Énergie
Quatre options pour rentabiliser son installation photovoltaïque
Malgré la baisse des subventions et du tarif de reprise de l’électricité solaire, certains outils peuvent aider les petits producteurs à rentabiliser leur investissement. Décryptage.
30 juin 2026
Laurianne Altwegg
Responsable Énergie
Première règle à appliquer après celle d’économiser l’énergie: utiliser immédiatement le courant fourni par sa propre installation. Sans quoi il est injecté dans le réseau et rétribué à un prix bien inférieur à ce-lui auquel doit ensuite être rachetée l’électricité consommée. Car ce montant inclut alors non seulement l’énergie, mais aussi le coût de son acheminement sur le réseau et diverses taxes. Faire correspondre les heures où fonctionne l’électro-ménager à celles pendant lesquelles sont produits les kilowattheures, en s’aidant notamment d’appli-cations dédiées, est donc primordial.
Avec ou sans installation solaire, ces outils ouvrent la porte à une transition énergétique plus inclusive et à des économies concrètes.
Laurianne Altwegg
Responsable Énergie
Regroupement pour la consommation propre (RCP)
Autoconsommer l’ensemble de sa production est difficile, même en s’aidant de batteries. La meilleure option est donc de vendre le surplus à d’autres, sans passer par le gestionnaire de réseau de distribution (GRD), c’est-à-dire le distributeur local.
Le RCP est le premier outil à avoir été développé spécifiquement pour cela en 2018. Il permet au producteur solaire de partager son courant avec les occupants de son immeuble – souvent ses locataires ou les copropriétaires d’une PPE – ou de plusieurs bâtiments voisins, pour autant que des câbles privés soient utilisés. Tous bénéficient de prix plus avantageux, la baisse étant justifiée par la non-utilisation du réseau du distributeur.
Principal défaut: une fois le RCP en place et accepté, les locataires ne peuvent plus en sortir, sauf s’ils quittent le logement ou si les tarifs sont contraires aux règles. Cela vaut aussi pour les locataires qui viendraient à reprendre le bail. De plus, contrairement aux GRD, qui sont surveillés par la Commission fédérale de l’électricité (ElCom), aucun contrôle n’est effectué. Ce qui peut rendre les locataires vulnérables face à d’éventuelles pratiques abusives ou un manque de transparence de la part de leur bailleur.
Sauf exception, le tarif de l’électricité du RCP doit correspondre au maximum à 80% du produit standard du fournisseur d’électricité.
Regroupement virtuel pour la consommation propre (RCPv)
Le RCPv est une variante introduite en 2025 visant à autoriser l’utilisation à certaines conditions du réseau électrique local sur de courtes distances, évitant ainsi la pose de lignes privées. Elle facilite le développement de l’autoconsommation collective grâce à un partage «virtuel» de l’énergie entre bâtiments voisins via l’utilisation de compteurs intelligents. Cette solution est certes moins rigide que le RCP, mais les participants ne peuvent pas en sortir pour redevenir clients de leur GRD.
À noter encore que les RCP et RCPv permettent d’accéder au marché libre pour acheter l’électricité excédentaire lorsque les besoins du regroupement atteignent 100 000k Wh. Une option intéressante, mais qui expose aussi à des risques importants liés aux fluctuations des prix. Surtout, une fois sur le marché, impossible de revenir aux tarifs régulés de son GRD.
Contrairement au RCP, le RCPv permet de vendre l’électricité produite localement au-delà du point de raccordement au réseau.
Communauté électrique locale (CEL)
Outil encore plus souple, la CEL autorise depuis 2026 producteurs et consommateurs d’une même commune et zone de réseau (GRD identique) à échanger de l’électricité via le réseau public. Elle ne repose donc pas sur la consommation propre stricte au sein d’un ou plusieurs bâtiments, ce qui permet de trouver plus facilement un acheteur pour l’énergie solaire et à la vendre à meilleur prix.
Pour le détenteur de quelques panneaux sur une maison, cette solution est particulièrement intéressante s’il trouve un gros utilisateur de courant dans sa région – un fromager ou un boulanger, par exemple – qui utilisera l’électricité aux moments où il ne peut pas le faire. Car si ses voisins sont d’autres privés ayant les mêmes horaires de consommation, ils ne rachèteront pas son surplus. De leur côté, les acheteurs bénéficient de frais de réseau réduits et donc d’un tarif plus bas, tout en étant libres de quitter la communauté en tout temps. Les prix étant fixés librement, les économies ne sont toutefois pas garanties.
La pertinence de participer à une CEL dépendra de l’offre et de la demande dans sa zone d’approvisionnement.
280 fr./an, soit l’économie estimée dans la CEL d’Essertines-sur-Rolle. Le producteur peut vendre son courant 3 ct./kWh plus cher qu’à Romande Énergie.
(Source: RTS)
Communauté d’autoconsommation (CA)
Les CA sont un dernier modèle proche des RCP et RCPv, mais développé par les distributeurs locaux, qui en définissent en grande partie les règles. Les prix sont fixés librement et chaque participant reste un client de son gestionnaire local. Il peut quitter la communauté en tout temps.
Ces outils ont le défaut d’être complexes, ce qui peut rendre les conditions et les tarifs peu transparents pour les participants. Sans oublier qu’ils impliquent un report des coûts du réseau sur ceux qui n’en sont pas membres. Malgré cela, ils concernent déjà de nombreux clients. À Genève, les SIG comptent par exemple 100 RCP et 230 CA. Côté CEL, 150 seraient en projet ou en cours en Suisse romande et même 130 rassemblant 6000 habitants rien que pour la ville de Zurich. De plus, ils poursuivent un même objectif louable: mieux valoriser l’électricité solaire produite localement et encourager une consommation plus proche du lieu de production. Reste à savoir si cet argument suffira pour initier un vrai changement.
Les GRD ne sont pas tenus de proposer un tel modèle, mais doivent respecter la directive de l’ElCom s’ils le font.
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