Célébration

Le magazine de la FRC a 60 ans

Titre précurseur de la presse de consommation, il a su vivre avec son temps et se renouveler, tout en gardant son indépendance. Échange avec son ancienne rédactrice en chef, Françoise Michel, qui a consacré trente-deux ans à la FRC. Galerie de couvertures choisies et sujets emblématiques.

Enjeux collectifs Concurrence Responsabilité sociale Transparence

08 septembre 2026

Françoise Michel

«Suite aux divers succès remportés par la FRC, notre journal d'opinion spécialisé dans les questions de consommation est devenu un titre avec lequel il fallait compter. Son entrée dans Presse romande et l'authentification de son tirage par la REMP ont été les marques de sa reconnaissance professionnelle.»

Image: Jean-Luc Barmaverain

Dans les années 1960, l’information aux consommateurs n’existait tout simplement pas. J’achète mieux – de son petit nom JAM – est né de ce constat. Il doit son essor au fait qu’il avait une valeur refuge: on y trouvait ce qui n’existait nulle part ailleurs. Il changera deux fois de nom. Après 354 numéros, il devient FRC Magazine en 2007. Puis FRC Mieux choisir renoue avec les origines en 2012. Parce qu’en matière de consommation, tout est dans le «mieux». Acheter est – peu ou prou – à la portée de tous. Ce qui prime, c’est de faire un choix éclairé. Le magazine a aussi toujours refusé la publicité dans ses pages. Une indépendance défendue corps et âme car elle est le socle de la crédibilité du titre. Depuis son premier numéro, il fait la part belle aux tests comparatifs, à l'enquête de terrain, ainsi qu'à la mobilisation citoyenne puisque ce sont les intérêt de son lectorat qu'il défend envers et contre tout.

«J’achète mieux a toujours eu un coup d’avance»

La journaliste Françoise Michel a rejoint la FRC en 1972 et fait notamment équipe avec une certaine Yvette Jaggi, directrice (1973-1979) jusqu’à ce qu’elle se lance dans la politique fédérale. Françoise Michel a été un peu Secrétaire générale (huit ans), beaucoup rédactrice en chef de J’achète mieux, fonction qu’elle occupe de 1980 à 2004. Durant vingt-quatre ans, elle a tout connu dans la fabrication du «journal». Qui mieux qu’elle pouvait nous raconter son esprit novateur?

Pourquoi la FRC a-t-elle édité son propre organe de presse? Au début des années 1960, la presse de consommation n’existe pas. On est au mitan des Trente Glorieuses, et les femmes gèrent l’argent du ménage. Le secteur de l’électroménager est alors en plein essor, l’alimentaire s’industrialise. Il manque dans le paysage un outil d’information permettant de faire des achats éclairés. Créer J’achète mieux en 1966 a répondu à ce besoin.

Les pionnières avaient-elles une stratégie éditoriale à son lancement? Le support devait être sans publicité. C’était une condition sine qua non pour garantir l’absence de biais à la publication des articles. Ensuite, il fallait un support écrit pour que l’information reste. La création de tables des matières annuelles n’est pas anodine: les lecteurs devaient retrouver facilement et rapidement ce dont ils avaient besoin. La réflexion sur le format a aussi compté. Les pionnières voulaient qu’il se démarque, qu’il soit pratique et économique à envoyer (A5 jusqu’à l’été 1992, A4 ensuite pour la lisibilité des tableaux comparatifs, auquel on a raboté 2 cm pour diminuer les frais postaux, ndlr). Enfin, il fallait une certaine périodicité. Elle devait permettre une certaine réactivité à l’actualité et répondre aux questions que les lecteurs se posaient dans une société devenue très consumériste.

J’achète mieux est intrinsèquement lié aux tests comparatifs. Racontez-nous. Toujours dans les années 1960, le Made in Switzerland est malmené par l’arrivée de la concurrence étrangère. Beaucoup de produits sont arrivés de partout en Europe, d’Amérique, puis même de Chine! On ne savait pas ce qu'ils valent vraiment. Ce dont les gens avaient besoin, c'était de pouvoir comparer leur qualité par rapport à leur prix. Il fallait donc des tests. C’est le journal qui a fourni cette information. Il représentait une valeur refuge, aussi parce qu’il était imprégné du vécu de ses lecteurs. Souvent, c’est triste à dire, la nécessité d’un test a été tirée d’expériences malheureuses qui nous remontaient. Il fallait que la leçon serve à d’autres, que cela ne se reproduise pas!

Par exemple? C’est par les accidents que l’on découvrait des problématiques de qualité et de sécurité. Les fours à la porte vitrée, c’était pratique pour surveiller la cuisson; mais le risque de brûlure était patent pour les enfants qui y collaient leurs mains pour voir ce qui se passait à l’intérieur. Idem avec le micro-ondes, une révolution! On l’utilisait pour chauffer le lait et gagner du temps, mais la technologie, invisible, suscitait une masse de questions. Les mères n’allaient-elles pas intoxiquer leur bébé? Un test devait apporter des réponses à ce type de question. Ensuite, l’innovation consistait à trouver comment protéger les enfants. Outre les résultats, l’information avait une portée préventive et d’amélioration des usages, qui incitait à changer des lois. En ce sens, J’achète mieux a contribué à assainir le marché. En intégrant l’International Consumer Research & Testing en 1974, la FRC a donné accès à ses membres à des tests qui faisaient autorité.

