Article : Institution

«Entrer au Parlement, une opportunité qu’il faut saisir»

27.8.2019, Propos recueillis par Laurence Julliard

Sophie Michaud Gigon dirige la FRC. Elle entend aussi représenter les Vaudois au National sous la bannière des Verts. Un tournant qui peut nuire à l’association ?



Arrivée en juin 2017, elle occupe la plus haute fonction managériale du Secrétariat central de la FRC. Elle est donc depuis deux ans le visage de l’association, et porte haut ses combats. Mais quelle mouche l’a donc piquée pour qu’elle se lance dans les élections fédérales 2019? Ses collaborateurs lui ont posé les questions qui fâchent et l’ont mise sur le gril.

Vous siégez déjà au Conseil communal de Lausanne. Ce n’était pas suffisant pour vous?

Depuis mon entrée en fonction à la FRC, je me suis investie à 200% pour mener des projets d’envergure nécessaires à notre association. Au quotidien, j’ai bien dû me faire à l’idée que la Suisse est en retard par rapport à l’Europe dans la défense des consommateurs. Et le Parlement actuel n’est pas pro-consommateurs dans sa majorité. C’est donc là qu’il faut aller convaincre. Par ailleurs, autour de moi, des élus et des journalistes me demandaient quand la FRC franchirait le pas et irait agir directement à Berne, comme beaucoup d’autres organisations. J’en ai parlé avec l’équipe et le Comité directeur, lequel a validé ma décision de me lancer. Parmi ses membres d’ailleurs, on compte des représentants du PLR, des socialistes et des Verts.

Vous n’allez pas avoir affaire qu’à des convaincus. Que répondez-vous à ceux qui vous soupçonneraient d’avoir pris la FRC comme tremplin politique?

Ils ne se rendent sans doute pas compte du cheminement que cela m’a demandé! Je faisais déjà du lobbying avant d’arriver à la FRC, et après dix ans passés dans la salle des pas perdus, je vous l’affirme: les lobbyistes les plus efficaces sont les parlementaires eux-mêmes! Prenez Prisca Birrer-Heimo, à la fois parlementaire depuis 2010 et présidente du SKS, elle est rapidement au courant des amendements et des discussions pas encore publics. Elle a également un accès direct aux parlementaires et sait où aller chercher un soutien. En allant moi-même à Berne, je compte développer le contact dans tous les partis et rester fidèle à moi-même: j’ai toujours abordé la politique de manière pragmatique et dans l’idée de chercher des solutions. L’aspect relationnel est important pour moi. J’espère en outre qu’en parlant allemand et comprenant le dialecte, je développerai aussi une collaboration renforcée avec les Alémaniques.

Mais comment concilier campagne électorale et fonction dirigeante d’une association non partisane?

Croyez-le, ce n’est pas si simple pour moi de faire entendre désormais ma voix de candidate verte, alors que je n’ai fait que m’exprimer en tant que Secrétaire générale d’une structure bien plus grande que moi. Heureusement, les combats que j’incarne – transparence, qualité, rééquilibrage des rapports de force en faveur de tout un chacun, consommation responsable – me mettent à l’aise dans ces rôles distincts. Le fait que l’association est non partisane reste vrai: personne ne peut me reprocher d’avoir tenté de «verdir» la FRC depuis 2017.

Cela étant, de par la nature de son travail d’intérêt public, l’association a toujours fait de la politique. Qui finance votre campagne?

Je ne mets aucun denier de ma poche, pas plus que la FRC d’ailleurs. Les Verts ont un budget de campagne modeste qui va à la liste dans son entier. Ce que je mets en revanche, c’est du temps et de l’énergie! Aussi, pour ne prétériter personne jusqu’aux élections, je vais diminuer quelque temps mon taux d’activité.

Vous êtes une candidate des Verts mais potentiellement une élue de la FRC. Est-ce un problème?

Etre conseillère nationale, c’est obligatoirement être dans un parti, quelle que soit l’organisation pour laquelle vous travaillez ou la cause que vous défendez. C’est vrai pour un représentant des banques, des paysans comme des consommateurs. Certains sujets pour lesquels je me positionnerai en tant que politicienne ne concerneront pas toujours la FRC: politique familiale, égalité, biodiversité ou formation. A l’inverse, les Verts n’ont pas particulièrement connaissance des tromperies ou abus dont les consommateurs font les frais. Moi, si. Je m’en ferai donc le relais, ainsi que du travail de mon équipe. A y regarder de près, les sujets à divergence sont rares. La FRC ne prône pas le prix le plus bas mais une consommation durable. Pour diminuer l’impact sur la planète, pour privilégier le «consommer mieux», les conditions-cadres et le marché doivent bouger. La FRC s’y emploie, et moi aussi à mon échelle, que je sois verte ou en tant que manager. Partons de l’idée que vous êtes élue le 20 octobre.

