Enquête : Cosmétiques

Y a-t-il péril dans nos produits d’hygiène et de beauté ?

Cosmétiques

26.3.2013, Huma Khamis / Photo: Sébastien Féval

Gel douche, lotion corporelle, maquillage... Certains produits contiennent des substances préoccupantes. Nous en avons testé 66, tous inoffensifs. Mais quand on les additionne, affectent-ils notre santé ?



Chaque jour, Madame, 75 à 100 grammes de cosmétiques entrent en contact avec votre peau: 13 grammes de gel douche par-ci, de 1 à 8 grammes de lotion pour le corps par-là, une dizaine de grammes de shampoing , quelques milligrammes de fond de teint, de rouge à lèvres et de vernis… Et vous, Monsieur, ne tournez pas la page: vous utilisez du gel douche, du shampoing, du dentifrice et du déodorant. Et vous vous lavez les mains régulièrement, n’est-ce pas? Vous utilisez donc quotidiennement entre 65 et 80 grammes de cosmétiques.

Dès lors, ces produits se doivent d’être aussi sûrs que possible. Une évidence. Pourtant, depuis de nombreuses années, on soupçonne certains ingrédients entrant dans leur composition – conservateurs, filtres solaires et émollients, pour ne citer qu’eux – de traverser la barrière cutanée et d’affecter le système hormonal; ce sont les perturbateurs endocriniens.

Un fléau pour les plus sensibles

A noter que ces perturbateurs ne sont pas le seul fardeau des cosmétiques. On les retrouve aussi dans les plastiques (phtalates et bisphénol A, par exemple). Toutes ces molécules sont, de près ou de loin, impliquées dans des troubles hormonaux: puberté précoce, diminution de la fertilité, voire certains cancers. Elles sont aussi, et en premier lieu, le fléau des femmes enceintes et des enfants en bas âge, les plus sensibles aux interférences hormonales. Aussi, à défaut de les bannir, leurs quantités sont-elles soumises, dans la plupart des cas, à des restrictions légales.

Ces législations régulent généralement les produits individuellement. Et il est vrai qu’aucun produit disponible sur le marché n’est dangereux à lui seul. Mais qu’en est-il lorsqu’on utilise plusieurs cosmétiques au cours d’une journée, d’une semaine, d’une vie? Les conservateurs, les filtres UV ou les émollients peuvent-ils atteindre des niveaux susceptibles de mettre en péril notre santé? C’est cet effet, dit «cocktail», que nous avons déterminé dans ce test exclusif organisé par la FRC pour ses consœurs européennes. Et c’est aussi une suite logique à notre campagne sur les perturbateurs endocriniens, à laquelle vous avez été si nombreux à participer en 2011.

Lotions pour le corps, crèmes pour le visage, maquillage… Notre sélection de 66 produits disponibles sur le marché européen porte sur les cosmétiques les plus couramment utilisés. Certains sont destinés à toute la famille, les autres plus particulièrement aux femmes. D’une part, elles en sont de grandes consommatrices, d’autre part, leur exposition à différentes substances soulève la délicate question du risque pour les nouveau-nés.

Produits testés par catégorie:

Les produits mis au banc d’essai contiennent tous des molécules problématiques dans leurs compositions. Pour chacun, notre laboratoire a mesuré la concentration d’une vingtaine de substances. Certaines de ces molécules ont des effets endocriniens avérés ou suspectés, alors que d’autres sont des ingrédients récemment introduits dans les cosmétiques. Pour ces derniers, il existe encore peu de données toxicologiques.

Sur la base des concentrations mesurées, nous avons établi différents scénarios d’utilisation, selon la fonction du produit et sa fréquence d’application. Chaque scénario a été conçu dans deux versions, avec ou sans crème solaire. Par la suite, nous avons soumis nos résultats à sept toxicologues de pays différents; d’une part, pour valider nos calculs, d’autre part, pour estimer le niveau de risque encouru par les utilisatrices.

Conservateurs et UV inquiétants

Nos experts ont évalué la fraction de substance absorbée par la peau. Première constatation: la littérature scientifique reste, hélas, muette sur certaines molécules dont on ne sait pas encore quelle part pénètre dans le corps…

Pour les autres, les substances dont les effets sur la santé sont disponibles, nos experts ont calculé le niveau de risque basé sur une utilisation normale au cours d’une journée. Ils ont tenu compte de l’effet cocktail des substances qui s’additionnent ou se mélangent. Le risque est avéré si la dose totale dépasse la quantité supposée avoir un effet hormonal. Le risque est minime voire négligeable si le cumul ne dépasse pas cette dose.

