Article : Alimentation

Viande et pomme, les nouveaux périls dans l’assiette?

Pesticides

10.1.2016, Aline Jaccottet / On est carnivore ou pas? A raison de trois fois par semaine au plus, on allie plaisir et santé - Shutterstock.com

L’industrie a éloigné les producteurs des consommateurs au point qu’il est souvent difficile de déterminer où et comment est fabriquée notre nourriture. Le dernier rapport de l’OMS sur le lien entre viande et cancer et celui de Greenpeace sur les pesticides dans les pommes entretiennent la méfiance. A raison?



En septembre 2015, un rapport du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), fait grand bruit. On y lit que la consommation de viande rouge (soit issue de mammifères) et – pire encore – les produits carnés transformés (saucisses, charcuterie, etc.) ont un lien avec le risque de cancer colorectal. D’autres études indiquent des liens avec le cancer du pancréas et le cancer de la prostate.

Indication «limitées» ou «fortes»

Composé de 22 scientifiques issus de 10 pays, le groupe de travail parle d’«indications limitées» concernant l’association entre cancer et viande rouge, c’est-à-dire que ce lien peut être dû à d’autres facteurs (le hasard, les biais…) En revanche, les scientifiques qui se basent sur une dizaine d’études affirment qu’il existe de «fortes indications» concernant les mécanismes d’effet cancérogène de la viande rouge. En cause, le fer héminique (présent dans le sang de la viande) et les nitrates et nitrites utilisés pendant la transformation de la viande. En ce qui concerne la viande transformée, le groupe de travail affirme disposer «d’indications suffisantes» pour établir un lien avec le cancer colorectal, ce qui fait de la charcuterie un danger potentiellement de même niveau que l’amiante ou le tabac.

Tollé

La publication de ces résultats provoque un tollé, notamment au sein de l’industrie de la viande qui dénonce une étude biaisée. Des critiques qui poussent quelques jours plus tard l’OMS à préciser que son étude «ne demande pas aux gens d’arrêter de manger de la viande transformée mais indique que réduire leur consommation peut réduire le risque de cancer colorectal».

Les vertus de la modération

En effet, le rapport du CIRC mentionnait une consommation quotidienne et élevée – 50 grammes de viande transformée et  100 grammes de viande rouge – pour que le risque de développer ce cancer augmente respectivement de de 18 et 17%. En somme, être un «carnivore raisonnable», c’est conserver la santé. Rien de nouveau: les nutritionnistes recommandent depuis belle lurette de limiter la viande à trois fois par semaine pour un total d’environ 170 grammes par adulte.

Tabac et alcool bien plus dangereux

D’autres études relativisent par ailleurs les dangers de l’alimentation carnivore. Selon l’organisme de recherche indépendant Global Burden of Diseases Projet, les viandes transformées et rouges seraient responsables chaque année de 34’000 et 50’000 décès contre 200’000 pour la pollution atmosphérique, 600’000 pour l’alcool et… un million pour le tabac. Rien de bien rassurant pour qui combine régulièrement un bon tartare à un verre de rouge avant de fumer une cigarette pour digérer le tout, mais rien d’exceptionnel: l’on sait depuis longtemps que fumer et boire est néfaste et que Japonais et Méditerranéens doivent leur exceptionnelle longévité à une alimentation riche en poissons et en légumes.

Au final, de nombreux médias se sont montrés alarmistes alors que le rapport du groupe de travail de l’OMS ne fait que rappeler les vertus de la modération et d’une alimentation équilibrée.

Le ver (chimique) dans la pomme?

La fin de l’année 2015 est aussi marquée par une autre polémique: la présence de multiples pesticides dans les pommes vendues en Europe et en Suisse. Après avoir analysé la teneur de 126 pommes différentes issues des supermarchés d’onze pays européens, l’organisation écologiste Greenpeace annonce sur son site que «des pesticides ont été retrouvés dans 83% des échantillons conventionnels, 60% de ces échantillons étaient contaminés par deux pesticides ou plus». Outre l’impact sur la biodiversité, Greenpeace affirme que «des effets sur la santé ne peuvent pas être exclus» même si les valeurs limites nationales sont respectées.

Un biais dans l’évaluation

«Les données utilisées pour évaluer la nocivité des pesticides proviennent des fabricants eux-mêmes: il y a donc un biais», explique d’ailleurs Laurianne Altwegg, spécialiste Agriculture et environnement à la FRC. Outre la réduction de l’utilisation de pesticides dans l’agriculture, la FRC exige une plus grande transparence dans le processus d’autorisation de ces produits et le renforcement de la formation des agriculteurs en ce qui concerne l’usage des pesticides.

Effets inconnus

Par ailleurs et même si de nombreux tests sont menés toute l’année pour garantir la sécurité des fruits et légumes vendus en Suisse, «nous ne connaissons pas l’effet des résidus de pesticides sur la santé lorsqu’ils sont combinés. Une fois associées, certaines substances chimiques peuvent en effet induire un effet toxique pour l’organisme. C’est le fameux effet cocktail dont les combinaisons peuvent difficilement être testées», explique Laurianne Alwegg. Elle recommande donc «d’appliquer le principe de précaution. Pour savoir ce qu’on mange, il vaut toujours mieux choisir une pomme issue de l’agriculture bio». D’ailleurs, aucune pomme bio vendue en Suisse et analysée par Greenpeace ne contenait de résidus de pesticide. En somme, il faut faire appel au bon sens pour garnir son assiette, que ce soit d’une pomme, d’un steak ou d’une tranche de jambon!

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