Accords de libre-échange

Mercosur: le référendum est lancé

Les attentes des consommateurs ne pèsent souvent pas lourd lors des négociations d'accords de libre-échange. La FRC appelle à signer le référendum lancé le 13 octobre 2026 et expose ici les principaux enjeux de l'accord conclu entre les pays de l'AELE et ceux du Mercosur.

Alimentation … Agriculture Enjeux collectifs

16 octobre 2026

Les attentes des consommateurs ne pèsent souvent pas lourd lors des négociations d'accords de libre-échange. Celui conclu entre les pays de l'AELE (Suisse, Norvège, Liechtenstein, Islande) et ceux du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay) ne fait pas exception. La FRC appelle à signer le référendum lancé le 13 octobre 2026 et expose ici les principaux enjeux de l'accord pour les consommateurs.

Davantage d'importations sans exigences supplémentaires

En contrepartie de la suppression des droits de douane sur 96% des exportations suisses vers le Mercosur – soit une économie estimée à 155 millions de francs par an pour les entreprises exportatrices – la Suisse accorde des droits de douane préférentiels pour les importations de 25 contingents de produits agricoles. Quatorze d'entre eux – comprenant 3000 tonnes de viande bovine et 1000 tonnes de volaille – seront totalement exonérés de droits de douane. Si ces quantités peuvent paraître moindres comparées à la consommation nationale, elles cachent le fait que l'accord prévoit également l'exonération de droits de douane pour certaines importations du Mercosur réalisées dans le cadre des contingents OMC (Organisation mondiale du commerce) déjà existants, notamment pour la viande, le lait, le beurre, les fruits et légumes. Les volumes susceptibles de bénéficier d'un accès préférentiel au marché suisse sont donc bien plus importants que ne le suggèrent les seuls contingents bilatéraux. 

Comme les fournisseurs du Mercosur pourraient bénéficier d'un avantage tarifaire par rapport aux autres pays exportateurs pour certaines marchandises, cela risque de générer un appel d'air pour les produits originaires de ces pays. Ces concessions facilitent ainsi l'accès au marché suisse à des produits issus de méthodes de production très éloignées des standards imposés aux agriculteurs suisses.

Or, aucune exigence supplémentaire n'est prévue pour améliorer les conditions de production de ces denrées ou leur traçabilité. Un problème tant pour la clientèle que pour l'agriculture suisse, soumise à cette concurrence.

Pas d'amélioration de la sécurité alimentaire et de la traçabilité

La Suisse importe déjà d'importantes quantités de viande des pays du Mercosur. Le Brésil est notamment le premier fournisseur étranger de volaille, avec près de la moitié des importations suisses. Un approvisionnement qui n'est pas exempt de problèmes sanitaires. En 2017, un vaste scandale avait notamment révélé la commercialisation de viande brésilienne avariée. D'autres affaires ont concerné la présence de salmonelles dans du poulet.

Preuve récente que les lacunes en matière de traçabilité n'ont pas été comblées: la suspension provisoire, depuis le 3 septembre 2026, des importations de produits animaux brésiliens en Suisse et dans l'Union européenne. La faute à des garanties insuffisantes concernant l'abandon de l'utilisation de médicaments antibiotiques pour stimuler la croissance des bêtes dans les élevages. 

Or, malgré ces défaillances répétées, l'accord avec le Mercosur ne prévoit aucun renforcement des contrôles sanitaires ni de garanties supplémentaires pour s'assurer que les viandes importées respectent les normes légales.

Produits issus de la déforestation, pesticides et travail forcé

L'élevage bovin et la production de soja destiné à l'alimentation animale constituent deux moteurs majeurs de la déforestation dans les pays du Mercosur. Selon une étude de 2025 basée sur une analyse environnementale mandatée par la Confédération, la mise en œuvre de l'accord pourrait entraîner quelques 900 km² de déforestation supplémentaire d'ici à 2040. Une autre analyse réalisée en mai 2026 par Alliance Sud et Public Eye, estime que les émissions de gaz à effet de serre liées à l'échange accru de produits agricoles pourraient augmenter de 112%, passant d'environ 307 000 à près de 650 000 tonnes d'équivalent CO₂ par an. 

À cela s'ajoute l'utilisation massive de pesticides dans les monocultures. Certaines substances utilisées dans les pays du Mercosur sont interdites chez nous en raison de leur dangerosité et selon les Nations Unies 30% des substances actives autorisées au Brésil n'étaient pas approuvées dans l'Union européenne en 2020, notamment en raison de risques pour la santé et l'environnement. Bien que les résidus dans les produits importés soient surveillés, les dépassements ne sont pas rares. Cette situation expose en outre particulièrement les travailleurs agricoles, les populations locales, ainsi que les sols et les eaux des pays du Mercosur. Or, grâce à la réduction des barrières douanières, l'accord risque de faciliter l'exportation depuis la Suisse, par ses entreprises agrochimiques, de pesticides interdits sur son propre territoire.

