La couleur du poivre dépend de son degré de maturation. C’est cueilli rouge qu’il développe le plus de saveur.

Article : Alimentation

Ce poivre de qualité qui vient du Cambodge

9.5.2017, Joëlle Herren Laufer - EPER / Photo: EPER/Lucas Veuve

Tous les grains de cette épice très appréciée ne se valent pas. Reportage au Cambodge, auprès de coopératives d’agriculteurs qui misent sur la durabilité.

Le poivre, comme le vin, tire sa qualité de son terroir ainsi que du soin apporté à sa récolte, au séchage et au conditionnement. Parmi les plus renommés, celui de Kampot, produit au sud du Cambodge depuis le XIIIe siècle, est le seul à bénéficier d’une indication géographique protégée. Une spécificité qui lui vaut d’être exporté dans le monde entier. Ce succès n’a pas laissé indifférents les cultivateurs de Memot. Cette région située dans l’est du Cambodge offre un climat tropical idéal pour la culture des grains. La hausse du prix du poivre et la chute de la valeur d’autres denrées ont incité les paysans à planter cette épice depuis 2013.

Brader à l’étranger

A Memot, des poivriers s’alignent sur des kilomètres. Des rangées de lianes chargées de grappes de baies encore vertes s’agrippant le long de tuteurs hauts de quatre mètres. «Même si j’ai dû emprunter 1000 dollars pour acheter des tuteurs, le poivre rapporte bien plus que le caoutchouc et la noix de cajou. Cela me permet d’envoyer mes enfants à l’école», explique Lim Leang, cultivateur.

En peu de temps, cette zone poivrière est devenue la plus étendue du pays. Cependant, le Cambodge fait encore pâle figure dans les classements mondiaux. Notamment parce que la grande majorité de sa production est bradée aux passeurs vietnamiens – les plus gros producteurs de poivre du monde – pour rehausser le goût de leur épice, de moindre qualité.

«Nous avons investi gros dans le poivre et planté 1300 tuteurs pour que nos enfants aient une vie moins dure que la nôtre.» Naren Touch, 34 ans. Photo: EPER/Lucas Veuve

Obtenir un poivre de qualité

Comment parvenir à un bon produit quand on démarre dans la culture du poivre? C’est cette question que se sont posée les différents acteurs de cette culture très délicate, aidés par le Cambodian Institute for Research and Development (CIRD), l’ONG partenaire de l’Entraide protestante suisse (EPER), active au Cambodge. Le CIRD a monté trois coopératives regroupant 360 agriculteurs désireux d’améliorer leurs techniques agricoles. «Nous ne visons pas encore le bio, mais une qualité supérieure à ce qui se fait actuellement. Le poivre est une denrée non vitale d’assaisonnement. Il est donc important qu’il soit d’excellente qualité, sinon autant ne pas l’utiliser», explique Virak Cheng, responsable du CIRD.

En amont de la production, la question des engrais et des fertilisants est au centre des préoccupations. Car si les exportations ne tolèrent qu’une dose infime de produits chimiques, la lutte contre les champignons en cas de mauvais drainage du sol est cruciale. Le CIRD a mis les cultivateurs en relation avec Angkor Green, un distributeur d’engrais et de fertilisants bio, dont les produits sont vendus dans une petite échoppe du marché de Memot.

Angkor Green organise en outre des formations pour apprendre à utiliser ses produits ou à faire du compost naturel. «Ces intrants sont un peu plus chers et moins efficaces à court terme que du chimique, mais ils font leurs preuves à long terme», explique le représentant d’Angkor Green, qui a déjà formé plus de 500 personnes. «La perspective d’atteindre des normes acceptables et de pouvoir faire passer le prix de vente du poivre au kilo de 8 à 12 dollars est un argument qui parle», explique Ou Chheng, le responsable du projet poivre de l’EPER.

Première expérience internationale

En aval de la production, le CIRD a aussi prospecté auprès des distributeurs potentiels afin de viser les marchés internationaux pour les producteurs de ses trois coopératives. Il a amorcé des démarches collaboratives avec un grand distributeur basé à Memot ainsi qu’avec l’entreprise suisse Gebana (lire ci-dessous). Tous deux ont des exigences de qualité élevées et opèrent des tests pour vérifier que le poivre est sain, sans pesticides et traité de manière hygiénique tout en conservant l’humidité nécessaire lors du séchage. La collaboration directe avec Gebana permet aux cultivateurs cambodgiens d’être soutenus pour leur première expérience avec le marché international et d’être en contact direct avec les consommateurs suisses. Et aux palais helvètes de découvrir ce poivre au goût subtil et parfumé.

Cet article est paru dans FRC Mieux choisir sous le titre «Du poivre, oui, mais de qualité»

Lire aussi nos fiches pour «Bien choisir son poivre».

Produits frais et projet solidaire

Des épices, des noix, des fruits et des céréales qui proviennent directement des producteurs. C’est le défi que s’est lancé Gebana. La plate-forme suisse fonctionne sur le principe du marché paysan mondial, à savoir de la manière la plus directe possible avec les consommateurs. Une initiative qui permet de garantir la qualité tout en contribuant au maintien de petites structures agricoles. Seul bémol: la taille des portions, plus grandes que ce qui se trouve habituellement dans le commerce. Pour éviter transports et matériel d’emballage supplémentaires, les unités sont vendues telles qu’elles ont été emballées dans le pays d’origine. Résultat, le poivre de Memot est vendu par emballage de 250 g. De quoi bien relever ses plats! L’astuce, faire une commande groupée avec des amis pour goûter ce poivre d’exception.

Poivre de Memot, 30 fr. les 2 x 250 g sur gebana.ch. Dès que 500 personnes auront passé une précommande, les épices cueillies en ce moment par les familles seront livrées en Suisse.

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