Réseaux sociaux
eCop François, le policier traqueur d’arnaques ou la prévention autrement
François Nanchen fait de la prévention depuis 2022. Rien que sur Instagram, plus de 100 000 personnes suivent son compte ecop.francois. Il doit son succès à un savant mélange entre humour, personnalité charismatique et sujets qui interpellent. Interview.
30 juin 2026
Photos: Jean-Luc Barmaverain
Jessica Monteiro
Journaliste
C’ est dans les locaux de la police cantonale vaudoise, situés au Mont-sur-Lausanne, que nous retrouvons un François Nanchen souriant. Le Valaisan d’origine incarne depuis 2022 eCop François sur Instagram, TikTok et Facebook. Inspecteur couteau suisse, il écrit, monte et publie en ligne des vidéos de prévention chaque semaine, en plus d’interventions dans les écoles et salles communales. Ce bon vivant détaille à la FRC les coulisses de son activité et de la lutte contre les arnaques.
Comment est né eCop François, votre alter ego?
La direction de la communication voulait s’adres-ser aux plus jeunes sur les réseaux sociaux à tra-vers la figure d’un policier. Je travaillais auparavant comme responsable de la cellule cybercriminalité – je connaissais donc bien ces plateformes. J’avais comme hobby de réaliser de petits films un peu barrés. L’un dans l’autre, le poste me convenait bien! J’ai imaginé le concept et lancé le compte en 2022 en parallèle d’une formation sur la prévention. J’y suis à temps plein.
Plus de 80 000 abonnés sur TikTok, 110 000 sur Instagram, sans compter Facebook et votre chaîne WhatsApp. Comment expliquer ce succès?
Ce contenu répond à la demande d’être informé sur les arnaques. Il a l’avantage de l’immédiateté avec un format apprécié: le face caméra. Le compte a grandi surtout grâce à certaines vidéos qui sont devenues virales. Celle sur les impôts a totalisé 3 millions de vues sur Instagram.
Votre ton et votre personnalité y sont aussi pour quelque chose?
Je crois que les gens aiment bien le côté authentique. La touche humoristique compte beaucoup: c’est ce qui fait que les gens ne quittent pas la vidéo. Je surjoue certains mots avec un accent vaudois (il est Valaisan, ndlr). Puis, de fil en aiguille, le public a croché. Niveau habits, j’ai toujours travaillé en civil, mais là, on m’a fourni l’uniforme pour créer plus d’engagement avec le public. Je le porte, et souvent que le haut d’ailleurs, presque exclusivement pour les tour-nages.
Finalement, la rapidité de diffusion joue aussi un rôle. À l’époque, on publiait un petit communiqué ou une image qui touchaient moins de gens. Si on voulait une vidéo, il fallait passer par une agence avec plusieurs mois de délais. Le phénomène avait le temps de passer. Là, j’ai les informations, je peux écrire le script, tourner, monter et publier la vidéo le jour même.
Il n’y a pas d’âge pour se faire arnaquer... ni aucune honte à avoir. Il faut juste rester informé.
François Nanchen, alias eCop François
Inspecteur de police (VD)
Quelle est la source des informations que vous diffusez?
La plupart viennent aujourd’hui de la communauté. Le revers de la médaille, c’est que je suis victime de mon succès: je n’arrive plus du tout à suivre les messages privés. Je gère tout seul ces comptes et la production de contenu. Il n’y a quasiment plus de modération des commentaires. J’organise aussi des réunions avec d’autres divisions de la police, pendant lesquelles nous observons les tendances de façon plus formelle.
Au début, vous vous adressiez surtout aux jeunes. Le public et le contenu ont-ils évolué depuis?
Je touche les 13 à 77 ans (rires). La tranche d’âge la plus représentée, ce sont les 25-45 ans.
Quelles sont les arnaques les plus courantes?
Elles concernent l’argent ou la sécurité. Les fausses petites annonces restent très fréquentes. D’un côté, il y a les faux vendeurs qui demandent un paiement à l’avance. De l’autre, les faux acheteurs qui proposent aussi de verser la somme en amont via des plateformes comme Revolut afin de récupérer les informations bancaires. C’est tout bête, les préjudices sont souvent peu importants. On compte environ 1000 plaintes par an dans le canton de Vaud pour ces arnaques. Ce n’est que la pointe de l’iceberg, car les gens déposent peu plainte. Le phising, ou hameçonnage, est aussi courant.
