Numérique

Voici, enfin, le dossier électronique du patient

Après six ans d’attente et une pandémie, l’outil est mis en service! Petit aperçu.
Santé

Archive · 28 juin 2021

Le dossier électronique du patient (DEP), dans le système suisse de santé, c’est un peu une marotte. Une loi fixe son cadre et le promeut depuis avril 2017. Sur le papier, le projet est très intéressant: il permet au patient de disposer depuis chez lui des documents médicaux le concernant. Il peut en prendre connaissance, mais aussi les mettre à la disposition des professionnels qu’il consulte. Il n’a plus à en demander (et en attendre) le transfert ni à subir un examen auquel il s’est déjà soumis. Le tout dans des canaux sécurisés.

C’est aussi le patient qui définit quel professionnel accède à des pièces du dossier, en choisissant le degré de confidentialité. Il y en a trois: le niveau «normal » rend le document accessible à tout professionnel à qui un accès a été octroyé; un document classé «restreint» n’est visible que par des professionnels désignés spécifiquement; enfin, le niveau «secret» bloque tout accès au document que le patient juge trop sensible.

Tout n’est pas aussi simple dans la loi qui, par exemple, met en concurrence différents prestataires. Au départ, on peut penser que ce choix du législateur sera plutôt bénéfique aux futurs usagers. Mais à l’image de ce qui se passe avec les caisses maladie, on ne peut exclure le risque que se crée un labyrinthe semant la confusion. Le schéma est à peu de chose près identique: tous doivent offrir des prestations de base – gratuites – et en développer des complémentaires qu’ils pourront faire payer.

Pour les prestations de base, les fournisseurs d’un DEP – appelés communauté de référence – doivent être compatibles entre eux. Ce n’est pas le cas des offres complémentaires. Un problème? Oui. Imaginons qu’une communauté de référence propose un outil pour mieux gérer une prise de médicament au quotidien – fort utile pour un malade chronique ou une personne souffrant de plusieurs maladies –, l’outil pourrait obliger le patient à rester captif de sa communauté de référence pour continuer à en bénéficier. L’avenir du DEP et son utilité se joueront sur ce genre de segmentation.

Le futur a en quelque sorte déjà commencé, puisque CARA a ouvert son portail le 31 mai dernier, alors que l’un de ses concurrents, Abilis (émanation de la Coopérative des pharmaciens), sera opérationnel à compter de septembre. CARA est une association fondée par cinq cantons romands (Neuchâtel n’est pas monté à bord) qui ont uni leurs forces pour offrir un seul et même portail. Il est donc possible dès à présent d’ouvrir votre dossier électronique. Il faut s’armer de… patience, car les démarches demandent un peu de maîtrise. A cet effet, la FRC proposera en septembre des ateliers d’information sur le sujet, avec la possibilité d’ouvrir son propre DEP.

A la caisse!

Le succès du DEP se déclinera sur le long terme. Comme toujours, les consommateurs jugeront sur pièces. Le succès découlera logiquement de l’ergonomie des offres et de leur plus-value pratique. Il dépend aussi de la manière dont les médecins privés intégreront l’outil dans leur quotidien: à ce stade, la FMH a entretenu une position ambivalente, se réjouissant d’une part de l’arrivée de l’outil et exigeant d’autre part qu’une nouvelle position tarifaire soit créée afin de couvrir les frais administratifs liés au lancement du DEP. Bref, de son point de vue, ce serait encore aux patients et aux assurés de payer.

De son côté, observatrice participante, la FRC jouera son rôle de contrôle. Bilan promis dans une année avec à la clé un test des prestations offertes par chaque communauté de référence et une mise en perspective de la politique de sécurité. Pour ouvrir un DEP, un patient doit être doté d’une identité électronique agréée. A ce jour, il n’est possible de la générer que par une entreprise privée – excepté à Genève et, dès juillet, dans le canton de Vaud.

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