Ecologie

Pourquoi le lait des prés n'a pas marché

Bons pour l’environnement et équilibrés nutritionnellement, ces produits ont presque disparu des rayons de Migros, faute d’une véritable stratégie de commercialisation. Retour sur un flop.
Alimentation Agriculture

Archive · 04 septembre 2012

Photo: Sébastien Féval

Une vache broutant paisiblement dans une prairie, voilà l’image d’Epinal associée à la production de lait. Un cliché? Pas vraiment. En Suisse, le foin représente toujours le menu principal des ruminants. Du point de vue de l’environnement, ce mode d’alimentation se trouve particulièrement bien adapté aux zones de collines, tout en préservant les ressources naturelles; l’herbe y poussant sans engrais ni pesticides. Un modèle du genre.

La production laitière s’est intensifiée ces dernières années. Certains bovins produisent désormais 10 000 litres de lait par cycle de lactation, près de deux fois plus que dans les années 1960. Des performances qui ne sont rendues possibles que grâce aux compléments à l’herbe et au foin. Le soja, majoritairement importé, y occupe une place importante en raison de sa teneur en protéines. Or, dans les régions tropicales, la culture de cette plante se fait souvent au détriment des forêts ou des cultures traditionnelles destinées à la consommation humaine…

Pour un lait durable

Ainsi, dans le but de mettre en valeur les fourrages et de favoriser la biodiversité, l’association des paysans de production intégrée IP-Suisse lance le projet «lait des prés». «D’ici à 2013, nous produirons sans soja. Cela sera possible en cultivant des plantes comme la luzerne ou en recourant aux tourteaux de colza suisse. Nos vaches ont aussi une production laitière plus modeste que certaines vaches de compétition, soit 7000 à 8000 litres par an», rappelle Jacques Demierre, le gérant romand de l’association.

Le concept prévoit également que les producteurs perçoivent 7 centimes de plus par litre, un supplément appréciable dans le contexte actuel du marché laitier, marqué par une surproduction et des prix à la baisse. Grâce à un partenariat avec Migros, la commercialisation a débuté à l’automne 2011, sous le label Terra Suisse.

Le choix est restreint: uniquement du lait drink UHT et de la demi-crème, avec un prix de vente de 1 fr. 55 à 1 fr. 60 par litre, soit  30 à 35 centimes plus élevé que pour le lait standard. Mais les ventes n’ont pas été à la hauteur des prévisions, et le distributeur a annoncé, en juin dernier, qu’il retirait ce produit de son assortiment national.

Pour Philippe Reichenbach, producteur de lait neuchâtelois et président de la section cantonale d’Uniterre, l’une des raisons de ce flop est à chercher du côté d’Elsa, localisée à Estavayer-le-Lac: «La centrale laitière de Migros s’est engagée à reculons dans ce projet initié par sa direction à Zurich.» Le responsable du syndicat paysan redoute que ce retrait commercial ne nuise aux revendications des producteurs pour un prix du lait équitable. «Cet échec risque d’être utilisé pour démontrer que les consommateurs ne sont pas d’accord de payer leur lait plus cher pour que les producteurs soient correctement rétribués.»

Alors, évaporé, le lait des prés? Pas complètement. Les Bernois peuvent encore y goûter, car la coopérative Migros Aare connaît des chiffres de vente tout à fait satisfaisants. Et cela grâce à une stratégie de vente différente: les consommateurs ont le choix entre du lait entier et drink, et peuvent opter pour du lait pasteurisé, portant de plus le label «de la région». Le lait des prés pasteurisé y est vendu entre 1 fr. 40 et 1 fr. 45 le litre, soit 15 à 20 centimes meilleur marché. Migros Aare démontre par l’exemple qu’il est possible de commercialiser ce lait avec succès, que ce soit pour les producteurs, le distributeur et les consommateurs. Selon Migros, certaines coopératives régionales pourraient reprendre cette stratégie.

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