Sécurité alimentaire
Lait infantile contaminé: la FRC demande des comptes
Les autorités suisses ont reçu une trentaine de signalements de bébés présentant des symptômes de maladie suite à la consommation de lait infantile en poudre. Comme les produits concernés ont été retirés du marché, les fabricants semblent considérer l’affaire comme terminée. Pour la FRC, le Conseil Fédéral doit se saisir du sujet.
04 mars 2026, Mis à jour le 23 juin 2026
Juliette Ivanez
Responsable Alimentation
En alerte depuis les premiers signalements européens, les autorités sanitaires suisses ont mené une campagne d’analyse, qui a confirmé la présence de la toxine dans deux produits Aptamil retirés du marché le 5 février dernier. L’OSAV a également testé 30 références n’ayant pas fait l’objet d’un rappel et toujours disponibles en magasin: aucune d’entre elles ne contenaient de céréulide. Les menaces immédiates à la santé semblent donc écartées. La vigilance reste toutefois de mise pour les familles possédant des boites de lait infantile achetées l’année passée ou tout début 2026: les numéros de lots doivent être vérifiés avant consommation.
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L’heure des comptes
Mais la FRC est d’avis que les fabricants ne devraient pas s’en tirer à si bon compte. Les autorités suisses enquêtent toujours sur 29 signalements de bébés présumés malades suite à la consommation de produits incriminés. Sophie Michaud Gigon, Secrétaire générale de la FRC, a déposé le mercredi 4 mars une interpellation qui enjoint le Conseil Fédéral à faire toute la lumière sur les responsabilités dans le scandale des préparations pour bébés contaminées à la toxine céréulide. L’exécutif devra répondre aux interrogations suivantes: les fabricants ont-ils manqué à leurs obligations? Des sanctions seront-elles appliquées? Et surtout, comment mieux encadrer les substances dangereuses dans les denrées alimentaires destinées aux nourrissons? Alors que les articles concernés sont restés pendant des mois dans les supermarchés avant même que la toxine ne soit détectée, les leçons à tirer de cette crise sont nombreuses. Il s’agit de rétablir la confiance des consommateurs dans des produits de première nécessité, indispensables à de nombreuses familles.
Que dit le Conseil fédéral?
Lors de la session de printemps, en mars dernier, la question de la sécurité des denrées alimentaires destinées aux enfants a préoccupé les parlementaires. Suite à l'interpellation déposée par la secrétaire générale de la FRC, quatre autres objets ont été rédigés sur le même thème. En réponse à ces dépôts, le Conseil fédéral s'exprime sur les éléments suivants:
- Une enquête est toujours en cours, afin de déterminer si les entreprises ont manqué à leurs obligations légales en matière d'autocontrôle et de collaboration avec les autorités sanitaires. Ce point est crucial pour comprendre pourquoi les délais ont été si longs entre la découverte de la contamination et le retrait des produits du marché. Les investigations sont menées par à la fois par les autorités fédérales mais également par les cantons; en effet, en matière de contrôle de la sécurité du produit, c'est le canton dans lequel une entreprise a son siège qui est compétent pour vérifier si la législation est correctement appliquée. Aucune date n'est à ce jour avancée pour le rapport d'enquête.
- Si l'enquête devait montrer que les fabricants n'ont pas rempli leurs obligations légales, le Conseil fédéral se dit ouvert à une adaptation du cadre juridique de l'autocontrôle, afin de maintenir son efficacité voire de la renforcer. Il recommande à ce titre d'accepter une motion demandant que l'application de la loi sur les denrées alimentaires soit garantie pour ce qui s'agit des responsabilités des entreprises: une opportunité, pour le Conseil fédéral, de "réexaminer de manière ciblée les instruments d'exécution existants en matière de sécurité alimentaire et, si nécessaire, de les renforcer." Un signal plutôt positif, qui va dans le sens du durcissement demandé de longue date par la FRC. La motion en question devra encore passer la rampe des deux conseils.
- Le Conseil fédéral renouvelle malgré tout sa confiance envers les entreprises impliquées, la découverte de la contamination étant, aux yeux des autorités, un signal que l'autocontrôle a fonctionné. Le gouvernement estime, de manière plutôt simpliste, que les entreprises concernées ont tout intérêt à éviter de tels problèmes, car les conséquences en termes de réputation sont élevées. La FRC rappelle à ce titre que la toxine incriminée a été découverte par hasard lors d'un contrôle de routine, et que les produits contaminés sont restés des mois sur les étals des supermarchés avant même que le risque ne soit détecté. Les grands fabricants impliqués ont par ailleurs tous annoncé une performance en hausse sur le premier trimestre 2026.
La riposte juridique s’organise en France
De l’autre côté de la frontière, la réponse légale s’organise, alors que trois décès suspects de nourrissons ont été signalés au début de l'année. Pour deux d'entre eux toutefois, un lien avec la consommation de lait infantile contaminé a été écarté depuis. En revanche, le 27 février, le ministère français de la santé a confirmé qu'un nourrisson était hospitalisé dans l’Hérault suite à l’ingestion de lait infantile contaminé.
Suite à de multiples plaintes de parents, et à une action en justice portée par l’association Foodwatch, le parquet de Paris a par ailleurs ouvert une enquête. L’investigation devra établir si les délits suivants ont été commis: tromperie sur une marchandise entraînant un danger pour la santé de l’homme; inexécution par exploitant du secteur alimentaire de procédure de retrait d’un produit préjudiciable à la santé; mise en danger de la vie d’autrui par violation d’une obligation réglementaire de sécurité ou de prudence.
En mai 2026, une mission parlementaire française épingle dans son rapport les défaillances des industriels et des autorités sanitaires. Après plusieurs dizaines d'audition, les députés de l'Hexagone critiquent notamment des "retards notables dans l’information des autorités" pour plusieurs des fabricants concernés. Comme relevé par Le Monde, la direction générale de l’alimentation a souligné à l'occasion de cette enquête que « les industriels n’[avaie]nt pas forcément fait toutes les diligences pour vérifier avec le niveau de preuves suffisant la sécurité de leurs produits ».
Valeur limite: c'est la tolérance zéro qui devrait prévaloir
En juin 2026, la RTS révèle que 10% des laits en poudre testés au mois de mars la même année (et donc après les rappels de produits) dans le canton de Genève contenaient toujours la toxine céréulide, dans des quantités inférieures à la valeur limite définie en urgence par les autorités européennes au déclenchement de la crise. Les marques concernées ne sont pas connues et les produits affectés, jugés conformes, n'ont pas été retirés du marché.
Le lait infantile étant un produit de première nécessité que les familles n'ont souvent pas le choix de remplacer par un autre, la FRC déplore que les fabricants et les autorités n'appliquent pas la tolérance zéro quant à la présence de la toxine céréulide dans les denrées alimentaires destinées aux bébés.
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