Article : Alimentation

Quelle valeur ont les médailles présentes sur les bouteilles de vin?

Mieux décrypter les emballages

1.11.2016, Sandra Imsand

Les vins vendus dans le commerce sont souvent ornés de trophées.



Au supermarché, choisir un vin parmi un vaste assortiment laisse parfois perplexe. Pour attirer l’oeil du chaland et l’allécher, les produits rivalisent de séduction: jolies étiquettes et, mieux, belles médailles parées d’or, d’argent ou de bronze. Elles «prouvent» que ces crus ont pris part à de prestigieux concours et s’en sont sortis avec les honneurs. L’effort en vaut largement la chandelle, car le marché est juteux.

Selon wineinfo.ch, 3500 crus indigènes seraient primés chaque année dans les concours internationaux et régionaux. Sans parler des breuvages étrangers, eux aussi auréolés de trophées. Ces prix constituent à n’en pas douter un sacré argument de vente.

Chez Manor, près de 20% de l’assortiment est médaillé. Un chiffre qui monte jusqu’à 25% sur Coop@home. Mais que valent ces emblèmes? Sont-ils tous comparables? Le consommateur peut-il s’y fier? Evidemment, la réponse n’est pas si simple. Petit tour de piste des diverses significations des stickers dorés.

CONCOURS2

Dans la majorité des cas, l’autocollant correspond à une distinction. Elle n’est pas pour autant automatiquement assimilée à un grand vin. Difficile en effet de savoir ce que vaut réellement l’appellation «Producteur de vin rouge de l’année» remportée à l’International Wine Challenge 2013 sur cette bouteille de Shiraz Cabernet d’Australie.

Concrètement, un concours prime des vins après les avoir fait déguster par un jury d’experts. Devant la multiplication des événements, l’Union suisse des oenologues (USOE) a mis en place un système de patronage fondé sur les normes définies par l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV). «Dès le début des années 2000, les concours ont foisonné, explique Simone de Montmollin, directrice de l’USOE. Afin d’harmoniser les pratiques entre manifestations et d’éviter des dérives à des fins commerciales, nous avons proposé des patronages octroyés selon des conditions strictes.» Ce système permet de confirmer la rigueur d’un concours et garantit le respect de normes techniques et éthiques. Un expert indépendant est envoyé à chaque concours patronné. La fiche d’évaluation utilisée est celle adoptée par les instances internationales, OIV et Union internationale des oenologues.1

C’est aussi dans ces normes que la proportion de vins primés est fixée à 30% pour la totalité des catégories. Un pourcentage élevé. Dans certaines compétitions
internationales, ce sont plus de 7000 vins qui sont dégustés: en clair, 2100 breuvages sont primés. «Un concours de vins n’est pas une épreuve sportive où seuls les trois meilleurs sont récompensés. Un athlète arrivé 4e de sa course n’est pas mauvais pour autant, compare Simone de Montmollin. Nous ne cherchons pas le meilleur; nous primons les vins de haute qualité disponibles pour le consommateur.» L’OIV poursuit les mêmes objectifs et ne patronne que très peu de concours par pays. Certaines médailles font apparaître l’indication «sous le patronage de l’OIV», mais c’est rare. Seule solution: se renseigner sur le sérieux des concours. Fastidieux si l’on est au rayon…

 

Chaque Helvète a bu 35,3 litres de vin en moyennne en 2015.

 

Le label AOC: entre variations cantonales et fourre-tout tricolore

SUISSE | Contrairement aux Appellations d’origine protégée (AOP) pour les denrées, les Appellations d’origine contrôlée (AOC) des vins sont réglementées par chaque canton. Ainsi, la possibilité de parfumer le vin à l’aide de copeaux de bois – autorisée par la Confédération depuis 2007 – est interdite dans certains règlements cantonaux (Genève, Neuchâtel, Valais, Vaud).

Depuis 2014, il est aussi possible d’édulcorer le vin par l’ajout de moût de raisin concentré, très sucré, avant sa mise en bouteille. Cette méthode, interdite jusque-là, est contestée par des vignerons soucieux de sauvegarder la spécificité locale contre la normalisation du goût. Comme chaque canton peut édicter des normes plus strictes, certains ont décidé de bannir ce rajout dans les vins AOC, notamment Genève, Vaud et Valais. Ceux de Neuchâtel, Jura et Berne pourront en revanche être édulcorés, sans que cela figure sur l’étiquette. Les disparités cesseront en 2022 à la mise en place d’un système AOP fédéral pour le vin. L’amélioration des contrôles est aussi en cours.

