Article : Un mois, un défi

Le littering, mon Sisyphe à moi

10.11.2020, Aude Haenni

Une série en mode «je» que la FRC partage avec vous sur ses expériences pour changer certaines habitudes. Ce mois: s’attaquer aux déchets jetés à terre.



Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, fredonnait Prévert. Mais certaines échappent à la sentence. Tout comme ces canettes, gobelets et touillettes, emballages de bonbons et chocolats, mégots et masques, air du temps oblige. Evadés par endroits d’une poubelle trop pleine ou régulièrement jetés quelques mètres plus loin, ces détritus souillent une chatoyante nature automnale. Triste image.

Le littering, soit l’abandon sauvage de déchets sur la voie publique, demeure un fléau malgré de nombreuses campagnes de sensibilisation. Les amendes – de 50 à 300 francs selon les communes – ne semblant aucunement dissuader ces incivilités, certains se dévouent pour débarrasser la Suisse des débris indésirables. Exemple avec la huitième édition du Clean-Up-Day de l’IGSU, le centre de compétences suisse contre le littering, où des milliers d’individus se sont réunis à travers le pays. Ou celle de Net’Léman, organisée en octobre par l’Association pour la sauvegarde du Léman, durant laquelle 1000 bénévoles ont ramassé 3400 kilos de déchets.

Deux sacs de 35 litres ont été remplis en moins de 200 heures.

Révolte et abnégation

A mon échelle, je me suis donc attaquée à cette nuisance le temps d’un petit mois. Postulat de base: armée de gants colorés, histoire d’égayer une expérience peu ragoûtante, me voilà partie pour quinze minutes quotidiennes de traque intensive. Premiers hôtes indésirables flagrants, les mégots qui jonchent le bitume. Ils sont 4300 milliards jetés chaque année dans le monde. En voilà un, à quelques centimètres de la porte d’entrée. Puis deux, puis trois. J’ai compté mes pas, je n’en ai jamais fait cent sans apercevoir un bout de cigarette. Je ressens monter une animosité certaine envers ces fumeurs qui ne se gênent pas de laisser traîner ni leurs clopes ni la totalité du kit, entre briquets et paquets vides.

Cela étant, au fur et à mesure des balades, le sac s’est rapidement rempli d’emballages plastiques, alimentaires pour la plupart, de papier en tous genres, des journaux gratuits aux factures déchirées en passant par les tickets de caisse, de canettes alcoolisées ou non, de bouteilles en PET, de bris de verre. Quelques trouvailles prêtent à sourire, malgré les circonstances: l’indispensable pièce en bois d’un meuble scandinave à bas prix peut-être brinquebalant aujourd’hui, un billet à gratter (fort malheureusement perdant!), des sapins magiques pour auto bien odorants ou encore ce qui ressemble étrangement à un fragment d’obus ramassé au glacier de Ferpècle sur le plateau d’Hérens (VS). Fort heureusement, dans mon expérience, la montagne reste bien mieux préservée que la ville.

Déterminée à ramasser cette multitude de détritus chaque jour, j’avoue pourtant avoir rapidement déchanté. Contrariété grandissante face à un constat amer, flemmardise des jours gris et pluvieux… Les jours de pêche se sont finalement espacés, les minutes quotidiennes a contrario allongées, notamment à proximité d’une gare ou dans un parc, où la mine d’or d’ordures est assurée. J’aurais par ailleurs aimé me maintenir en forme grâce aux squats à répétition, mais l’exercice s’est stoppé net avec les prémices d’une sciatique. Le voisin, amusé par la démarche, me conseillera d’aller emprunter une pince à déchets auprès de la voirie, elle-même ravie de découvrir une alliée inespérée l’espace de quelques jours.
D’ailleurs, si ce défi est désormais emballé pesé, je salue au passage les employés de ce service communal qui continuent de subir au quotidien l’apparition tristement magique du littering. Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, mes désillusions et mon admiration aussi.

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