Allégation

Le kéfir de lait industriel a un emballage trompeur

Les fabricants surfent sur la tendance de la santé du microbiote, avec des produits aux allégations fortement alambiquées et hors de propos. 

20 juillet 2026

Kéfirs de Nestlé et Emmi

«Bon pour la digestion», «soutiens le systèmes digestif et immunitaire»: les kéfirs industriels de Emmi et Nestlé auraient des vertus miraculeuses pour le corps... selon leur marketing. 

Jean-Luc Barmaverain

Il y a plus de dix ans que Le charme discret de l'intestin est devenu un véritable succès de librairie dans de nombreux pays. Depuis, on ne jure plus que par ce deuxième cerveau qu'on aurait négligé jusqu'à la maltraitance, occasionnant toutes sortes de maux (surpoids, diabète, allergies, dépression, etc.)... Il s'agit donc de soigner son microbiote puisqu'il joue un rôle prépondérant dans la santé générale. Il s'agit en effet de bien le nourrir en fibres, en pré- et probiotiques.

Les industriels et les acteurs de la grande distribution se sont quasiment tous engouffrés dans un segment qui s'apparente aux «alicaments», ces denrées auxquelles on attribue, pas toujours à raison, des vertus préventives ou thérapeutiques. Ainsi, on trouve maintenant facilement en rayon des boissons ou yogourts à base de kéfir de lait notamment. Les grains de kéfir, ce sont des microorganismes capables de fermenter une boisson, en se nourrissant de ses sucres – sucre de table dans le cas du kéfir d’eau; lactose naturellement présent dans le lait pour son cousin lacté. Ces grains gélatineux ont la réputation d’enrichir le microbiote et de favoriser la diversité de notre flore intestinale, avec de nombreux bienfaits potentiels à la clé. 

L’art d’exploiter la légalité

Il n’en a pas fallu plus aux équipes marketing pour parer les emballages des versions industrielles du kéfir de lait de promesses en tout genre. «Bon pour la digestion», proclame Emmi sur son kéfir nature. Problème: la loi suisse permet cette allégation… car le produit est une source de calcium. L’ordonnance concernant l’information sur les denrées alimentaires, qui régit les allégations santé figurant sur les produits, précise en effet que la mention suivante est autorisée: «Le calcium contribue au fonctionnement normal des enzymes digestives». Mais dans la pratique, les fabricants ont une marge de manœuvre dans l'intitulé. La marque a donc parfaitement le droit de clamer que son kéfir, qui contient du lait et donc du calcium, est bon pour la digestion. Mais cela n’a rien à voir avec une éventuelle richesse en bactéries, ou un quelconque bénéfice pour le microbiote. 

Du côté de Nestlé, même stratégie sur la bouteille de kéfir de lait qui nous promet du «bien-être digestif». Mais le fabricant va plus loin en vantant de soi-disant vertus pour l’immunité: une pirouette rendue possible par l’enrichissement en vitamine D, qui contribue au fonctionnement normal du système immunitaire. Encore une fois, aucun lien avec un potentiel cocktail salvateur de bonnes bactéries qui boosterait la santé intestinale.

Enrichi en promesses marketing

Là où le kéfir de lait maison est composé de microorganismes très variés, les versions industrielles sont généralement fermentées à l’aide d’un nombre restreint de souches contrôlées. Ce qui n’en fait pas un produit mauvais pour la santé, loin de là. Les bénéfices attendus ne peuvent simplement pas équivaloir à celui d’un kéfir maison. Et dans ce cas, pour un apport en bonnes bactéries et pour soutenir la santé intestinale, autant se tourner vers le yogourt nature, moins onéreux et tout aussi bénéfique. 

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