Alimentation
Enfants: marketing et malbouffe
En Suisse, environ 15% des enfants et des adolescents sont en surpoids. Une consommation d’aliments trop gras, trop salés et trop sucrés et pas assez d’exercice physique en sont la cause. Si la prévention est essentielle afin d’acquérir de bonnes habitudes alimentaires dès le plus jeune âge, elle peut perdre de son impact lorsque l’industrie matraque les enfants et les adolescents de publicité pour de la malbouffe. Il est donc essentiel d’agir pour limiter ce marketing. La Suisse refuse de légiférer en la matière.
17 septembre 2026
Juliette Ivanez
Responsable Alimentation
Depuis plus de dix ans, certaines marques se sont engagées volontairement via le Swiss Pledge à restreindre certaines publicités à destination des enfants. Les différentes analyses réalisées depuis lors par la FRC notamment démontrent que cette initiative ne déploie pas les effets escomptés. À ce stade, il est donc indispensable que des dispositions légales contenant des limitations au marketing alimentaire destiné aux plus jeunes soient adoptées. De plus, les supports publicitaires auxquels ils sont le plus souvent confrontés ne sont plus les mêmes: réseaux sociaux et plateformes diverses doivent impérativement être intégrés dans ces réflexions.
Un constat partagé: une loi est nécessaire...
En 2023, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) a présenté les résultats d’une étude démontrant la nécessité d’encadrer cette publicité. "Les enfants de 4 à 9 ans sont exposés à des fréquences élevées de publicités payantes promouvant des produits HFSS [riches en gras, sucre et sel, ndlr] sur les réseaux sociaux. Compte tenu des résultats de l’étude et au vu des attitudes et des comportements automatiques et non-conscients des enfants face aux réseaux sociaux, il est d’autant plus important de les protéger", concluent les auteurs du rapport.
Un projet de régulation était en préparation pour s’intégrer à la révision de la Loi sur les denrées alimentaires (LDAl). L'analyse d'impact commandée par l'OSAV dans le cadre de cette révision est formelle, et souligne la nécessité d'une réglementation contraignante: "L’autorégulation ne saurait remplacer la restriction de la publicité. En effet, les activités menées jusqu’à présent ont eu trop peu d’effets et la littérature scientifique montre également que la réglementation de la publicité est plus efficace qu’une autorégulation: elle permet de réduire le nombre d’années de vie en mauvaise santé et de réaliser des économies plus importantes sur les coûts de santé."
...mais le Conseil fédéral a retourné sa veste
Malgré ce constat sans appel, le Conseil fédéral a avancé avec la révision de la LDAl...sans intégrer aucune mesure concernant la restriction de la publicité. La FRC et d’autres associations ont exprimé leur mécontentement dans une lettre adressée à la Conseillère fédérale Baume-Schneider lui demandant de réintégrer ces dispositions. Ces revendications n'ont pas été entendues: dans le projet de loi soumis à consultation publique en octobre 2025 dans le cadre des accords bilatéraux Suisse-UE, aucune mention d'un quelconque encadrement de la publicité pour la malbouffe ciblant les plus jeunes. La FRC a pris position.
Pour en savoir plus
Sucreries aux caisses
99% des aliments pour enfants vendus aux caisses sont déconseillés par l’OMS
Une préférence pour l'engagement volontaire de l'industrie
Fin 2025, l’OSAV annonce mener des discussions avec des représentants des secteurs de l’alimentation et de la publicité. La perspective d'une loi est définitivement écartée, et les associations de consommateurs n'ont aucune voix au chapitre. Les autorités tentent maintenant d'obtenir des fabricants un engagement volontaire à restreindre la publicité destinée aux enfants pour les aliments trop gras, trop sucrés et trop salés. L'enjeu est de les convaincre d'utiliser le profil nutritionnel de l'OMS Europe dont les critères, plus stricts que ceux du Swiss Pledge, excluent ces produits-là.
Le projet suisse d'autorégulation volontaire de la publicité s'applique à la presse écrite, la télévision, la radio, les réseaux sociaux, les écoles et aires de jeux. Il ne concerne pas la publicité sur le lieu de vente (par exemple dans les supermarchés), ni l'emballage des produits. Il exclut aussi d'autres mesures qui ont fait leurs preuves à l'étranger, comme la restriction de toute publicité télévisée à certains horaires, ou l'interdiction de parrainage d'événements sportifs dont les enfants pourraient être le groupe cible.
Si le projet de l'OSAV a le mérite de se baser sur des critères plus objectifs et plus stricts que Swiss Pledge, plusieurs points interrogent:
- Sont considérées comme "enfants" les personnes de moins de 13 ans. Les adolescents ne sont donc pas protégés, alors qu'on sait qu'ils sont la cible constante des stratégies marketing des industriels. La plupart des pays qui légifèrent sur cette question appliquent des restrictions jusqu'à 16 voire jusqu'à 18 ans.
- Les sanctions prévues à l'encontre des entreprises ne respectant pas l'accord sont quasiment nulles: avertissement puis dénonciation publique, et enfin exclusion de l'accord. Pas de quoi porter à conséquence pour les mauvais élèves.
- Les dispositions prévues pour encadrer la publicité sur les réseaux sociaux concernent les plateformes publiant du contenu destiné principalement aux moins de 13 ans. On se demande ainsi quelles plateformes seront réellement concernées, les plus populaires telles que Tiktok, YouTube ou Snapchat étant en principe interdites aux moins de 13 ans.
D'autres pays l'ont fait
Une position qui manque franchement de courage, à l'heure où d'autres pays comme le Royaume-Uni prennent des engagements forts en interdisant la publicité en ligne pour les aliments mauvais pour la santé. En 2026, la Norvège instaure également une législation pionnière pour limiter très fortement le marketing ciblant les mineurs, tous supports confondus, pour les produits qui ne respecteraient le profil nutritionnel de l'OMS Europe.