Article : Panier d’achat

Acheter du bio, si possible indigène

Pesticides

27.10.2015, Sophie Reymondin / Dilemme: choisir une tomate bio d’Espagne ou de culture traditionnelle de la région ? Shutterstock /Aleph Studio

Quelles chartes privilégier ? Peut-on se fier au bio importé ? Consultez notre nouveau guide des labels.



Dilemme cornélien au stand des légumes pour le client responsable et soucieux de sa santé: vaut-il mieux acheter une tomate bio importée ou privilégier celle de production traditionnelle suisse? En effet, le marché biologique ne cesse de croître et la part locale peine à couvrir la demande. Au rayon bio, les supermarchés proposent donc de plus en plus souvent des fruits et des légumes étrangers. «Migros importe environ 50% de son offre en fruits et en légumes, et environ un tiers des céréales panifiables, afin de proposer toute l’année un assortiment bio attractif et frais», confirme Estelle Dorsaz, porte-parole stagiaire.

Alors, face à ce marché en pleine diversification, la question se pose: peut-on se fier à une tomate biologique cultivée dans le sud de l’Espagne? C’est un exemple parmi d’autres, mais cette zone suscite une méfiance particulière, notamment en termes de droits des travailleurs, de gestion de l’eau et d’utilisation des produits de synthèse. Or la réponse ne coule pas de source.

Les écobilans, qui ont tenté de faire la lumière sur cette problématique, demeurent controversés. «Ils prennent seulement en considération les émissions chimiques dans l’environnement, pas ce que contiennent les produits, précise Lionel Cretegny, responsable des tests à la FRC. Le fait que les apiculteurs bio ne coupent pas les ailes des reines n’entre pas en ligne de compte!» En effet, l’exercice n’évalue pas les aspects humains ni le bien-être des animaux. En outre, il est forcément défavorable au bio, qui, par un mode de production moins intensif, utilise plus de surface pour le même rendement.

Bon pour la santé

Cela dit, le bio est une démarche de production respectueuse de l’environnement et des animaux. «Les consommateurs sont sensibles à cet aspect, notamment le fait d’utiliser moins de pesticides, souligne Barbara Pfenniger, responsable Alimentation à la FRC. Cela étant, les gens qui achètent bio se soucient également de leur santé. Or les labels ne concernent pas les aspects nutritionnels.» Néanmoins, une grande étude britannique vient de prouver des différences significatives entre les récoltes bio et conventionnelles. Voilà qui tombe à pic! Ainsi, les denrées bio contiennent jusqu’à 69% de plus d’antioxydants favorables à la santé. Du côté des résidus, les nouvelles sont bonnes aussi: la contamination au cadmium est réduite de moitié, et celle aux nitrites jusqu’à 87%.

Or, tous critères confondus, le bio de provenance locale est à privilégier. «Grâce aux contrôles effectués par les chimistes cantonaux, l’absence de pesticides est avérée sur le territoire helvète, même s’il existera toujours des moutons noirs, remarque Barbara Pfenniger. Car, en Suisse, l’intégralité d’un domaine agricole doit être certifiée bio, ce qui permet d’éviter la plupart des contaminations. Ce n’est pas le cas en Europe. En revanche, on rencontre plus de tricheurs dans les pays plus éloignés, eux qui n’ont pas une tradition du bio bien ancrée et qui visent surtout des prix plus élevés!»

Ainsi, la FRC conseille d’acheter autant que possible des produits biologiques d’origine suisse. En l’occurrence, le bio suisse répond à un maximum d’exigence en matière d’environnement, de gestion de l’eau, de protection des sols, de biodiversité et de climat, de bien-être des animaux, sans oublier les aspects sociaux.

Bio Suisse, la crème des labels

«Chez Coop, presque 100% de la viande, des œufs et des produits laitiers biologiques sont d’origine suisse, souligne Ramon Gander, porte-parole. D’autres produits, par exemple les fruits et les légumes, sont importés en dehors de la saison de récolte, soit seulement quand un produit n’est pas disponible en quantité ou en qualité suffisante en Suisse. Il doit alors provenir d’Europe ou de la Méditerranée, et seulement à défaut, voire être importé d’outre-mer, mais par bateau, car les transports aériens sont interdits.» Tous les produits bio vendus à la Coop, locaux ou importés, répondent aux exigences de Bio Suisse.

Ce n’est pas toujours le cas chez Migros, où il faut distinguer les produits locaux estampillés bio des produits importés, qui correspondent au label européen. Comme son concurrent, le géant orange écoule d’abord la production indigène avant de se tourner vers ses voisins, puis vers l’Europe centrale et, enfin, vers des pays plus lointains. C’est le cas, surtout, pour l’approvisionnement en céréales panifiables, fruits exotiques, cacao, épices, riz, quinoa ou café.

D’ailleurs, même les maraîchers bio s’adaptent aux habitudes des consommateurs, à l’image de Gilles Roch, du domaine des Biolettes à Ballens (VD), qui vend aussi quelques produits importés. «Sinon, les consommateurs vont se fournir ailleurs!» pense le maraîcher. Il travaille en collaboration avec des agriculteurs biologiques étrangers pour répondre à la demande de ses clients et soutenir la démarche, en procédant par ordre de proximité. «D’abord, j’essaie de me fournir auprès d’un collègue helvète, puis français, italien ou espagnol, notamment pour les citrons et les oranges. Les bananes de mes étals viennent des Canaries ou de République dominicaine, par bateau, et portent le label Demeter.»

Se fier à la proximité

La diversité des provenances, d’autant plus en ce qui concerne les produits transformés, complique la traçabilité. Du coup, le client doit se fier aux labels, mais lesquels? «Un label parmi les plus recommandés, car ils sont plus exigeants que le règlement européen», commente Barbara Pfenniger. Dès lors, la question mérite d’être reformulée en ces termes: vaut-il mieux acheter une salade bio importée affichant le label européen ou une salade produite localement selon un mode de culture traditionnel?

Un test, réalisé par la FRC en 2010, avait en l’occurrence démontré que la laitue pommée achetée au marché de Lausanne (sans label) s’était révélée exempte de pesticides. Au même titre que celles, de culture biologique, provenant de chez Migros et Coop! En revanche, toutes les autres salades de culture traditionnelle achetées en supermarché contenaient des résidus d’insecticides et/ou de fongicides. Ce qui précède amène une conclusion rassurante: le consommateur peut se fier au rapport de confiance et de proximité pour acheter des fruits et des légumes de qualité auprès du petit producteur local, surtout s’il respecte les exigences de IP-Suisse.

Retrouvez l’intégralité de notre dossier consacré aux labels sur frc.ch/labels.

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