Jardinerie

Un beau printemps… morose

Les garden center font le plus clair de leur chiffre d’affaires entre les mois de mars et mai. Malgré les mesures d’urgence mises en place en cette année de Covid-19, elles accusent un grand manque à gagner.
Alimentation Maison et loisirs Loisirs

Archive · 23 avril 2020

Dernière vérification de la commande (ici: Thierry Pahud, directeur d'Andréfleurs) avant que la clientèle ne charge dans son véhicule. Photos: DR

«En 2019, nous avions souffert, car la météo du printemps avait été défavorable. J’avais alors prédit qu’il ferait beau cette année et que ce serait une bonne cuvée. J’avais à 50% raison.» Au bout du fil, Thierry Pahud tente de faire bonne figure. Le directeur d’Andréfleurs, la plus ancienne jardinerie vaudoise basée à Assens, subit la crise du Covid-19 de plein fouet pendant cette période capitale pour la branche. «De mars à mai, on fait 55% du chiffre d’affaires annuel, on encaisse donc des salaires pour le reste de l’année.» Et pas possible de reporter l’activité à plus tard, c’est au printemps que les semis et les plantations s’effectuent. «C’est comme les stations de ski qui ont dû fermer plus tôt; il ne sera pas possible de rattraper ces semaines en été sans la neige!»

Situations rocambolesques

Malgré ce coup du sort, le directeur et son équipe se sont montrés extrêmement réactifs pour maintenir le service à la clientèle. Ils ont improvisé un formulaire simple pour permettre aux motivés de commander. Ce système de fortune a fonctionné un temps, mais il donnait parfois suite à des situations rocambolesques. «J’ai par exemple reçu des commandes avec des explications très approximatives sur des variétés de légumes», se souvient Thierry Pahud. Une zone de collecte a été mise en place, et les clients devaient prouver leur paiement pour récupérer leurs marchandises.

Un système complexe et qui a pu se montrer frustrant. «Mon équipe, ce sont des pépiniéristes, des horticulteurs, des jardiniers, pas des vendeurs», explique-t-il. Habituellement à cette période, chaque journée compte entre 700 et 2000 clients. Mais là, malgré l’effort considérable fourni par chacun, Andréfleurs n’a pu honorer que 80 à 90 commandes quotidiennes. «On travaille comme des dingues, mais nos chiffres d’affaires sont insignifiants alors que 100% du personnel considéré comme non à risque est sur le pont.»

Plus récemment, le magasin a mis en place un système de boutique en ligne. Et le directeur a mis lui aussi la main à la pâte pour décrire et référencer les articles avec son équipe en télétravail. Le site en référence actuellement 1700. Le paiement par carte de crédit ou Twint a également facilité la chose.

Le "Drive" permet à la clientèle de récupérer sa marchandise préalablement commandée en ligne en deux temps trois mouvements.

Nombreuses questions en suspens

Les clients sont là, désireux de faire leur potager et jardin, et l’équipe a dû mettre les bouchées doubles pour honorer les retards de commandes. «Mon personnel a vraiment joué le jeu, mais on est fatigués», explique le patron.

L’ouverture le 27 avril (lire encadré) est forcément une bonne nouvelle, même si elle exigera à nouveau des adaptations. «Quelle sera l’affluence? Combien de personnes pourrons-nous contenter? La boutique en ligne continuera-t-elle de fonctionner? Mais avec quelles ressources, si le magasin est ouvert?» Autant de questions auxquelles Thierry Pahud n’a pas de réponses. Ce qu’il sait, en revanche, c’est que cette crise laissera des traces profondes. Entre mi-mars et mi-avril, le manque à gagner se compte déjà en 7 chiffres…

Selon le directeur du garden center, la crise aura permis d’amener une réflexion sur la façon de s’alimenter: «Je crois que cette année, certains sacrifieront un bout de pelouse pour y mettre des légumes ou planteront des tomates sur leur balcon.»

La parade à la queue

La réouverture des commerces tels que les jardineries le 27 avril a nécessité de la part du patron d’Andréfleurs de sérieux calculs et une bonne dose de planification pour espérer pouvoir fonctionner en respectant les directives du Conseil fédéral et contenter autant de clients que faire ce peut. Son équipe est en train de mettre en place un système de rendez-vous afin de gérer le flux de la clientèle et de lui garantir l’accès au magasin en évitant les longues queues et les crispations qui peuvent aller avec. «Attendre dehors, c’est une chose pénible; attendre à la caisse, ce n’est pas la même chanson! Allez respecter les distances de sécurité à pareil endroit.» Dès la fin de la semaine (nous sommes le 22 avril, ndlr), le site internet et la page Facebook de l’entreprise informeront sur les modalités pour prendre rendez-vous et rendre la circulation dans le magasin aussi fluide que possible. Les horaires seront également élargis pour absorber la clientèle, elle-même limitée à deux personnes par caddie. Quant aux commandes en ligne, elles resteront possibles. «Mais de grâce, venez chercher ce que vous avez commandé», plaide Thierry Pahud. En effet, voir des plantons dépérir parce qu’ils ont été oubliés, c’est trop dur pour le moral!

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