Economie de partage

L'autopartage avec Sharoo: des débuts timides

La plate-forme automobile perce peu à peu en Suisse romande. Une de nos membres a voulu tester. Récit.

Archive · 29 mars 2016

Avec Sharoo: se passer de la transmission des clés est un jeu d'enfant. Il suffit d'un smartphone - Vladyslav Starozhylov /shutterstock.com

Gabi doit se rendre en rase campagne pour le week-end, mais la voilà fort dépourvue: elle est sans voiture. Qu’à cela ne tienne, il existe des solutions de mobilité individuelle. L’occasion de tester l’autopartage entre particuliers Sharoo. Comme pour le logement, on peut choisir soit d'emprunter une voiture soit de laisser la jouissance de la sienne à un tiers. Et cet acteur-là est suisse, un gage de proximité qui permet de trouver facilement un interlocuteur si besoin est.

Initié par M-way, une filiale de Migros, la start-up, lancée en 2014 outre-Sarine, a débarqué à l’été 2015 en Suisse romande, à commencer par Genève, Lausanne, Fribourg et Bienne. Le cabinet Frost & Sullivan vient de lui décerner un Best Practices Award 2016, après avoir comparé les prestations de 30 acteurs peer-to-peer sur le marché européen.

Mais, contrairement à Airbnb, la plateforme reste peu présente dans les conversations. A croire qu’il est plus aisé de partager son logement que sa voiture en Suisse. Pourtant, l’entretien et l’amortissement d’un véhicule coûtent cher, et le temps d’immobilisation est très élevé. Autant rentabiliser ces postes. Mais qu’en est-il en cas d’amende ou d’accident, si le véhicule est sur les plots? Dans le cas Sharoo, l'assureur La Mobilière est partie prenante du projet, voilà qui inspire confiance.

Manque de recommandations

Gabi se lance, crée son profil, transmet une copie du permis de conduire et ses coordonnées – «Ça m’a pris du temps, c’était en allemand. Cet aspect m’a dérangé: j’aime savoir à quoi je m’expose et où finiront mes données», nous confie-t-elle. Sur la plate-forme, la déception est rapide: seuls deux véhicules correspondent à ses attentes dans un périmètre de moins de 10 kilomètres de son domicile, de surcroît difficilement atteignables en ligne droite et en un minimum de temps. «En plus, je doute que le loueur soit un particulier. C’est le même qui gère les deux voitures, pourtant dans des localités relativement éloignées l’une de l’autre. En poussant la curiosité plus loin, il gère également des véhicules plus loin à la ronde. Ce critère est gênant pour un système qui mise sur la confiance entre particuliers. Enfin, son profil manque de recommandations. Peut-être que tout cela est trop neuf, au final…».

Soudain moins enthousiaste, Gabi fait un rapide détour par Mobility, valeur sûre et bien implantée pour la location de véhicules, mais aussi partenaire de Sharoo, histoire de comparer. A couverture d'assurances comparable, Sharoo lui revient à 88 fr. pour le week-end, Mobility Click&Drive à 50 fr. les trois premières heures, puis 10 fr par heure supplémentaire en journée et 5 fr. par heure la nuit. «C’est bien trop cher payé pour ce que j’avais l’intention de faire. J’ai opté pour une autre forme de partage, l’emprunt de la voiture de mes beaux-parents... Je suis évidemment moins bien couverte, mais ça me coûtera une boîte de chocolat!». A la question de savoir si Gabi envisagerait de proposer son propre véhicule à la location, elle répond: «Plus tard, peut-être, durant les vacances. Quand le système aura pris racine...».

Pour Robin Eymann, responsable politique économique à la FRC, «ces plate-formes ont besoin d’une masse critique pour fonctionner et devenir efficaces. Ce qui pose un autre problème: elles pourraient avoir tendance à créer des monopoles, et empêcher la concurrence qu’elles ont elles-mêmes générée au départ».

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