Article : Pesticides

Quelles traces de traitement sur les carottes?

Pesticides

1.11.2016, Lionel Cretegny / NataliiaPyzhova/shutterstock.com

Elles sont le légume le plus consommé en Suisse. A ce titre, sont-elles bien traitées et que retrouve-t-on dans l’assiette?



Huit kilos et demi par habitant, soit un dixième des légumes frais ou de garde mangés chaque année. C’est grosso modo le poids que représente la carotte dans l’assiette d’un Helvète. Une raison suffisante pour s’interroger sur le cocktail de traitements auquel la racine préférée de Jeannot Lapin est soumise avant de figurer au menu.

Le test a été réalisé conjointement avec Pro Natura, association de protection de la nature qui dénonce la pollution des cours d’eau en Suisse avec sa campagne «Stop aux pesticides dans nos eaux!». Annuellement, plus de 2000 tonnes de molécules indésirables sont répandues sur les cultures, les jardins privés et les voies ferrées.

Or la carotte n’est pas que la reine de nos assiettes, elle est aussi le légume le plus produit en Suisse, à raison de 1500 hectares de surfaces maraîchères ou 60 000 tonnes de denrées indigènes. Elle fait aussi partie des légumes les plus traités, surtout par des fongicides, pour lutter contre les attaques de champignons qui provoquent des taches noires, jusqu’à la formation de cratères de pourriture de la carotte. Rien de bien appétissant, évidemment. Il est donc légitime de s’interroger sur les produits auxquels les paysans recourent pour rester compétitifs face à l’intensification des cultures et à la baisse des prix d’achat en gros. A ce propos, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) s’était penché, en 2015, sur les cours d’eau du Plateau suisse situés en zones agricoles intensives. Pour constater que la majorité était polluée par des pesticides, la limite fixée par les autorités de 0,1 microgramme par litre d’eau étant dépassée.

Indésirable effet cocktail

Nos analyses ont porté sur des carottes indigènes de grandes surfaces achetées en septembre, ainsi qu’un produit d’épicerie. Précisons d’emblée que notre échantillon ne représente que l’image instantanée d’une situation précise: le lieu d’origine varie d’un arrivage à l’autre, selon la saison et les récoltes. Il n’empêche, c’est la réalité à laquelle le client est exposé.

Parmi les 75 molécules passées au spectromètre de masse, nous en avons trouvé sept: six fongicides et un herbicide. Prises isolément, les concentrations ne sont pas néfastes pour la santé humaine. Toutes les valeurs trouvées restent en dessous des limites légales autorisées et des doses journalières admises. Pas de quoi s’affoler donc, mais le cocktail présent reste inquiétant, dès lors qu’il se conjugue avec d’autres aliments au cours d’un même repas, d’une même journée.

Les carottes labellisées bio se retrouvent sur le haut du panier. Ce qui s’explique assez naturellement par le cahier des charges strict de ce type d’agriculture puisqu’il interdit l’usage de pesticides de synthèse. Une surprise pourtant, et elle est de taille, les carottes bio d’Aldi provenant de Yens montrent des teneurs élevées de molécules qui n’ont rien à faire dans un produit labellisé. La FRC a donc adressé ses résultats au distributeur pour déterminer s’il s’agit d’une erreur de conditionnement, d’une rotation de culture ou d’une contamination. Aldi a mené sa propre enquête de traçabilité et a fait savoir que son laboratoire – avec des limites de détection plus élevées – n’a rien trouvé. Sans remettre en question nos résultats, le distributeur considère qu’il s’agit «d’une contamination de la région». Une réaction assez molle.

La seconde surprise concerne une botte achetée en épicerie. Le laboratoire a détecté trois molécules indésirables sur les fanes, dont un fongicide non autorisé dans la culture des carottes. Adieu la soupe, et dommage pour la recette antigaspi! La racine, elle, en contient deux, mais à plus de 17 fr./kg, voilà qui est trop cher payé.

La troisième surprise, positive cette fois, émane des M-Budget (Migros) originaires de Ins: elles sont irréprochables et, ce qui ne gâche rien, défient toute concurrence question prix. Migros nous a confirmé que les denrées de cette gamme étaient bel et bien issues de l’agriculture conventionnelle. Comme quoi, l’exemple laisse espérer que dans ce secteur-là, les bonnes pratiques peuvent aussi être possibles.

Cet article est paru dans FRC Mieux choisir, numéro 93, sous le titre «Les carottes sont (presque) cuites»

Zéro pesticide, Le pari impossible?

Un échantillon de carottes bio sur six contient des pesticides dans notre test. Ce résultat rejoint ceux de Que Choisir d’octobre 2016, qui a lui aussi découvert des résidus dans des fraises (11%), des pommes (13%) et des raisins (31%), tous bio et issus de plusieurs pays européens.

L’agriculture bio n’étant pas infaillible, faut-il dès lors la bouder en optant pour des produits conventionnels bien lavés et épluchés? Cela revient au même, non? Pas d’un point de vue environnemental. Ni d’un point de vue sanitaire. A ce titre, Que Choisir a analysé trois groupes de pommes classiques: non lavées, lavées, épluchées. Bilan: le lavage fait diminuer la quantité de pesticides, importante au départ, de 12%. Certains phytosanitaires sont en effet peu solubles dans l’eau. L’étape d’épluchage réduit le taux initial de 50%, l’autre moitié restant imprégnée dans les cellules des fruits. Moralité: épargnez-vous certains gestes en cuisine et privilégiez le bio quand même! AO

Retrouvez notre test des carottes sur test.frc.ch

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