FRANCE | Une enquête menée par nos confrères de Que Choisir a mis en lumière les troubles autour de l’Appellation d’origine contrôlée. Fondé en 1935, ce label était destiné avant tout à protéger les grands crus français contre les contrefaçons. Or, ces dernières décennies, de nombreux producteurs ont vu cette appellation comme un moyen d’assurer des meilleures ventes de leurs breuvages. Résultat, 60% des vins tricolores se retrouvent dans ce «vaste fourre-tout». Les gammes de prix vont du simple au centuple, les rendements sont poussés au maximum et les producteurs jouent joyeusement les apprentis chimistes avec une palette de 130 agents à disposition (le cahier des charges de l’AOC ne dit rien à ce propos). Une situation qui fait grincer des dents et qui débouche sur la dictature de vins standardisés, conclut l’article. BP/SI

 

CLUB OU SÉLECTION DE VIGNERONS3

Une médaille peut signifier que le vigneron fait partie d’un club ou que son vin a été sélectionné par un organisme. C’est le cas de Best of Swiss Wine (BSW), qui se targue de ne retenir que «le meilleur des meilleurs vins suisses», soit 10% des crus du pays auréolés de récompenses. Le haut du panier. Prudence cependant, car l’autocollant n’est pas seulement apposé sur les bouteilles du millésime primé, mais il peut l’être aussi sur toutes les autres de même cépage pendant dix ans. «Ce label permet de résoudre des problèmes rencontrés par les vignerons, à savoir l’objectivité de certains concours, le calendrier de ces derniers ainsi que l’obligation de présenter chaque année ses vins à des manifestations», explique Jacques Chollet, coordinateur de BSW. Une initiative qui vise donc principalement à fidéliser la clientèle d’un producteur plutôt que de guider l’acheteur lambda dans son choix.

 

ÉVALUATION DANS UN GUIDE4

Parfois, l’autocollant rappelle que le vin est bien noté par un guide, comme Robert Parker ou Guia Peñin. Il s’agit d’ouvrages édités une fois l’an, qui évaluent plusieurs milliers de breuvages, et leur attribuent une appréciation sur 100 points. «Ces notes correspondent souvent aux goûts du public, par exemple des vins rouges
opulents et riches», explique Richard Pfister, oenologue et oenoparfumeur vaudois. Choisir un vin ayant obtenu une note de 90 points ou plus peut donc constituer un choix facile et malin pour qui veut tenter cette approche.

 

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LABEL DE QUALITÉ

Terravin pour le canton de Vaud, Viti Ticino au Tessin sont des labels qui s’octroient sur la base d’un grand nombre de critères sensoriels: oeil, nez et bouche sont sollicités.

CAS LIMITES

Il existe aussi malheureusement des exemples qui jouent sur la confusion et induisent en erreur. Comme ce malbec argentin de 2015, orné d’un «Selection Dieter Meier» du nom d’un musicien millionnaire zurichois. Ce dernier possède un ranch dans la région de Mendoza où il fabrique du vin et de la viande. Loin d’être une garantie de qualité, cet élément apposé sur la bouteille relève davantage de l’argument marketing. «Ça me gêne qu’on puisse confondre», explique Richard Pfister.

Autre exemple, celui du rosé Listel Sable de Camargue. Sur sa collerette, deux symboles qui ressemblent à s’y méprendre à des breloques d’argent avec la mention «La médaille du centenaire». Or cette illustration représente en fait les éléments historiques du domaine (les remparts d’Aigues-Mortes et saint Louis) et ne donne aucune indication quant à la qualité du vin.

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Tout ce qui brille n’est donc pas forcément or. Pour ne pas vous noyer, demandez l’avis d’un pro! «La diversité des vins est telle qu’il vaut la peine de se laisser conseiller par un vendeur ou un expert, recommande Richard Pfister. Faire confiance aux labels et aux concours, c’est une chose, mais le conseil des spécialistes va bien au-delà.» «D’autant plus que ce n’est pas parce qu’un vin a décroché une médaille dans un concours prestigieux qu’il vous plaira», ajoute encore Simone de Montmollin.

Certes, une récompense est un gage de conformité et de qualité oenologique, mais le goût des consommateurs évolue. «Les concours suivent les tendances générales», affirme la directrice. En effet, parmi les jurés ne figurent pas uniquement des professionnels de la production, mais aussi des sommeliers et des consommateurs. Quand la mode était aux vins élevés en barrique à forte dominance boisée, ce type de crus était volontiers récompensé. Aujourd’hui, la tendance est aux breuvages présentant facilement des sucres résiduels, des vins plus gras. Ce qui ne plaît pas forcément à tout le monde. Le seul moyen reste donc de… déguster.

Cet article est paru dans FRC Mieux choisir, numéro 93, sous le titre  «Etiquetage: toute médaille n’est pas d’or»

Lors de dégustations à l’aveugle, les vins bio se démarquent mieux que les autres.

(Source: Journal of Wine Economics)

 

Bien choisir son cours d’oenologie

Un cadeau toujours apprécié par les amateurs de bons vins: un cours de dégustation. Là aussi, l’offre est vaste et il n’est pas toujours aisé de juger de la qualité. L’oenologue Richard Pfister estime que la qualité des intervenants est essentielle. Il faut ainsi un expert en vin doté de qualités pédagogiques et dont le but premier n’est pas de vendre ses produits. L’école du vin de Changins (VD), ouverte en 1999, peut ainsi constituer une excellente option. Dernier conseil: un bon cours n’est pas forcément celui qui fera déguster le plus de vins dans un court laps de temps. «Sept ou huit vins, c’est déjà beaucoup pour un amateur, estime le spécialiste. Mieux vaut passer plus de temps sur un breuvage que de les multiplier à tout prix.»

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