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Produits périmés dans les bacs de soldes

Cosmétiques

4.10.2016, Sandra Imsand

La FRC a remonté la piste des cosmétiques vendus à prix cassés. Certains datent de plus de cinq ans, mais impossible pour le consommateur de le savoir avant de passer à la caisse!



Mise à jour avril 2017

Substances cancérigènes dans les cosmétiques

Des nitrosamines dans 11% des mascaras et 8% eye-liners liquides, voici l’alarmante découverte qui vient d’être faite par l’Association des chimistes cantonaux de Suisse. Onze produits ont été interdits de vente et les producteurs ont été sommés de s’expliquer sur la présence de ces substances cancérigènes interdites.
Les conditions et durée de stockage influencent la teneur en nitrosamines, ce qui confirme l’importance d’une date de péremption obligatoire sur ces produits.

L’ACSS ne communique pas sur les noms des produits incriminés, mais confirme que ceux-ci ne sont plus vendus en Suisse.

La proposition est alléchante. Durant les soldes et avant les nouveautés saisonnières, certains commerces actifs dans le domaine de la cosmétique-parfumerie proposent de grands bacs d’articles à prix réduits. L’occasion d’acquérir à 50% du maquillage de grandes marques ou de constituer son stock de crème solaire pour l’année. Mais que trouve-t-on au fond de ces vasques? Des coloris simplement passés de mode ou des fonds de tiroirs largement périmés? La FRC a mis son nez sur ces produits discount, histoire de déterminer ce que le client inflige à sa peau.

Premier constat: dans l’immense majorité des cas, la date de fabrication d’un mascara ou d’un fard à paupières n’est pas lisible. Si la réponse existe, la manière de la faire figurer varie d’une marque à l’autre, cachée dans un numéro de lot (voir infographie). Cette série de chiffres et/ou de lettres se trouve sur le produit ou, plus embêtant une fois qu’on l’a jeté, sur l’emballage. C’est un code abscons, surtout utile au fabricant en cas de rappel. Mais qui sait le décrypter comprend quand l’article a été élaboré.

Les contraintes pour les fabricants sont minces: la loi dispose qu’une indication de durée de conservation minimale ne figure sur l’article que s’il est utilisable moins de 30 mois. Or 80% des articles se gardent au-delà de cette durée. Du coup, personne ne se presse pour inscrire une information certes utile au consommateur mais non obligatoire.

Conseils

Pour une utilisation adéquate

  • Le lieu étant chaud et humide, ne gardez à la salle de bains que les cosmétiques ouverts, utilisés dans les jours ou semaines à venir.
  • Entreposez vos réserves au sec et à l’abri de la lumière.
  • Faites preuve de bon sens. En ouvrant un produit pour la première fois, examinez-le. Si la couleur n’a pas viré, si l’odeur n’est pas suspecte ou que le produit n’a pas tourné, il est sans risque. Dans le cas contraire, poubelle!
  • Inscrivez sur l’article la date à laquelle il a été ouvert. Vous aurez ainsi un point de repère. Et précisez la durée de conservation si l’information ne figure que sur l’emballage.
  • Les cosmétiques scellés se conservent entre trois et cinq ans au frais et au sec.

Services clients peu aidants

Pour remonter la piste de la date de fabrication, nous avons contacté les services clients de grandes marques en nous faisant passer pour un consommateur. Les questions étaient simples: comment savoir quand un cosmétique a été fabriqué? Comment décrypter le code de fabrication? Combien de temps se conserve un produit non ouvert?

Parmi ceux qui ont répondu, Nivea, Bourjois et Chanel se sont bornés à invoquer la «conformité aux normes». Ils nous ont renvoyé à la notion de «période après ouverture» (symbole du pot ouvert avec une indication temporelle). Hors de propos. Ainsi, Nivea indique que ses produits se conservent 30 mois, comme le prévoit la législation. Chanel, plus vague, répond que «vous pouvez garder un produit jamais ouvert plusieurs mois dans des conditions appropriées, sans en altérer la qualité». «A vie» même, selon une conseillère Yves Saint Laurent. Bref, cela s’appelle tourner autour du pot. Seul Clarins a joué le jeu: sur la base de nos numéros de lots, le laboratoire de Paris a recommandé de ne pas utiliser une des deux palettes de fard à paupières, la considérant comme trop ancienne.

