Vente en ligne
Shein et Temu vendent trop de produits dangereux
Près de 70% des articles achetés sur les plateformes chinoises ne sont pas conformes à la loi: voici la conclusion d’une grande étude menée par nos confrères européens. C’est dans la catégorie jouets que le plus grand nombre de problèmes ont été trouvés.
17 décembre 2025
Sandra Imsand
Journaliste
Les plateformes Temu et Shein séduisent par leurs prix cassés et une offre pléthorique, le tout accompagné par des campagnes de publicité très agressives. Mais derrière les apparentes bonnes affaires, la réalité est parfois tout autre. Entre février et octobre, une étude menée par l’ICRT (consortium mondial d’associations de défense des consommateurs dont la FRC fait partie), en collaboration avec nos collègues de Stiftung Warentest, UFC-Que Choisir, Testachats et Forbrugerrådet Tænk, a analysé des produits sur Shein et Temu. L’objectif: évaluer la sécurité et la légalité de l’assortiment.
Les tests visaient trois catégories distinctes: les jouets, les chargeurs USB et les bijoux. Ils ont permis de révéler de graves lacunes dans les produits et des risques pour les utilisateurs. Au total, 69% des 162 produits évalués sont considérés comme non conformes. Chez Shein, 28 produits présentent de graves dangers, contre 14 chez Temu.
Ces résultats confirment la présence systémique de produits dangereux et défaillants sur les plateformes de type marketplace, sur lesquelles les vendeurs tiers proposent leurs produits directement aux clients du monde entier sans contrôle.
Face à la prolifération de pratiques nuisibles aux droits des utilisateurs, la FRC plaide pour une responsabilisation accrue des plateformes en ligne. Elle alerte notamment sur les lacunes du cadre juridique en Suisse concernant la régulation des plateformes et sur le manque criant de protections offertes aux internautes. Au cœur de ses préoccupations: les interfaces trompeuses, les entraves à la liberté contractuelle, les pratiques commerciales déloyales, les insuffisances dans la protection des données personnelles et surtout la sécurité des produits. Il faut rappeler que pour tous les objets qui tombent dans le champ d’application de la loi sur les denrées alimentaires et les objets usuels, le droit suisse prévoit actuellement une «autoresponsabilité» des consommateurs, ce qui signifie que ces derniers sont responsables de se renseigner sur la qualité et la légalité des produits commandés (seuls les produits mis en vente depuis la Suisse sont contrôlés par les autorités cantonales). La FRC estime que cela doit changer et que les plateformes qui vendent des produits dangereux, voire interdits, doivent pouvoir être tenues pour responsables.
Les prix bas ne compensent pas les dangers. La prudence est donc de mise: privilégier des vendeurs identifiés, vérifier la présence du marquage CE, éviter les jouets ou chargeurs trop bon marché, et être particulièrement attentif aux produits destinés aux enfants.
Détails de l’étude
Jouets pour les enfants de moins de 3 ans
C’est la catégorie la plus problématique de cette étude: les objets évalués présentent une non-conformité systémique, un constat très inquiétant pour la sécurité des jeunes enfants.
Sur Shein:
- 17 des 27 jouets testés présentaient des défaillances mécaniques.
- 27 sur 27 montraient des défaillances de marquage.
Sur Temu:
- 60% des 30 jouets testés présentaient des défaillances mécaniques.
- 30 présentaient des erreurs ou absences de marquages obligatoires.
Les principaux problèmes relevés sont des risques d’étouffement, des taux excessifs de phtalates et des indications CE erronées.
Quelques exemples:
- Petites pièces: Un jouet composé de balles blanches et bleues s’est brisé lors des tests de traction, créant des pièces suffisamment petites pour être avalées par un enfant.
- Roues qui se détachent: Sur un modèle évalué, une roue s’est détachée et est passée dans le gabarit simulant la cavité buccale, signalant un risque d’étouffement immédiat.
- Formes trop compactes: Un jouet pour le bain représentant une petite loutre ne respecte pas la taille minimale requise pour les enfants ne pouvant pas encore s’asseoir, ce qui augmente le risque de blessure et d’accident grave.
- Piles accessibles: Pour trois objets testés, le compartiment à piles s’est ouvert après une simple torsion, ce qui représente un risque mortel en cas d’ingestion.
- Ventouses qui se détachent: Trois jouets munis de ventouses se sont séparés de leur support lors des tests d’impact, constituant des pièces dangereuses pour les jeunes enfants.
Les résultats indiquent une non-conformité systémique, faisant des jouets pour petits la catégorie la plus critique en ce qui concerne la sécurité.
Chargeurs USB
Cette catégorie d’objets présente un risque élevé pour la sécurité des utilisateurs: défaillances fréquentes, marquages manquants (CE, numéro de lot, indication du fabricant), mauvaise qualité de fabrication, risques électriques.
Sur Shein:
- 12 produits sur 27 ont échoué aux tests électriques.
- 25 sur 27 ont échoué en mécanique (chutes, torsion).
- Surchauffe et isolation insuffisante: Plusieurs chargeurs ont atteint des températures anormalement élevées lors d’un usage normal et présentaient une isolation interne trop faible, exposant à un risque de choc électrique ou d’incendie.
Sur Temu:
- Presque tous les chargeurs ont échoué aux tests mécaniques (mauvaises fixations, pièces qui se détachent).
- Une partie a présenté des échecs électriques (surchauffe, isolation insuffisante).
- Défauts de construction généralisés: Presque tous les chargeurs ont révélé des faiblesses mécaniques (mauvaise fixation, pièces mobiles), et certains présentaient aussi des risques électriques sérieux.
Bijoux (nickel, plomb, cadmium)
La catégorie la moins problématique de l’étude, même si certains articles dépassaient largement les valeurs limites de cadmium.
Sur Shein:
- 6 colliers sur 27 dépassaient massivement les valeurs limites.
- Un pendentif contenait jusqu’à 87% de cadmium, une substance interdite et hautement toxique, susceptible d’entraîner des effets graves sur la santé (reins, os, système nerveux) en cas d’exposition prolongée. D’autres présentaient des taux de nickel trop importants, exposant les utilisateurs à des risques d’allergies sévères en cas de contact prolongé.
- D’autres bijoux présentaient des taux de nickel largement supérieurs aux valeurs maximales autorisées.
Sur Temu:
- Résultats globalement satisfaisants; pas de dépassement critique.
Réactions inquiétantes des plateformes
Confrontés à ces résultats, Shein et Temu démontrent par leurs réactions un manque de suivi grave. Chez Temu, certains des produits dénoncés ont été retirés de l’assortiment, d’autres sont toujours disponibles. Plus inquiétant encore: certains des produits retirés ont été remis en vente avec de nouvelles références, une preuve du manque de suivi de la plateforme concernant les produits mis en vente par des vendeurs tiers. Concernant Shein, le suivi de la réaction était encore en cours au moment de la publication de l’étude.
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