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Article : Mode de vie

Solidarité: le geste qui fait chaud au coeur et remplit le ventre

17.12.2019, Sandra Imsand

Cafés, repas, concerts ou spectacles accessibles à tous, même aux plus démunis: c’est le principe des «suspendus», une forme d’entraide qui se propage.



Charlène est aux fourneaux de ce petit restaurant niché au coeur du quartier du Marais, à Paris, dont la façade boisée attire l’oeil. En entrée, velouté de carottes, suivi de filets de rouget avec riz et salade. Le tout pour 10 euros. Le dessert, un gratin de poires, est proposé à 3 euros. Le café ou le thé ne coûtent que 1 euro. On est bien loin des prix pratiqués habituellement dans ce quartier branché. Et pour cause: Le Troisième Café n’est pas une nouvelle adresse à la mode, mais un restaurant à vocation associative et solidaire. Pour venir y manger, il faut s’acquitter d’une adhésion annuelle de 5 euros au minimum.

Pour proposer des prix aussi bas, Le Troisième Café récupère les invendus des chaînes bio du quartier. Principalement des légumes, des fruits et des produits laitiers. Aussitôt ramenées, les côtes de bette finissent en gratin provençal. Cet aspect plaît à Charlène, la cuisinière du service de midi. «J’aime faire des miracles avec pas grand-chose et pouvoir rencontrer de nouvelles personnes.» Dans ce bistrot, l’humain se trouve au centre. Par la disposition des lieux. Par le fait de travailler avec des bénévoles ainsi que de recourir à des contrats aidés, ce qui favorise l’insertion dans l’emploi de personnes éprouvant des difficultés à être embauchées. Et parce que tous les pourboires sont mis dans une cagnotte permettant aux plus démunis de manger gratuitement. Un «repas suspendu» qui rencontre beaucoup de succès. «Chaque jour, nous servons environ 15 repas suspendus», explique Mélanie, adjointe au secrétaire du bureau de l’association qui gère le restaurant. «Des habitués qui viennent en voisins ou d’autres qui poussent la porte occasionnellement.» Tout le monde est le bienvenu et repart le ventre plein.

Projets sans frontières

Une belle réussite pour ce concept qui vient de fêter son 5e anniversaire. «Les fondateurs ont eu l’idée de créer ce restaurant en résistance aux profonds changements que subit leur quartier, explique Mélanie. Le IIIe arrondissement est très prisé par les locations touristiques Airbnb, ce qui a pour résultat que certains commerces, comme les bouchers, les poissonniers, les primeurs et cafés traditionnels ferment et sont remplacés par des concepts modernes. Le Troisième Café est une réponse à ce phénomène, en conservant un esprit de bistrot et une solidarité de quartier.»

La solidarité, c’est également ce qui a poussé Eva Pospisil à créer l’association Le Suspendu, en Suisse romande, avec Keko Razzano et Chloé Nahon. «Le point de départ a été une rencontre avec un SDF, explique la Vaudoise. Nous avons beaucoup échangé et je lui ai offert à manger, car il n’avait rien avalé de la journée. Je me suis dit que ce serait intéressant de créer une plate-forme qui mette en commun des gens qui désirent offrir un repas, des restaurants prêts à jouer le jeu ainsi que des bénéficiaires aux moyens limités qui peuvent ainsi passer un moment au chaud.»

Deux ans après le lancement de l’association, le bilan est encourageant. «Les Suisses sont généreux et nous avons pu convaincre des établissements de nous suivre. Mais nous sommes dans une culture où on se gêne de demander. » La présidente cite l’exemple de cette personne qui a profité d’un repas suspendu un jour et est revenue le lendemain, ne prenant qu’un café. Même si cette générosité est offerte à tous ceux qui en font la demande, sans discrimination, il est encore difficile pour certains de franchir le pas.

Offrir de l’art

Actuellement, il est impossible de savoir combien de repas ou de boissons ont été distribués dans le cadre du Suspendu. L’association espère pouvoir disposer de chiffres bientôt, une étape nécessaire pour faire connaître davantage ce projet. «Les gens ont envie de donner, d’aider.» Eva Pospisil cite l’exemple de la compétition de Fight of the Elements Crossfit. Celle-ci vient d’organiser une collecte de soutien, et quatre nouveaux restaurants à Lausanne et Vevey ont récemment rejoint l’aventure.

La culture aussi peut être solidaire. C’est le pari qu’a fait le Belluard Festival en 2015, en introduisant une nouvelle politique de prix: le tarif unique à 15 francs. «Nous avons supprimé au maximum les invitations, chacun paie le même prix, raconte Claudia Dennig Vasquez, administratrice du festival fribourgeois. Mais nous avons réalisé que même 15 francs, c’est trop pour certains. Nous avons alors introduit le billet suspendu.» Sur le même principe que pour le repas ou le café, certaines personnes acceptent de payer un peu plus pour que d’autres puissent avoir accès gratuitement à des concerts et spectacles. Et le constat est semblable à celui de l’association Le Suspendu. «C’est relativement facile de financer des billets, c’est plus difficile de les redistribuer.» C’est pourquoi le festival collabore avec des associations, notamment celles qui travaillent avec les requérants d’asile et les réfugiés, pour qu’eux aussi puissent profiter de l’offre culturelle. En 2019, ce sont ainsi 54 entrées qui ont trouvé preneur. Mais il est possible de faire encore mieux, à condition d’accepter ces dons qui n’attendent pas de retour.

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