Comment s’est construite cette expertise? Les associations féminines de la FRC de la première heure avaient tissé des liens forts avec une large communauté de scientifiques, de techniciens, de médecins. Les Chimistes cantonaux (denrées et objets usuels), l’Empa (innovation et matériaux), les hautes écoles avaient des laboratoires de pointe et l’expertise. La FRC était aussi entourée d’un vaste réseau de juristes pour faire évoluer la législation. Quant aux fabricants, ils avaient tout intérêt au dialogue. Après avoir souri de nos tests, ils ont vite changé d’attitude en voyant leur impact, car les produits insuffisants sortaient du marché. Il faut le dire aussi, les normes européennes garantissant la qualité et la sécurité des produits ne sont apparues que dans les années 1990, avec la création de l’ANEC (normalisation), dont la FRC est membre, au même titre que le Bureau européen des unions de consommateurs (législation) depuis 1992.

Le titre a aussi été un levier de mobilisation. Tous les appels au boycott – lutte contre la vie chère, grève du beurre, guerre du cervelas, CFC dans les aérosols, phosphates dans les lessives, etc. – sont passés par le journal. Le branle-bas de combat pour mettre sur pied l’article constitutionnel protégeant les consommateurs ou lancer l’initiative populaire en vue d’obtenir une instance fédérale de surveillance des prix aussi. Notre périodicité a permis une gigantesque collecte de signatures.

"J’achète mieux" a montré aux consommateurs qu’ils avaient le pouvoir de réussir collectivement. La couverture de 1972 La vérité sur les saucisses, très efficace à mon goût, évoque la composition des charcuteries et lance l'appel au boycott.

Françoise Michel

Ancienne rédactrice en chef de "J'achète mieux"

Avec le temps, la FRC s’est professionnalisée… Une journaliste a la capacité à vulgariser. Il fallait rendre les données d’enquêtes et de tests intelligibles. J’ai passé beaucoup de temps en laboratoire pour comprendre cet univers. Il fallait – et c’est toujours le cas – une rigueur extrême. Vu la portée du titre dans les foyers, on n’avait pas le droit de se tromper. Il y allait de la crédibilité du journal comme de la raison d’être de la FRC.

Être journaliste, c’est aussi avoir la reconnaissance de ses pairs. Oui, j’avais l’appui de l'association suisse des journalistes, dont je faisais partie. Les rédactions m’appelaient quand il leur fallait une réaction immédiate du point de vue des consommateurs. J’avais aussi un accès privilégié à la radio, où je présentais chaque numéro à sa sortie. La télévision, avec À Bon Entendeur et Catherine Wahli, est venue plus tard, et notre concurrent Bon à savoir encore bien après. J’achète mieux reste essentiel, car le besoin d’une information fiable est toujours là.

À relire les archives de J’achète mieux, on a le sentiment d’un titre très europhile avant l’heure. Nos bureaux étaient à Genève, bassin de toutes les ONG internationales, dont les Unions de consommateurs. Les alliances entre elles étaient naturelles et les échanges féconds. La FRC était au cœur de tout cela. On avait toutes notre journal et la ville disposait d’une imprimerie capable de répondre à nos besoins: les rotatives tournaient en continu. Pour nous autres de la presse associative, le magazine, c’était à la fois un outil d’information, qui permettait aux gens d’acheter en pleine conscience, et un outil de défense des consommateurs, pour améliorer les conditions-cadres. Il fallait pouvoir réagir vite. 

Mais la FRC déménage à Lausanne. Oui, la ville était devenue le centre névralgique de la presse romande. Le développement graphique et technique y a été fulgurant. Il y avait aussi une sacrée émulation. La FRC avait ses locaux juste au-dessus des Presses centrales de Lausanne (PCL), il suffisait de descendre d’un étage pour tout avoir à portée de main. 

J’achète mieux est passé de l’usage de la photo à l’illustration pendant de nombreuses années en Une (page de couverture) comme dans le contenu des articles. Pourquoi ce choix éditorial? Le titre a suivi les évolutions de la presse en général. La photo – des images montrant des gens d’ici – a favorisé l’ancrage local. L’illustration a permis une liberté d’expression différente, avec une touche d’humour, parfois mordant, en plus.

On a parlé des lecteurs en filigrane… Ils sont pourtant au cœur du journal! L’information est toujours partie de leurs besoins, leur vécu. La FRC était partout sur le terrain, c’est cette connaissance du terreau local qui a diligenté nos enquêtes dans les magasins, par exemple. Ils étaient mis à contribution, via nos sondages lecteurs, sur ce qu’ils souhaitaient lire, comprendre. Et, sachez-le, ils plaçaient la barre haut! Il fallait être à la hauteur de leurs attentes. Mais c’est aussi ce qui fait que le magazine de la FRC a toujours su vivre avec son temps!

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En août 2026, chaque salarié de la FRC – Secrétaire générale, spécialistes thématiques, juristes, scientifiques, responsables des finances ou de l'informatique, photographe, journalistes – a revisité le numéro qui l’a vu naître. Ils proposent leur regard sur ce qui les a frappés, fait sourire voire grogner. En filigrane, on note l’évolution de ce titre si cher au cœur de ses membres.

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