Est-ce à dire que la FRC se mue progressivement en pur lobby au détriment du service et de l’information au consommateur?

Pourquoi au détriment? La FRC préserve jalousement son ADN: informer, conseiller et défendre. Il n’y a pas à choisir entre ces trois missions, elles sont indissociables et se renforcent mutuellement. Ma candidature ne change rien au fait que la FRC est déjà un lobby qui cherche à rééquilibrer les lois en faveur des citoyens. D’ailleurs, ce travail de défense du plus grand nombre ne peut s’effectuer sans s’appuyer sur les faits ou les résultats probants obtenus par nos tests et enquêtes, ni sur le travail de FRC Conseil qui fait remonter les préoccupations des gens là où on peut agir.

Toujours en cas d’élection, êtes-vous à même de diriger pleinement une association comme la FRC avec un mandat de parlementaire qui exige pas mal de travail en commission en plus des sessions 12 semaines par an?

C’est sûr, on n’a rien sans rien! Des aménagements de mon cahier des charges seront nécessaires. Mais je ne me lance pas les yeux fermés: je dois présenter un modèle d’organisation des tâches et de mes ressources au Comité directeur prochainement.

Je l’élaborerai avec l’équipe. Comment va se poursuivre le travail avec l’Intergroupe latin consommation?

Le travail de cet intergroupe est agréable, tous partis confondus. C’est un lieu d’échange privilégié, avec une coprésidence gauche-droite. Mais la moitié des parlementaires ne se représentent pas, le travail de lobbying devra de toute façon être reposé après les élections. L’urgence climatique est sur toutes les lèvres.

Que va en faire la FRC avec vous à sa tête? Délaisser certains combats au profit d’autres plus écolos?

C’est une évidence qu’il faut des mesures additionnelles pour protéger le climat! La FRC a développé sa position face aux propositions parlementaires en cours. Une position construite par plusieurs personnes compétentes. Elle est forcément nuancée puisqu’elle tient compte de la complexité des choses. Cela étant, les thématiques défendues par la FRC sont nombreuses et les freins résident dans nos ressources, humaines et financières, limitées.

Tout de même, n’est-on pas en droit d’avoir des craintes pour la pérennité de la FRC avec une députée à sa tête?

De par ma fonction de Secrétaire générale, je suis avant tout en charge de la gestion des ressources, je me sens donc forcément responsable de la pérennité de la FRC. Finalement, ce qui change avec ma candidature, c’est qu’aujourd’hui, c’est la directrice qui est engagée en politique et non la présidente centrale de l’association d’alors.

Certains diront que la politique on s’en fiche, qu’il y a d’autres moyens plus efficaces, plus percutants pour faire avancer la cause des consommateurs. Que leur répondez-vous?

Qu’il m’arrive aussi d’être découragée par la politique! Elle est très lente, oui, mais en attendant c’est elle qui régit le vivre ensemble et les équilibres dans une société. Or la manière dont les rapports de force sont posés est une question politique, et moi, mon camp est aux côtés de la partie la plus faible, les usagers. Mais quand certaines lois n’existent pas, quand elles ne sont pas à la hauteur, ou qu’elles peinent à être mises en pratique, la politique ne suffit pas, la FRC a d’autres moyens d’action, comme de déposer plainte par exemple. Je suis convaincue que la défense politique des consommateurs devrait être plus forte, car c’est aussi le signe d’un pays qui fonctionne bien.

Et s’il fallait faire un choix un jour, faut-il quitter la politique ou la FRC?

Avec le Comité directeur, on est arrivés à la conclusion que les avantages seraient plus nombreux en entrant au Parlement. Mais c’est un pari. Actuellement, je ne me vois pas quitter la FRC. Si la situation devait ne pas s’avérer satisfaisante, je ne poursuivrais pas dans cette voie. Mais c’est un peu tôt pour tirer le bilan: il faut d’abord y entrer, non?

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