Article : Alimentation

Boissons énergisantes: du plomb dans les ailes

Enfants: marketing et malbouffe

1.3.2016, Lionel Cretegny, Barbara Pfenniger et Laurence Julliard / Photo: Jean-Luc Barmaverain

Red Bull et Monster en tête, elles séduisent particulièrement les jeunes. La faute à un marketing ultrarodé. Alors que leur composition mériterait de les faire fuir.



Réveil difficile, petit coup de mou dans la concentration ou dans l’effort, mise en condition pour faire la fête ou la prolonger jusqu’au bout de la nuit. Les occasions de consommer une boisson énergisante ne manquent pas. Adolescents, hipsters, working girls et sportifs de l’extrême ont chacun leur canette de prédilection, certaines étant plus associées à une activité. Auprès des jeunes, en formation ou au boulot, le succès de ces energy drinks censés doper le corps et l’esprit ne se dément pas. Les moins de 16 ans sont 62% à en boire chaque semaine et 12,5% tous les jours, selon les derniers chiffres du CHUV de Lausanne.

Mais voilà, ces produits ne sont pas à laisser entre toutes mains ni à tout moment. D’ailleurs, au début des années 1990, ils se vendaient sous le manteau. L’étiquette le précise: «A consommer avec modération. Ne convient pas aux enfants, femmes enceintes et personnes sensibles à la caféine». Car, oui, ces boissons gazéifiées qu’on boit comme du sirop sont des bombes de sucres, fortement chargées en caféine et surdosées en substances discutables. Un cocktail à ne pas mélanger avec de l’alcool, ce que précisent certains emballages. Mais voilà, quand on est jeune et dans le feu de l’action, se soucie-t-on de ce genre de recommandation…?

Une petite canette contient l’équivalent de deux expressos

En route pour le laboratoire. Nous avons fait analyser la teneur en caféine et contrôler si les valeurs étaient conformes aux indications sur les canettes. Résultat: elles le sont, mais une simple canette de 250 ml contient tout de même l’équivalent de deux express; on grimpe à quatre pour 475 ml! Or la caféine peut provoquer de l’irritabilité et des troubles du sommeil chez les sujets sensibles, «quand ce n’est pas le cœur qui cogne trop fort», témoigne Flore.

Source: Anses

Source: Anses

Le breuvage contient deux autres substances problématiques en quantité non négligeable: la taurine – d’où le symbole du taureau sur certains designs –, et le glucuronolactone. La première est un acide aminé naturellement présent dans le corps et l’alimentation, qui agit comme neuro-transmetteur sur le cerveau, le cœur et la digestion. Ses effets pharmacologiques restent encore flous. Or une seule canette en contient 10 fois la dose journalière apportée par l’alimentation. Le second est aussi une molécule qu’on trouve dans l’organisme. Synthétisé par le foie, le glucuronolactone agit tel un sucre concentré qui aide à lutter contre la fatigue. Une cannette peut contenir 500 fois la quantité moyenne apportée par l’alimentation. Est-il toxique pour les reins? Les soupçons planent, mais l’effet sur le long terme de cet apport massif doit encore être étudié.

«Individuellement, ces trois substances ont fait l’objet de nombreuses recherches, explique Barbara Pfenniger, responsable Alimentation à la FRC. En revanche, on connaît mal les effets de leur combinaison sur l’organisme. Et les surdosages pour une personne qui en boit régulièrement sont manifestes.» Raison pour laquelle les produits qui combinent au moins deux de ces molécules se sont vu pénaliser dans notre test.

Energétiques ou énergisantes: même combat

La vitamine B6, qui agit sur le métabolisme cellulaire, a aussi retenu notre attention. Son rôle est essentiel dans la régulation de l’humeur, du sommeil, de la perception de la douleur… Les apports journaliers maximaux ont été fixés à 25 mg, ce que l’alimentation couvre largement. Or certaines canettes de 250 ml en contiennent 5 mg. Il suffit de six cannettes durant une journée pour dépasser la dose. Un apport excédentaire et prolongé peut engendrer des troubles neurologiques, parfois irréversibles: engourdissement des pieds et de la bouche, perte de sensation dans les mains sont les premiers symptômes de toxicité.

Enfin, les energy drinks souffrent du même travers que les boissons énergétiques (Isostar & Co, notre test de juin 2015) pour sportifs d’endurance: leur pH. La majorité de nos échantillons ont une acidité proche d’un jus de citron, ce que les sucres ajoutés camouflent. Parfait pour développer les caries à répétition: à haute dose, l’émail n’y survit pas.

Alors, que leur reste-t-il pour plaire? Pour ceux qui mélangent hardi petit vodka et soda, rien. Et au-delà de toute limite raisonnable, rien non plus!

Lire l’article sur l’univers promotionnel des boissons énergisantes et l’entier du dossier: FRC Mieux choisir 86 – Energy Drinks

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Voir le test des boissons énergisantes

Voir le test des boissons hyperprotéinées et l’article sur le fitness des ados

 

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