Crise
Hausse des prix de 2022-2023
L'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022 a provoqué une crise sans précédent qui a affecté de manière conséquente le pouvoir d'achat de la population. Ce dossier est une archive des analyses, actions et conseils pratiques publiés en continu durant toute la période 2022-2023. Il a été mis à jour pour la dernière fois en décembre 2023.
11 décembre 2023
La FRC agit dans cette situation inédite à plusieurs niveaux, au plus proche des besoins de la population. Ceci pour répondre autant à la précarisation d’une partie des ménages qu’aux craintes de pénurie énergétique ou au risque d’affaiblissement des mesures de protection des consommateurs. Car la situation nécessite une grande vigilance dans de nombreux domaines. Une information fiable et des recommandations directement applicables sont donc nécessaires. La FRC demande en outre des mesures ciblées au niveau national.
Évolution des prix
L’inflation correspond au taux d’augmentation de l’Indice des prix à la consommation par rapport au mois précédent ou par rapport au même mois de l’année précédente. L’indice des prix à la consommation est calculé sur la base des relevés de prix du panier-type, un panier de consommation regroupant tous les biens et services représentatifs de la consommation des ménages privés.
- Inflation novembre 2023 (par rapport à novembre 2022): +1,4%
- Inflation sous-jacente (calculée sans les carburants): +1,4%
- Alimentation: +3,2%
- Énergie et carburants: +3,1%
Remarque: depuis mars 2023 la référence pour le calcul de l’inflation est postérieur au lancement de l’offensive russe en Ukraine et l’envolée des prix de l’énergie, il est donc plus facile pour l’inflation d’apparaitre moins élevée. Si on change le point de référence par exemple en prenant la situation pré-covid la photo est différente.
Par rapport au même mois de l’année précédente, en %
CARBURANT
Déjà en hausse en 2021, les prix de l’essence ont augmenté de près de 30% peu après le début de la guerre en Ukraine. Ils ont toutefois largement décru depuis. Alors que la moyenne était de 1,67 fr. en 2021, le litre de sans plomb 95 coûte actuellement 1,77 fr. (chiffres TCS du 7.12.2023). La moyenne du Diesel était de 1,75 fr. en 2021 et se monte à 1,94 fr. en décembre 2023. Les prix restent donc de 6 à 10% plus élevés environ que la moyenne de 2021.
MAZOUT
En Suisse, 36% des ménages se chauffent au mazout. L’incidence de l’augmentation massive des prix ne sera toutefois pas ressentie de la même manière par tous les ménages selon le moment de remplissage de la cuve. Les prix ont fortement fluctué ces derniers mois. Alors que le mazout était 88% plus cher en juin 2022 par rapport à juin 2021, l'inflation est retombée en dessous des 40% à la fin de l'année dernière et même à -30% environ en juillet 2023 (référence: IPC de juillet 2023 et 2022). Les prix sont légèrement remontés depuis, atteignant les 119 francs en moyenne pour 100 litres, ce qui reste 70% de plus que le prix payé fin 2020!
GAZ
Le gaz chauffe 19,5% des foyers suisses et les fournisseurs n’ont pas tous la même politique d’achat, ce qui implique des tarifs très divers selon les régions. La tendance à la hausse est toutefois massive. Au niveau national, l'augmentation moyenne se maintenait à plus de 68% fin 2022 par rapport à 2021. Ceci alors que l’augmentation des prix du pétrole et du gaz en cours depuis 2021 avait déjà eu des répercussions sur les tarifs: certaines régions avaient ainsi subi des hausses faisant pratiquement doubler la facture avant même le début de la guerre en Ukraine. Malgré une tendance à la baisse depuis le début de l'année 2023, le gaz coûtait encore près du double en décembre 2023 comparé à décembre 2020.
ÉLECTRICITÉ
Pour les clients captifs, c'est-à-dire les ménages et les entreprises consommant moins de 100'000 kWh, les prix sont fixés une fois par année et ne peuvent pas changer. Actuellement, le prix médian du kilowattheure se monte à 27ct pour les ménages et a augmenté de 27% en moyenne le 1er janvier 2023 en grande partie à cause de la composante «énergie» de la facture qui a grimpé de 64% en moyenne. Il existe toutefois de très fortes disparités régionales, lesquelles sont principalement liées à la stratégie d'approvisionnement des gestionnaires de réseau de distribution (GRD), c'est-à-dire les entreprises qui distribuent l'énergie aux clients captifs. Ceux qui possèdent une grande proportion de production propre d'électricité ont tendanciellement pu maintenir des tarifs stables comparés à ceux qui achètent leur énergie majoritairement sur le marché de gros. Reste que les ménages n'ont pas la possibilité de choisir l'entreprise qui les approvisionne, cette partie du marché étant encore sous monopole.
