Enquête : Première romande

Le prix de l’expresso enfin connu

27.2.2018, Sandra Imsand / Servir un verre d’eau n’a pas de lien avec le standing de l’établissement. Photo: shutterstock.com

La FRC a mené une grande enquête, unique en son genre, pour savoir combien coûte la boisson chaude favorite des Latins. L’addition est plus douce qu’en Suisse alémanique.



Serré, amer, avec une mousse persistante, allongé, brûlant. Chacun a son idée de l’expresso parfait. Mais les Suisses sont unanimes sur un point: ils adorent le café! Chacun en boirait 1093 tasses par an, selon l’Organisation internationale du café. Voilà qui nous place parmi les plus gros consommateurs au monde.

Oui, mais combien coûte un expresso avalé sur un coin de bar ou pris au restaurant en Suisse romande? Jusqu’ici, nous ne disposions pas de chiffres précis. En effet, si l’association faîtière CafetierSuisse mène un sondage depuis 1988 sur le prix du petit noir, les données récoltées ne concernent que la Suisse alémanique. Certains médias ont tenté d’apporter des éléments de réponse. En 2012, la FRC avait pour sa part relevé les prix des cafés en vente dans sept gares de Suisse romande, aussi bien consommés sur place qu’achetés à l’emporter.

La moyenne globale pour cette boisson s’élevait en 2017 à 4 fr. 24, un chiffre en hausse constante. Berne, le canton le plus à l’ouest des régions alémaniques, se situant en dessous de la fourchette, à 4 fr. la tasse, cela permettait de supposer que le prix en Suisse romande était probablement plus bas qu’ailleurs. Mais il ne s’agissait que d’une extrapolation.

211 établissements sous la loupe

Il était donc temps d’avoir des chiffres représentatifs. C’est pourquoi la FRC a lancé ses enquêteurs sur le terrain pour cartographier le prix du café sur l’ensemble des six cantons francophones, une opération menée en collaboration avec l’émission télévisée A Bon Entendeur. Nous avons envoyé nos clients mystères dans 211 établissements, allant du restaurant de palace à la cafétéria de station-service, pour y déguster un breuvage intense.

Dans cette enquête, il n’est question que d’expresso, et pas de café crème. Une raison toute simple: de ce côté-ci de la Sarine, c’est la version serrée du petit noir qui est la plus prisée. En effet, selon des données fournies par l’entreprise de distributeurs Selecta, les Latins préfèrent l’expresso et les Alémaniques des versions plus diluées.

Le plus cher à 5 fr. 50

Ainsi, selon les données que nous avons récoltées, le prix moyen de l’expresso romand s’établit à 3 fr. 57. Un prix qui se situe donc bien en dessous des chiffres de CafetierSuisse. «On se doutait que c’était le cas, mais de façon empirique», explique Gilles Meystre, président de Gastro- Vaud et membre du comité directeur de GastroSuisse. Une différence difficile à expliquer, car le prix de la matière première est le même, tout comme les salaires fixés par la convention collective de la branche. Elle peut être culturelle, mais aussi liée à des charges plus importantes pour les établissements des grandes villes alémaniques.

Le canton le moins cher est le Valais, à 3 fr. 41 en moyenne. Le plus cher, Fribourg, à 3 fr. 76. A noter cependant que c’est également le canton dans lequel nos enquêteurs ont visité le moins d’établissements et dans lequel l’écarttype (différence par rapport à la moyenne) est le plus important, à 62 ct. Sans surprise, les expressos les plus coûteux sont servis dans les bars d’hôtels luxueux: 5 fr. 50 au bar 1915 du Lausanne Palace ou au Grand Hôtel Suisse Majestic à Montreux (VD). Ce dernier n’a pas souhaité s’exprimer. Pourtant, ce prix s’explique au-delà du simple standing de l’établissement. «Dans un palace, les charges sont plus élevées, explique Gilles Meystre. Il y a plus de personnel, cela a une répercussion sur l’addition.»

Majoritairement avec un petit extra

Le café le moins cher du panel se boit en self-service à la Médiathèque de Monthey, à 1 fr. 50. La cafétéria d’Aligro, en Valais toujours, sert pour sa part son petit noir au comptoir pour 2 fr. Le café de l’EMS Bon-Séjour à Versoix (GE) propose de son côté un expresso servi à table avec un chocolat pour 2 fr. 50. Mais tous ces établissements ne sont pas forcément les premiers auxquels on pense se rendre dans le but d’une pause réconfortante…

Nos enquêteurs se sont également penchés sur ce qui accompagnait le café. La petite attention, chocolat ou biscuit, qui va avec la crème et le sucre sur le bord de la soucoupe. Plus de la moitié des établissements visités proposent au moins un de ces extras, 53% pour être exact. C’est dans le canton du Valais, qui se distingue encore une fois, que les cafetiers sont le plus généreux, avec 64% des lieux visités où on reçoit un biscuit ou un chocolat. A l’inverse, Neuchâtel se démarque comme la région où l’on n’obtient le plus fréquemment que le minimum (53% des cas). Dommage, car de nos jours, le café consommé au restaurant est en compétition avec celui pris au bureau ou à la maison. Ces petits plus font donc partie de l’expérience du bistrot.

De là à conclure que l’expresso est menacé dans les établissements? Non, estime encore le président de Gastrovaud: «Le restaurant, le bistrot est un lieu social, où on peut voir du monde. Cela permet de s’aérer, de sortir de chez soi. On y trouve également le journal. Ces petits avantages qui font toute la différence. Sans parler du sourire, qui n’a pas de prix!» Même à 3 fr. 57 la tasse, les Romands ne vont pas bouder leur plaisir de sitôt.

Précisions sur le déroulement de l’enquête dans A Bon Entendeur

Bon plan

 Tout nu ou dans sa propre tasse

Offrir un rabais sur une boisson chaude qui n’est pas consommée sur place, la pratique est largement entrée dans les moeurs (notre enquête de 2012). Récemment, des enseignes proposent également des prix doux aux clients venant avec leur propre contenant. C’est le cas de Migros Zurich, Starbucks, Tekoe et Coop, notamment. Intéressant pour le porte-monnaie et pour l’environnement. Autre pratique: celle du café tout nu, sans sucre ni crème. Certains consommateurs s’attendent alors à recevoir un rabais en conséquence, de 6 à 15 centimes selon On en parle. Pourtant, la demande fait grincer des dents chez les cafetiers.

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