Arnaque

Obligo envoie une facture à une personne décedée: la FRC dépose une troisième plainte pénale

Une veuve a récemment reçu des factures pour des abonnements prétendument souscrits en 2025 par son mari décédé huit ans plus tôt. Ce cas accablant confirme que les explications avancées jusqu'ici par Obligo ne tiennent plus.

Argent Factures et poursuites Droit et contrats Conditions générales Validité du contrat Pub et arnaques Arnaques

11 juin 2026

Sites facturés via Obligo

Certains des sites qui généreraient des abonnements volontaires de 130 fr. par an facturés par Obligo.

Pour la FRC, le combat contre Obligo et ses partenaires, c'est un peu comme celui contre l'Hydre de Lerne, le monstre mythologique à plusieurs têtes qui repoussent au fur et à mesure qu'on les coupe. Les plaintes et dénonciations affluent non-stop depuis plus de 10 ans, malgré deux plaintes pénales.

Il y a quelques semaines, un appel arrive à la permanence juridique de la FRC concernant des factures Obligo. Jusqu'ici, rien de bien inhabituel: tous les jours, des conseils sont dispensés au sujet de ces factures pour des abonnements (à des sites d'informations ou de contenus pour adultes) que les consommateurs concernés n'ont jamais voulu.

Une facture de 2025 pour une personne décédée en 2017

Et pourtant, ce témoignage sort de l'ordinaire et retient toute l'attention des juristes. La personne qui appelle a reçu des factures datées de février 2026 pour des abonnements prétendument conclus en avril et novembre 2025 par son époux... décédé huit ans auparavant!

Le numéro de téléphone indiqué sur les factures, lié à un abonnement Swisscom résilié depuis de nombreuses années, est bel et bien celui que le défunt utilisait à l'époque. Le modèle de téléphone (iPhone) qui figure à côté de la mention des sites qui auraient été consultés en 2025 correspond aussi à celui que cette personne utilisait. Mais à moins de croire à l'hypothèse d'un abonnement conclu depuis l'au-delà, c'est là que s'arrête toute logique.

Comment la société qui exploite les sites internet concernés, Cmetrix Technologies Grup (basée principalement en Roumanie), et son partenaire Obligo ont-ils pu relier ces informations, pour finir par envoyer une facture à une veuve infortunée?!?

Des données issues d'une fuite massive

La FRC considère que ce témoignage établit sans l'ombre d'un doute que des personnes qui n'ont jamais souscrit de services payants ni même visité une seule fois les sites internet les proposant peuvent se voir adresser une facture salée par l'entremise d'Obligo. Ce qui tend par la même occasion à prouver que cette société et ses partenaires utilisent non pas les données transmises par leurs clients (issues de la navigation), mais des listes de téléphone et d'adresses probablement très datées, peut-être issues d'une ancienne fuite massive de données, pour envoyer des factures, potentiellement au petit bonheur la chance.

Notre association émet même l'hypothèse que ces listes pourraient émaner de la fameuse fuite de données de 2018 reconnue par Swisscom, qui avait touché environ 800'000 personnes en Suisse.

Il n'est plus possible de parler d'erreurs isolées

Dans les précédentes procédures pénales initiées par la FRC, le Ministère public schwyzois en charge de l'affaire n'a jamais sérieusement pris en compte les nombreux témoignages de personnes qui affirmaient n'avoir jamais visité les sites internet concernés ni jamais conclu d'abonnement payants. Pour sa part, Obligo a tout au plus admis quelques erreurs d'adressages isolées. Ce récent témoignage prouve qu'il n'est plus possible de parler d'erreurs isolées.

On ne se risquera pas à parler de système bien rôdé... en attendant de connaître le sort réservé à la plainte pénale récemment déposée à Schwyz (la troisième plainte de la FRC!) et fondée principalement sur ce témoignage. Idéalement, cette plainte suscitera suffisamment l'intérêt du procureur pour qu'il investigue de manière approfondie les méthodes commerciales d'Obligo et de Cmetrix, et surtout la manière dont ces sociétés procèdent pour gérer leurs données et relier des informations entre elles.

Que faire si vous êtes concerné·e?

Retrouvez nos conseils ici et, pour nous permettre de documenter les cas, remplissez notre formulaire!

Dénoncer

Des sites sans grand intérêt pour 130 fr. par an

L'offre de sites qui utilisent Obligo pour envoyer leurs factures s'est étoffée avec les années. Il ne s'agit plus uniquement de sites pornographiques: l'expertise de CMetrix et Springberg dans le domaine des sites payants s'étend désormais à l'actualité et au divertissement. 

Exemple ci-dessous avec Newsaktuell24, Top-Videos et Videoclick, trois plateformes différentes. En réalité, elles fonctionnent de la même manière et présentent le même contenu. La première appartient à Springberg Group Ltd, une société basée à Malte. Les deux suivantes sont gérées par Cmetrix Technologies Grup SRL, basée à Roumanie. Deux entreprises régulièrement citées dans les plaintes et qui font donc partie des partenaires dont Obligo affirme vérifier les pratiques et les services.