Dans les cantons romands, les prix varient actuellement de 9ct/kWh à plus de 40. Malheureusement, ils devraient encore augmenter en 2024, certaines hausses de coûts n'ayant pas encore été intégrées aux tarifs de l'année en cours. La légalité des tarifs est contrôlée par la Commission fédérale de l’électricité (ElCom) qui publie le détail des tarifs sur son site. Malgré la loi encadrant leur calcul, les GRD ont la possibilité de ne pas répercuter entièrement les hausses de leurs coûts, soit en renonçant à leur part de bénéfice, soit en ne couvrant pas entièrement ce coûts. Toutefois, la plupart ne prennent pas de mesures en ce sens.
Pour mieux comprendre ce qui influence le prix de l'électricité et le fonctionnement du marché de l'électricité, voir notre article à ce sujet, ainsi que le podcast publié au bas de la même page.
Coûts de la santé
L’inquiétude se porte sur la hausse des primes de l’assurance maladie obligatoire. La hausse prend avec le contexte actuel une tournure encore plus dramatique puisqu’elle s’ajoute aux risques liés à l’inflation. Lors des trois dernières années, la hausse des primes a été moins forte que par le passé, mais ce cycle semble se terminer. L’absence de réforme pour contrôler les coûts de la santé va ainsi se faire sentir de manière pesante.
À brève échéance, une solution aurait consisté à adopter au minimum le contre-projet à l’initiative du parti socialiste dite des «10 %» et qui vise à accorder un subside à tous les ménages dont le montant annuel des primes dépasse 10% de leur revenu. Le contre-projet apporte certaines améliorations aux politiques cantonales de subsides très disparates les unes par rapport aux autres. En complément, une hausse des salaires permettrait au moins d’atténuer les effets sur le revenu disponible, fortement entamé par le niveau des primes en dehors du contexte actuel. Rien de tout cela ne semble se profiler puisque le Conseil des Etats a refusé le contre-projet à l’initiative des «10 %», il n’est pas non plus entrée sur une motion traitée en urgence (émanant de la gauche et du centre) qui demandait une augmentation exceptionnelle des subsides à l’assurance maladie pour 2023. Le Conseil national a de son côté, pourtant, accepté et le contre-projet et la motion. Le refus de son homologue des Etats conduit pour l’instant à une impasse.
À plus long terme, si la crise dure, elle finira par avoir un effet également sur les coûts de la santé. Les infrastructures de santé ont bien entendu besoin d’énergie pour fonctionner. Les premiers effets se font déjà sentir, puisque certains hôpitaux en Suisse ont vu leur contrat avec leur fournisseur d’électricité arriver à échéance. La renégociation du contrat expose les hôpitaux à une augmentation. La faitières des hôpitaux (H+) estime que les coûts de l’énergie peuvent augmenter de 10 à 15 % mais dans certains cas de 300%. Selon sa directrice, Anne-Geneviève Bütikofer, dans un entretien accordé au magazine de la FMH (26 octobre 2022), « les augmentations dépendent d’une part du type d’énergie et d’autre part des contrats conclus par les différentes institutions ». Ces coûts d’infrastructure sont compris dans les tarifs hospitaliers négociés avec les assureurs et les autorités compétentes. Anne-Geneviève Bütikofer estime que « ces tarifs sont trop bas depuis plusieurs années », elle déplore également qu' »ils ne sont pas indexés sur le marché ». Dès lors, H+ demande d’inclure le renchérissement dans les prochaines négociations tarifaires et des tarifs plus élevés. Une augmentation des tarifs ne sera pas sans incidence sur le niveau des primes maladies qui servent, en partie du moins, au remboursement des séjours à l’hôpital (hors franchise et quote-part, une prise en charge en stationnaire est prise en charge à 45 % par les assureurs et à 55 % par les cantons, alors que le remboursement des interventions en ambulatoire est assumé à 100 % par les caisses maladie).
La production et l’importation de matériel médical – la plupart des principes actifs proviennent d’Asie – est également touchée par l’inflation, et peuvent dès lors participer à une augmentation des coûts de la santé. Sur ce plan, la marge de manœuvre en Suisse est pourtant considérable. Il existe des solutions de longue date défendue par notre association qui ont, pour la plupart, trait à la lutte contre l’ilot de cherté helvétique:
- Autorisation des importations parallèles pour les médicaments afin de les acheter au prix pratiqué dans les pays de l’UE.
- Instauration d’un prix de référence pour les médicaments génériques.
- Remboursement des médicaments achetés dans les zones frontalières (fin du principe de territorialité).