du consommateur: les associations de défense des consommateurs craignent que la mention «Suisse» ne devienne ambiguë et perdre toute valeur pour les clients finaux.
La réaction parlementaire
Face à ce qui est perçu comme un affaiblissement du label, plusieurs interventions ont été déposées au Parlement fédéral en 2026 pour encadrer ou annuler cette nouvelle pratique, dont une par Sophie Michaud Gigon, Secrétaire générale de la FRC et Conseillère nationale:
La FRC suivra évidemment avec la plus grande attention les réponses et suites données à ces interventions.
Combat historique et position de la FRC
Avant l'entrée en vigueur de ces règles, la FRC s'est engagée pour éviter les exceptions trop larges, pour garantir un pourcentage de matières premières suffisamment élevé et pour limiter les abus.
Étapes-clés
- Janvier 2018: mise à jour du guide pour les demandes d'exception. Réaction de la FRC.
- Janvier 2017: entrée en vigueur de la législation Swissness.
- Novembre 2016: les fabricants alimentaires obtiennent de trop nombreuses exceptions en vertu de l’art. 9 de l’OIPSD.
- Septembre 2015: consultation relative à l’ordonnance de branche réglant l’utilisation du nom «Swiss made» pour les montres.
- Septembre 2015: le Conseil fédéral publie les ordonnances remaniées après la consultation. Réaction de la FRC.
- Juin 2014: mise en consultation des ordonnances d’exécution Swissness. Réaction de la FRC.
- Juin 2013: adoption des projets de lois révisés par l’Assemblée fédérale, après des débats intenses.
- Novembre 2009: le Conseil fédéral approuve le message concernant la révision législative et soumet les projets à l’Assemblée fédérale.
- Novembre 2007: ouverture de la consultation relative à la législation Swissness. Réaction de la FRC.
- Mars et novembre 2006: deux interpellations parlementaires chargent le Conseil fédéral de limiter l’usage abusif de la marque «Suisse» (Hutter 06.3056, Fetz 06.3174), et le rapport du Conseil fédéral y répond positivement.
La position de la FRC
Le projet Swissness était censé garantir aux consommateurs que les produits ainsi estampillés remplissent leurs attentes: contenir essentiellement des ingrédients helvétiques et être élaborés dans le pays. Cela sera le cas pour de nombreux produits dès 2017. Positif!
La législation révisée prévoit toutefois de nombreuses exceptions, justifiées du point de vue des producteurs mais peu intuitives pour les consommateurs. Notamment lorsqu'un ingrédient existe bel et bien en Suisse mais en trop petite quantité pour une production industrielle (noix, avoine, farine de blé riche en protéines).