Au final, le risque a pu être écarté pour une majorité des substances. Néanmoins, quelques molécules inquiètent: c’est notamment le cas du propylparaben, conservateur largement employé, et de certains filtres UV (notamment l’ethylhexyl methocinnamate ou octylmethocinnamate) que l’on retrouve dans les produits solaires, les crèmes pour le visage et les fonds de teint. De son côté, le triclosan, antibactérien fort heureusement peu répandu, contribue de manière significative à ce risque.

Certes, la notion de risque ne signifie pas pour autant danger imminent. D’autant plus qu’on peut diminuer son exposition en choisissant soigneusement ses cosmétiques. Mais ils restent disponibles sur le marché. Et compte tenu des multiples sources de perturbateurs endocriniens, il est grand temps que l’industrie et les autorités lèvent le nez de leurs éprouvettes et acceptent d’aborder ce problème de manière globale.

A quelles substances faut-il être attentif? Notre tableau synthétique vous aide à y voir clair.

Les résultats détaillés des 66 produits analysés

Savons et produits à rincer : un risque minime

Gels douche, savons, shampoings et après-shampoings, ainsi que tous les cosmétiques que l’on rince, contribuent faiblement à l’effet cocktail sur le système hormonal. En fin de compte, ils ne restent en contact avec notre peau que durant un temps relativement court. Seule une infime partie des substances inquiétantes pourrait passer la barrière cutanée. Nos produits ne contiennent que de faibles concentrations de conservateurs. En revanche, on retrouve assez couramment des filtres UV dans… les savons, pour garantir, notamment, la couleur des détergents liquides, nous précisent les fabricants.

De leur côté, le dentifrice et le bain de bouche sont susceptibles d’être avalés, du moins en partie. C’est pourquoi leur composition doit faire l’objet de plus de précaution. Au quotidien, évitez ceux qui affichent du propylparaben ou du triclosan.

Si les cosmétiques à rincer ne constituent pas un réel problème pour notre santé, ils finissent inévitablement dans les eaux usées. Aussi les conséquences sur l’environnement ne devraient-elles pas être négligées…

 

Maquillage et fards: un facteur de risque limité

On utilise quelques milligrammes par jour d’ombre à paupières, de mascara ou de vernis à ongles. Le maquillage contribue donc faiblement aux facteurs de risque affectant le système hormonal. Les produits pour le contour des yeux sont souvent les plus chargés en conservateurs, mais leur utilisation se justifie pour éviter toute contamination microbiologique.

Les baumes et les rouges à lèvres sont en partie avalés. Il est donc préférable d’opter pour des produits idéalement sans ethylhexyl methocinnamatele, ce filtre UV incriminé dans les crèmes pour le corps et sans propylparaben.

Les fonds de teint liquides sont les plus préoccupants. Une majorité de notre sélection renferme un nombre étonnant de substances incriminées, qui vont des siloxanes aux conservateurs, en passant par des filtres UV. Choisissez-en un qui en soit exempt.

 

Crèmes et lotions pour le corps: un cocktail plus inquiétant

Lotions pour le corps, crèmes de jour, crèmes solaires et déodorants sont destinés à rester longtemps sur la peau. Nos calculs l’attestent, c’est cette catégorie de cosmétiques qui participe le plus au cocktail perturbateur. Ils peuvent contenir des conservateurs, comme le propylparaben, dont l’effet œstrogénique est inquiétant. On retrouve d’ailleurs cette substance dans 38 des 66 cosmétiques testés, c’est dire si son utilisation est fréquente.Certaines crèmes pour le corps, des déodorants et des produits de coiffage contiennent des siloxanes (dérivés de silicone), qui confèrent à la peau un aspect plus doux. Néanmoins, certains d’entre eux sont soupçonnés d’avoir des effets sur la santé et contribuent ainsi au cumul des substances indésirables.

Les crèmes pour le visage renferment souvent plusieurs substances indésirables. Evitez celles qui contiennent de l’ethylhexyl methocinnamate, un filtre UV, dont l’utilité est limitée, puisque les facteurs de protection de ces crèmes sont rarement adéquats pour une réelle exposition au soleil. Mais ne renoncez jamais à une crème solaire à l’extérieur pour autant: le risque de cancer de la peau est beaucoup trop important. Entre deux maux, il faut choisir le moindre.

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