Enquête : Recyclage

Les magasins ne jouent pas le jeu de la reprise

5.12.2017, Sandra Imsand / Chez Interdiscount, on renvoie le client déposer ses déchets chez Fust!

La loi oblige les points de vente à récupérer les appareils usagés. Or, plus d’un quart refuse. Explications.

Tout achat d’un appareil électrique ou électronique comprend une taxe qui finance la filière de récupération et d’élimination des objets défectueux. Cette somme, appelée contribution anticipée de recyclage (CAR), permet à diverses sociétés – SENS, Swico et SLRS – de prendre en charge petits et gros appareils selon un système qui ne fonctionne pas sans heurts.

L’Ordonnance sur la restitution, la reprise et l’élimination des appareils électriques et électroniques (OREA) indique en effet que les commerçants sont tenus de reprendre gratuitement les appareils de même sorte que ceux qu’ils proposent dans leur assortiment. Sans obligation d’achat. Le client, de son côté, doit rapporter ces objets dans un point de vente ou de collecte (type déchetterie, pour autant qu’elle les reprenne). L’élimination dans les ordures ménagères est en effet interdite.

Plus de 200 commerces sous la loupe

Clair, simple et pratique. Vraiment? Pour le savoir, nos enquêteurs mystères ont contacté 211 commerces de Suisse romande, représentant aussi bien les grandes chaînes que les magasins indépendants.

Les instructions étaient limpides: chaque enquêteur devait appeler des magasins durant les heures d’ouverture et demander s’il pouvait apporter pour recyclage un appareil d’une catégorie vendue par le magasin. L’objet, un frigo par exemple, devait être décrit comme lourd et encombrant et, en cas de question du personnel, le client devait préciser que l’appareil n’avait pas été acheté sur place et qu’il n’avait pas l’intention d’en acquérir un autre en remplacement.

La réponse donnée par le vendeur a été catégorisée de la façon suivante: «oui», quand l’interlocuteur indique de manière spontanée que l’objet peut être rapporté, «non», dans la négative, «non puis oui», quand le vendeur revient sur sa décision (parfois après en avoir parlé avec son supérieur), «oui mais», quand l’interlocuteur moralise le client ou lui donne l’impression de faire un grand effort, évoquant un «geste commercial».

L’enquête n’aurait dû être qu’une formalité puisque la loi prévoit la reprise par les commerces. Or, cela n’a de loin pas été le cas. Dans près d’un tiers des cas (28%), l’interlocuteur a signifié un refus net. Les «oui mais» atteignent 4% et les «non puis oui» se montent à 2%. C’est dans le canton de Genève que les commerçants ont été le plus en adéquation avec l’ordonnance. A l’opposé, c’est à Neuchâtel que les enquêteurs ont essuyé le plus de refus.

Indépendants meilleurs

Il est aussi surprenant de constater que les petits commerces jouent mieux le jeu que les grandes chaînes. En effet, à de rares exceptions près, les vendeurs semblaient au courant de leurs obligations, contrairement à leurs homonymes des grandes enseignes. Landi se voit attribuer un bonnet d’âne particulier puisque 18 de ses filiales ont refusé de reprendre un aspirateur ou un frigo, sauf dans le cas où le retour était assorti d’un nouvel achat chez eux. Ils ont en revanche conseillé à nos enquêteurs de déposer les appareils en déchetterie. Or, comme l’explique Isabelle Baudin, collaboratrice scientifique à l’Office fédéral de l’environnement, les communes ne sont pas obligées de récupérer ces appareils. Elles offrent cette prestation à bien plaire. Ce rôle incombe bien aux points de vente.

L’autre raison souvent invoquée pour refuser un appareil: le manque de place de stockage. Fust a souvent dit ne reprendre que les petits objets, même dans les filiales qui ont du gros électroménager. Interdiscount, autre marque du groupe Coop, a motivé de même, conseillant, détail piquant, de déposer les appareils volumineux… chez Fust! Globus ne joue pas non plus toujours le jeu et refuse les machines à café… qui font pourtant partie de son assortiment. Mais la palme de la mauvaise foi revient sans doute à cette succursale jurassienne de Lipo. Le vendeur a recommandé de «voir avec Fust ou Interdiscount, qui, eux, reprennent les lave-linges». Quelle élégance que de transmettre ses obligations à la concurrence! Les résultats ont beau ne pas être très réjouissants, ils ne surprennent pas Robin Quartier, directeur de l’Association suisse des exploitants d’installations de traitement des déchets (ASED). Pour lui, l’augmentation du e-commerce ainsi que le tourisme d’achat causent plusieurs problèmes; la disparition des magasins au centre-ville rend aussi les points de collecte plus inaccessibles. Les enseignes citadines restantes rechigneraient donc à reprendre un appareil, soit parce qu’il a été exempté de toute contribution anticipée de recyclage (achat sur internet), soit parce qu’il provient de la concurrence.

Effet pervers

Dès lors, la tentation est grande de glisser sèche-cheveu, grillepain et jouet de petite taille dans un sac-poubelle. Les mélanger aux ordures ménagères est non seulement interdit, mais aussi absurde: le consommateur paie ainsi l’élimination deux fois; la première à l’achat, la seconde via la taxe poubelle. «Or, dans les scories des usines de valorisation thermique, nous retrouvons beaucoup de moteurs électriques. Cela montre que le petit électroménager est fréquemment jeté avec les ordures, explique Robin Quartier. En effet, l’incinération laisse ces pièces quasiment intactes, car l’acier et le cuivre dont elles sont faites ne fondent pas aux températures qui règnent dans les fours. Mais un tri poussé des déchets permet ensuite de récupérer ces métaux et de les recycler.» Un problème à suivre, car les experts craignent un phénomène en expansion.

 

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