Sport
Pelouses synthétiques toxiques pour les joueurs ?
Archive · 01 mai 2018
Dans le milieu du sport, la rumeur court depuis dix ans déjà: les terrains de foot en gazon synthétique renfermeraient des substances nuisibles pour la santé. En cause, leur composition à base de granulats de caoutchouc fabriqués à partir de pneus recyclés (SBR). En 2016, la FRC s’était penchée sur le sujet, mais les communes se préoccupaient alors davantage des revêtements des places de jeux (Sols sous surveillance, FRC Mieux choisir n°89).
Les enquêtes de So Foot (hiver 2017) et celle de l’émission française Envoyé spécial (mars 2018) font à nouveau enfler la rumeur. Redonner une deuxième vie aux objets est louable, si ce n’est que ces pneus contiennent, entre autres, des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), qui sont produits durant les processus de combustion. Les HAP sont potentiellement cancérogènes et peuvent aussi affecter la reproduction ou le développement foetal.
L’Office fédéral de la santé publique (OFSP), en mai 2017, déclarait que «diverses études ont montré que les voies d’exposition sont négligeables». La référence portait sur les travaux de l’Institut hollandais d’évaluation des risques (RIVM) et de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), notamment. A nouveau contacté par la FRC, l’OFSP note que «ces granulats contiennent certes des substances potentiellement toxiques, mais [considère que] les expositions sont basses et ne représentent pas un risque». Si ce n’est qu’à ce jour, aucune étude n’a été réalisée sur d’éventuels effets à long terme… Et certains s’en inquiètent.
Directeur de l’Unité toxicologique de l’Université d’Amsterdam, Jacob de Boer explique notamment dans le reportage de France 2 que «les risques sont sous-évalués» pour un footballeur qui s’entraînerait plusieurs fois par semaine de nombreuses années durant. Ce d’autant plus que 190 substances nocives répondent aux critères de seuil indiquant un potentiel cancérogène dans ces revêtements, selon Vasilis Vasiliou, toxicologue et professeur d’épidémiologie à la Yale School of Public Health, et ses équipes qui ont inventorié les substances présentes dans ces granulats.
Dans le postulat «Nos terrains de sport ne sont pas des décharges à ciel ouvert!» déposé au Grand Conseil vaudois en mars dernier, Jean-François Chapuisat et consorts notent par ailleurs que les directives européennes sur la limite maximale des HAP dans les plastiques des jouets pour enfants est fixée à 0,5 mg/kg, alors que la norme pour les terrains de foot est la même que celle des pneus, soit 1000 mg/kg… Au vu de ces éléments, ne vaut-il pas mieux prévenir que guérir?
Les parades existent
Certaines autorités, à l’instar de celles de New York, Amsterdam ou Paris, ont pris la décision de ne plus construire de nouvelles pelouses artificielles. D’autres ont opté pour une solution moins radicale et néanmoins durable: le synthétique naturel, à base de liège organique ou de fibres de coco…
Quant aux surfaces existantes, l’ECHA suggère diverses mesures pour pallier les incertitudes «liées à ces données et à l’importation potentielle de pneus ou de granulats de qualité incertaine». Tout d’abord, limiter les quantités de HAP et autres substances dangereuses au moment de la production. Ensuite, inciter les propriétaires et exploitants de terrains à effectuer des mesures de concentration, et, dans le cas d’espaces fermés, procéder à une ventilation adéquate. Les joueurs, de leur côté, prendront soin de respecter certaines mesures d’hygiène: se laver les mains, nettoyer les blessures et le matériel après chaque match pour limiter les expositions de contact.
Durabilité
L’exemple d’Ecublens
«Pour très peu d’argent, ces pelouses en pneus recyclés offrent une mécanique extraordinaire, justifie Benoît Dubey, administrateur de Realsport, leader sur le marché romand. Si l’on compare à d’autres types de terrain, l’économie de prix n’est pas négligeable…» Seuls bémols aux yeux de beaucoup, au plus fort de l’été, la température de la surface monte et une odeur caractéristique de pneus se dégage. A cause de ces désagréments, la société ne propose plus ce revêtement depuis des années.
Même son de cloche chez Sportfloor Technologies, bureau d’ingénieurs spécialisé dans les installations sportives d’extérieur. «D’autres revêtements ont fait leur apparition, fait remarquer Romain Heckler, ingénieur civil et chef de projet. Il est tout à fait possible de se passer de ces gazons. » Et d’appliquer, par la même occasion, le principe de précaution. Selon Benoît Dubey, la Suisse romande compte une trentaine de terrains discutables, contenant chacun 120 tonnes de granulats noirs qui arriveront gentiment en fin de vie et pourront être changés. A ce titre, la Commune d’Ecublens (VD) a fait un choix intéressant: «Nous recherchions avant tout de la qualité et de la durabilité. Nous avions favorisé un terrain en caoutchouc neuf (EPDM) et un autre de quatrième génération, sans remplissage, développé en Suisse, explique Marcos Morano, chef du Service des travaux. Les coûts sont plus conséquents pour ces synthétiques, mais le rapport qualité-prix est bien meilleur. Dix ans plus tard, nous ne regrettons pas ce choix.» La preuve en est que le FC Barcelone a opté pour le même sol!
Un conseil à de futurs acquéreurs sensibles aux récents événements? «Engager un consultant et un bureau pour nous conseiller nous a permis de choisir en toute connaissance de cause en étant libres de tout fournisseur, répond Marcos Morano. Celui-ci ne vous explique pas forcément tous les aspects.»
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