Marketing enfant
Suisse: des espoirs législatifs déçus
Les plus jeunes sont des cibles de choix dans les stratégies commerciales mais ne sont pas davantage protégés. Quand la loi ne suit pas, il reste le travail d’information et de sensibilisation.
05 mai 2026
Aurélie Gigon
Responsable juridique
Affichage dans la rue, goodies, réseaux sociaux: enfants et adolescents sont bombardés de messages publicitaires de toutes sortes. Hormis concernant le tabac et les boissons alcoolisées, la Suisse ne dispose pas de loi interdisant spécifiquement la publicité destinée aux mineurs, alors qu’ils sont des cibles prioritaires… et vulnérables. Raison pour laquelle la FRC se bat depuis des décennies.
Plaidant pour un encadrement strict du marketing enfant, elle a mené de vastes enquêtes dans les domaines de la fast-fashion et de l’alimentation, portant aussi son attention sur le rôle des influenceurs et de certains mécanismes de jeux insidieux (advergames, achats intégrés, codes promo cachés, etc.).
La FRC plaçait ses espoirs dans une révision de la Loi sur les denrées alimentaires pour lutter contre la publicité vantant des produits trop gras, trop salés ou trop sucrés et éviter d’y surexposer les jeunes. Le cadre initialement envisagé a été abandonné, les autorités suisses se contentant d’engagements volontaires de la part de l’industrie agroalimentaire – une approche insuffisante et peu responsabilisante, qui rend notre combat d’autant plus nécessaire. Rappelons que près d’un enfant sur cinq serait en surpoids ou obèse, selon les chiffres de la Confédération.
Des chiffres qui font frémir
Le projet de Loi sur les plateformes de communication mis en consultation en début d’année déçoit aussi. En l’état des travaux, il n’inclut aucune disposition spécifique visant à protéger les mineurs, ce que la FRC n’a pas manqué de souligner. Là encore, le gouvernement ne prend pas la mesure de la réalité du terrain. En dix ans, le marché mondial du marketing d’influence est passé de 1,5 à 28 milliards de francs. Il suffit de quelques secondes sur Instagram, TikTok, YouTube ou Snapchat pour être exposé à une promotion plus ou moins dissimulée. L’enquête conduite l’an dernier dans 12 pays d’Europe par 14 organisations de consommateurs, dont la FRC, est venue confirmer l’ampleur du phénomène. Enfin, en mars dernier, le Conseil des États a rejeté une motion visant le marketing d’influence mettant en scène des enfants. Selon les sénateurs, renforcer la protection de l’image de ces jeunes sur internet n’est pas indispensable. La position est difficilement défendable alors que le Comité international des droits de l’enfant recommande de placer leurs droits dans l’environnement numérique au centre des préoccupations étatiques.
- 57 761
- Le nombre d’infractions présentant un mode opératoire numérique en 2025. La plupart relèvent de la cybercriminalité économique.
- 31,5%
- Près d’un tiers des victimes de «sextorsion» étaient mineures. En 2025, neuf personnes lésées sur dix étaient de sexe masculin.
Seul rempart pour contrer un marketing omniprésent et l’absence de limites légales: l’éducation. Rappelons l’existence de bonnes ressources en ligne pour les jeunes et leurs parents. Les sites de Jeunes et médias, Ciao, Action Innocence, Pro Juventute fourmillent de conseils avisés, de brochures, voire de permanences dédiées à des thèmes spécifiques. Mais soyons clairs: l’éducation ne saurait compenser indéfiniment l’absence de volonté politique d’agir là où cela s’impose: dans la loi.
Soutien à l’Initiative internet
La FRC dénonce depuis plusieurs années déjà le retard du droit suisse face aux plateformes en ligne. Elle réclame qu’elles se responsabilisent, notamment pour lutter contre les arnaques qui y pullulent. C’est dans la continuité de cet engagement que la FRC soutient l’Initiative internet, qui vise à inscrire dans la Constitution la protection des citoyens dans l’espace numérique. Ce texte veut notamment obliger les plateformes à lutter activement contre la cybercriminalité, à limiter la désinformation et à bloquer les contenus violents.
Géants du numérique condamnés
Meta et Google viennent d’être condamnées aux États-Unis pour avoir mis en danger des mineurs. Ces jugements mettent en cause non pas le contenu, mais la conception même des interfaces, qui pousse à rester connecté. Ils seront combattus en appel, mais amorcent un tournant en matière de responsabilité des plateformes. En Suisse, de tels procès sont impensables: même les dark patterns – ces techniques de manipulation cachée au moyen d’offres clignotantes ou d’autres pièges – ne sont pour l’heure pas explicitement interdits.
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