Les conditions sociales de production constituent un autre angle mort. Le travail forcé et des formes d'esclavage moderne restent présents dans les filières agricoles des pays du Mercosur. 

Pour la FRC, il est essentiel que les avantages commerciaux soient conditionnés à des garanties environnementales et sociales vérifiables. Pourtant, si l'accord comprend des engagements en matière de développement durable, il ne prévoit aucun mécanisme empêchant l'importation de produits issus de la déforestation ou du travail forcé. Toutes les propositions en la matière ont été refusés par la majorité lors des débats au Parlement. Les consommateurs n'ont toutefois pas la possibilité de savoir si les marchandises importées sont issues ou non de telles pratiques.

Conditions d'élevages indignes

Les pays du Mercosur ne possèdent pas de normes de bien-être animal comparables à celles de la Suisse. Au Brésil, premier exportateur mondial de poulet, les exploitations peuvent regrouper plusieurs centaines de milliers de volailles, généralement nourries au soja OGM, sans limitations d'effectifs ni normes de détention comme celles imposées aux producteurs suisses. Le constat est similaire pour les bovins, avec le recours à des parcs d'engraissement particulièrement intensifs (feedlots). Une récente enquête de l'émission À Bon Entendeur (RTS) révélait que 35% des bovins argentins et 17% des uruguayens passent par ces parcs. Les images montrent des milliers de bêtes entassées dans des espaces dépourvus de végétation, souvent recouverts de boue et d'excréments. Les animaux y sont engraissés rapidement, au moyen d'une alimentation essentiellement composée de céréales et d'autres concentrés, inadaptée à leur système digestif qui nécessite au contraire de l'herbe et du fourrage grossier. 

En Suisse, même lorsqu'un emballage met en avant un élevage «au pâturage», rien ne garantit que l'animal n'ait pas terminé sa vie dans un parc d'engraissement. Faute de traçabilité sur l'ensemble de son parcours et d'une déclaration obligatoire de cette pratique, les clients finanux n'ont aucun moyen de le vérifier. Comme l'accord ne prévoit aucune mesure imposant une amélioration des normes de bien-être animal dans les pays du Mercosur, il pourrait pousser les importations de ce type de produits à la hausse.

Pas d'amélioration de l'information pour les consommateurs

Les élevages intensifs des pays du Mercosur utilisent largement du maïs et du soja génétiquement modifiés pour l'alimentation animale. Si les ingrédients OGM présents directement dans les denrées doivent être déclarés en Suisse, ce n'est pas le cas des fourrages ayant servi à nourrir les animaux. Une viande issue d'un bovin ou d'un poulet alimenté au soja OGM peut donc être vendue sans aucune indication à ce sujet. Une lacune particulièrement problématique pour qui souhaite privilégier des méthodes de production sans OGM, comme le font l'ensemble des éleveurs suisses.

En outre, une part importante de la viande importée est écoulée en restauration. Or, les enquêtes de la FRC de 2020 et 2026 ont démontré que les consommateurs ne savent souvent pas ce qu'ils mangent, les lacunes en matière d'information étant nombreuses. L'enquête de  2020 a notamment révélé que dans plus d'un tiers des 193 restaurants contrôlés, la provenance des viandes était absente ou déclarée de manière imprécise, notamment par l'indication de plusieurs pays possibles. En 2026, 64% des take-away présentaient au moins une non-conformité, concernant aussi bien la déclaration de l'origine que celle des modes de production interdits en Suisse, telle que l'utilisation d'antibiotiques comme stimulateurs de performance.

Ces résultats sont particulièrement problématiques, puisque l'information sur les conditions de production constitue le principal moyen pour la clientèle de refuser une viande issue de pratiques qu'elle réprouve. Faciliter davantage les importations sans améliorer le respect des obligations de déclaration ne fait qu'accentuer le problème.

Prix à la consommation: aucun bénéfice démontré

Reste l'argument économique: si l'accord réduit les droits de douane sur certaines marchandises importées, rien ne garantit que ces économies profiteront aux consommateurs. Les importateurs et distributeurs peuvent parfaitement conserver les marges supplémentaires ainsi réalisées. Le Secrétariat d'État à l'économie (Seco) n'a d'ailleurs pas démontré que l'accord entraînerait une baisse des prix à la consommation.

 

Au final, les consommateurs n'obtiennent aucune amélioration en matière de qualité, de contrôles sanitaires, de transparence ou de durabilité, ni de bénéfice démontré sur les prix. Au contraire, l'accord facilite la commercialisation de denrées issues de pratiques qui ne répondent pas à leurs attentes et qui concurrencent les produits de l'agriculture suisse. Sans améliorer les moyens de les identifier. C'est pourquoi la FRC soutient le référendum lancé contre ce texte.
 

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