Sites

Trois sites «différents» gérés par 2 sociétés «différentes», l'une à Malte, l'autre en Bulgarie, qui font suivre des factures identiques à des consommateurs suisses via le même prestataire, Obligo.

Pour tenter de comprendre l’intérêt apparemment suscité par ces nombreuses plateformes, la FRC a testé l'une d'entre elles, Infoday. Nous avons été surpris de voir qu’une fois l’abonnement conclu, la navigation d'origine disparaissait – elle promettait pourtant une sélection suisse et une autre basée sur Donald Trump. Nous avons également remarqué que les 893 commentaires annoncés sous le sujet présenté en ouverture du site n’existaient pas. L'offre se limite en réalité à une série de vidéos assez quelconques et disponibles gratuitement sur le web ou les réseaux sociaux, des sélections «comiques» réunissant des vieux clips de jeux ou d’émissions TV des années 1990, du type «Vidéo Gag».

Nous avons évidemment immédiatement résilié l’abonnement avant qu’il ne devienne payant. Un engagement à 130fr.80 par an, tout de même! 

L'arnaque derrière l'arnaque

En plus de fournir des contenus sans valeur ajoutée aucune, les sites de CMetrix et Springberg redirigent l'utilisateur non intéressé vers... une page qui prétend faussement fournir des rabais en collaboration avec des marques suisses!

Le site, appelé topdiscounts24.ch, ne s'ouvre en effet que lorsque le consommateur refuse de s'abonner à l'un des autres sites mentionnés ci-dessus. Il est alors automatiquement redirigé grâce à la ligne de code intégrée discrètement dans le premier site visité.

Topdiscounts24 promet des «mega sale» sur des appareils (smartphones, télévisions, électroménager et ordinateurs) ainsi que des vêtements, allant jusqu'à 75% de rabais pour une «durée limitée uniquement». Jusqu'ici, le design ressemble à une page de vente privée comme il en existe d'autres. Ce qui a interpellé la FRC, c'est le mode de fonctionnement ainsi que les partenaires affichés.

Pour avoir accès aux supposés rabais, il faut conclure un abonnement très onéreux. Les clients de Sunrise et Salt doivent débourser 4 fr. 90 tous les trois jours pour pouvoir consulter les offres. Chez Swisscom, le pack «basic» coûte 9 fr.80 pour deux semaines et le «éco» 58 fr. 80 pour 24 semaines. C’est bien loin d’être une aubaine, clairement, on peut même parler d’arnaque.

De plus, topdiscounts24.ch liste ses partenaires au pied du site. On y retrouve notamment Coop (Coop@home, nettoshop.ch, microspot.ch), Migros (leshop.ch, ex libris, Digitec, Galaxus), Ikea, Swiss, Brack.ch, Globus, etc. D'autres entreprises figurent aussi, comme Sport XX, qui n'existe plus depuis 2025, ou encore Athleticum, qui a fermé en 2019 déjà!

Contactée sur leur lien avec topdiscounts24.ch, Migros et Coop nient toute forme de collaboration et relèvent l'utilisation de logos parfois anciens. Dans sa réponse Coop indique prendre «toutes les mesures juridiques et techniques à notre disposition pour faire bloquer ou supprimer ces sites. Dans de tels cas, Coop se réserve le droit d'intenter une action civile et d'engager des poursuites pénales.» Migros examine de son côté la situation: «Si des mesures s’avèrent nécessaires, nous les prendrons dans les meilleurs délais.»

La FRC a dénoncé le site au Seco, et les démarches pour le faire fermer sont en cours.

Fausses actions
Conforama passe à la caisse

12 mois d'enquête et 6 ans de procédure judiciaire. L'enseigne versera 1,5 million à la collectivité pour des fausses promotions repérées et dénoncées par la FRC.
SI

Continuer ma lecture

Cover credit scoring

Évaluation secrète

Score de solvabilité: tous fichés

Notre enquête confirme l’opacité du système: réponses laconiques, jargon incompréhensible, origine douteuse des données. Pourtant, cette note impossible à contester évalue notre capacité de paiement et le risque financier que l’on représente. Son calcul, via des algorithmes, reste jalousement protégé par le secret commercial des entreprises qui en ont fait leur fonds de commerce.
05 mai 2026 Scores de solvabilité opaques
Crèmes hydratantes
Membre

Crème pour le corps

Crèmes hydratantes: le prix du produit n’a aucune incidence sur sa qualité

Elle fait peut-être partie de votre rituel quotidien: la crème pour le corps. Une bonne crème va sans surprise rendre votre peau plus douce mais elle va aussi y laisser un film dit «occlusif», qui permet de conserver cette hydratation. La FRC a passé au crible 13 crèmes – il suffit de déambuler dans les rayons cosmétiques pour constater l’étendue du marché –, au prix allant de 4 à 224 francs le litre.
04 juin 2026