Et pour les aliments?

La FRC demande une garantie de la fraîcheur

Dans un deuxième temps, nous avons répété la démarche, avançant à découvert via les services de presse. La manœuvre n’a pas eu plus de succès. Pour le groupe L’Oréal, «le numéro de lot ne constitue pas une source d’information pertinente à l’usage du consommateur». Clarins, qui nous avait pourtant répondu, «ne souhaite pas communiquer cette information». Coty (Bourjois) estime que «les cosmétiques sont généralement utilisés durant leur durée de conservation. Indiquer la date de production n’apporterait rien de plus.» Chanel justifie que «la réglementation ne nous impose pas de livrer le mode de lecture des numéros de lots». En revanche, l’attachée de presse assure communiquer l’information au client qui en fait la demande. Notre expérience a montré le contraire.

 

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Internet plus parlant

Faute de trouver une information utile auprès des marques, nous nous sommes tournés vers internet. De nombreux sites se sont en effet spécialisés dans le décryptage de ces codes: on choisit une marque, on indique le lot, et la date de fabrication s’affiche. Preuve que ce renseignement interpelle la clientèle, ces sites cumulent plusieurs millions de visites chaque mois. Mais qui se cache derrière eux? Des passionnés de cosmétiques (cosmeticswizard.net) souvent, ou des vendeurs de parfums qui profitent de faire du placement de produits (checkfresh.com). Interrogés sur leurs sources, ils expliquent avoir eu accès à des documents internes ou procéder par recoupement. Tous affirment vérifier régulièrement leurs algorithmes. Nous avons testé ces plates-formes et les recommandons.

Passons aux bacs. Nous avions pioché au hasard mascaras, rouges à lèvres, vernis à ongles, crèmes hydratantes et solaires. En tout, 103 produits à prix cassés, provenant des soldes de juin de six enseignes lausannoises. Près du tiers (29 cosmétiques) datait de plus de trois ans. Certains avaient quatre, voire cinq ans. Ajoutons que les marques grand public et grand luxe sont toutes dans le même bain!

Confrontés à nos résultats, les commerces ont eu des réactions contrastées. Pour Manor, seul le fournisseur peut retracer une date de production. La chaîne affirme n’avoir aucun moyen de vérifier à quel point les produits vendus en soldes sont vieux (!). Globus estime que le danger auquel la peau est exposée est limité, les cosmétiques bénéficiant d’une durée de conservation longue. Sun Store dit vérifier la date de péremption et détruire les produits trop anciens. Et précise: «En général, la date est indiquée sur l’emballage.» Faux! Proactive, Coop a pris l’affaire au sérieux. Les produits de plus de trois ans qui se trouvaient dans l’assortiment sont «une erreur». Le distributeur a donc contacté ses fournisseurs pour tirer l’histoire au clair. Et le client qui a acheté un produit périmé peut le ramener en magasin et se faire rembourser.

La santé en question

Faut-il, dès lors, considérer sa peau en danger? Non. Même périmé, un produit ne représente pas véritablement de risques pour la santé. Selon Wolf-Henning Boehncke, médecin-chef du service de dermatologie des HUG, il s’agit d’articles complexes très stables. «Si on ne constate ni odeur ni couleur étrange, il est encore bon.» Un avis partagé par Bernard Noël, médecin agréé au CHUV, qui juge les risques minimes. Conseillère aux Etats, Géraldine Savary (PS/VD) estime pour sa part que le manque de transparence pour le consommateur pose un véritable problème. «La date de production est une information importante. Le consommateur doit pouvoir décider de son achat en toute connaissance de cause. Pour ma part, je renoncerais à un cosmétique vieux de plus de trois ans.» Disposer d’outils qui permettent des choix éclairés, c’est une position que la FRC défend aussi. Les produits de beauté prennent encore bien peu soin de nous.

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