Mieux comprendre

L’antibiorésistance, un problème sanitaire complexe

Alimentation Sécurité alimentaire

Archive · 08 octobre 2013

Certains élevages traitent toutes les bêtes aux antibiotiques, alors que seules quelques-unes sont malades. Photo: kornnphoto/shutterstock.com

Qu’est-ce que l’antibiorésistance?

Lorsque les antibiotiques sont consommés à tort ou en trop grande quantité, des bactéries du corps développent des stratégies pour leur résister. On parle de résistance simple lorsque la bactérie a une insensibilité diminuée ou totale à un antibiotique, et de multirésistance lorsque plusieurs antibiotiques échouent à l’anéantir.

La volaille est-elle l’unique viande touchée?

Non, les autres viandes sont concernées, mais dans une moindre mesure. Dernièrement, une équipe de chercheurs suisses a découvert qu’une vache helvétique sur douze était porteuse de bactéries résistantes BLSE. Chez les poulets, c’est un animal sur quatre qui se révèle positif. Le porc et le veau en contiennent aussi.

Quelles sont les causes de l’antibiorésistance?

Certainement l’abus et la mauvaise gestion des antibiotiques chez l’homme et dans les élevages d’animaux. Ces bactéries peuvent également apparaître lors d’une contamination ayant eu lieu durant l’abattage, où les conditions d’hygiène ne sont pas toujours optimales. Les voyages favorisent aussi la prolifération des bactéries. Et l’alimentation? Selon Vincent Perreten, responsable à l’Institut de bactériologie vétérinaire à l’Université de Berne, «même s’il n’a pas été prouvé scientifiquement, le rôle de l’alimentation dans la contamination humaine aux bactéries résistantes est fort probable».

Quand est-elle apparue?

La première bactérie SARM a été isolée en 1961 déjà. En 1995, Vincent Perreten consacrait sa thèse de doctorat à la résistance aux antibiotiques dans les fromages et les saucisses. En 1999, la Suisse débloquait 12 millions pour un projet de recherches axé sur cette problématique. Nommé NRP49, ce programme avait donné naissance au Centre suisse pour le contrôle de l’antibiorésistance (Anresis).

Que dit la législation?

Rien pour l’instant; l’actuelle Ordonnance sur l’hygiène ne mentionne pas les bactéries antibiorésistantes. Raison pour laquelle les distributeurs, invités à commenter les résultats du test, ont tous répondu être dans la légalité. Ce problème constitue pourtant l’une des priorités sanitaires du Conseil fédéral. En juillet dernier, les Offices fédéraux de la santé (OFSP), de l’agriculture (OFAG) et vétérinaire (OVF) ont entamé une stratégie pour lutter contre ces bactéries.

Que peut-on craindre à plus long terme?

Parce que les antibiotiques classiques ne sont plus à même de traiter certains cas d’infections, les médecins doivent de plus en plus prescrire des antibiotiques dits «de réserve». On est sérieusement en droit de redouter que ces médicaments de dernier recours ne deviennent inefficaces à leur tour.

Plus d’infos: interview de Vincent Perreten

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