Pourquoi conseiller de porter plainte, alors qu’il est rare de récupérer son dû?
Cela permet de connaître l’ampleur du phénomène. Nos autorités politiques ne peuvent être conscientes du problème que grâce à des chiffres statistiques.
Comment les escrocs utilisent des technologies comme l’intelligence artificielle pour rendre le piège crédible?
Ils perfectionnent les faux sites internet et les faux documents. À l’époque, les fautes d’orthographe ou les logos permettaient d’identifier rapidement l’accroc. Aujourd’hui, il est difficile de repérer l’arnaque. En plus, les escrocs misent toujours sur le sentiment d’urgence. Les gens agissent sous le coup de la peur.
Déposer plainte permet de fournir des statistiques, puis d’envisager que des politiques se saisissent du problème à bras-le-corps.
François Nanchen, alias eCop François
Inspecteur de police (VD)
La police peut-elle intervenir auprès des plateformes pour fermer des comptes frauduleux?
Des plateformes dédiées aux forces de l’ordre permettent de faire des demandes auprès des réseaux sociaux. Pour les arnaques, il faudrait une dizaine de personnes à plein temps pour signaler les comptes, et encore. Le gros problème de la lutte répressive contre la cybercriminalité, c’est qu’on est noyés sous les demandes. La police vaudoise a reçu plus de 4000 plaintes cyber en 2025, gérées par une dizaine d’enquêteurs. Il est impossible de toutes les traiter. Il faut prioriser, mais même dans ce cas, les auteurs se trouvent souvent à l’étranger. La coopération internationale existe, mais les autorités étrangères sont elles aussi submergées.
Pour y remédier, souhaiteriez-vous mener des actions au niveau politique pour durcir le cadre législatif? J’ai un devoir de réserve, je ne peux pas faire de politique. Les policiers remontent les informations au commandement, qui lui a un contact avec les autorités. La Suisse seule ne peut pas y faire grand-chose, un changement global est nécessaire. La lutte contre la cybercriminalité passe notamment par la prévention: c’est le moyen le moins coûteux et peut-être le plus efficace, à condition que le message soit relayé.
Vous donnez aussi des conférences dans des localités et intervenez dans les classes. Pourquoi?
Considérant l’évolution de l’intelligence artificielle et la difficulté croissante à démêler le vrai du faux, il est absolument nécessaire de rencontrer les gens, en particulier les seniors. Ils sont perdus et en manque de confiance par rapport à ce monde numérique. Pour les jeunes, la prévention sur la criminalité en général est importante. Certains ont déjà accès à Twint dès 12 ans et sont confrontés à ces problématiques.
Comment éviter de se faire arnaquer?
Ne pas se précipiter. Par exemple, si votre banque vous joint pour vous faire part d’une urgence, raccrochez, puis rappelez le numéro officiel. Vous tomberez vraiment sur votre banque. En cas de lien SMS ou courriel, prenez le temps d’analyser le message et sa provenance. Ou demandez conseil à vos proches ou à la police.
Avez-vous déjà reçu des réactions surprenantes sur vos vidéos?
C’est marrant, parce que des abonnés tout à fait au point sur les arnaques suivent le compte à cause de l’humour. Parfois, je fais des vidéos sans blague par manque de temps ou autre et là, on me le fait tout de suite remarquer! (rires.) Il m’arrive aussi de faire des vidéos absurdes pour faire vivre le compte car je n’ai pas tous les jours du contenu arnaque. Des personnes qui tombent dessus par hasard sans connaître le concept du compte disent: «Ah bah, voilà où finissent nos impôts!». Ce sont un peu des rageux, et c’est rare d’en avoir.
Soutien aux victimes
La Suisse pourrait être dotée d’une hotline ou d’une plateforme de conseils destinée aux victimes de cyberattaques. Une motion en ce sens, déposée par Jacqueline de Quattro (PLR/VD), a été adoptée à la session de juin par le National. Pour la FRC, toute aide supplémentaire en faveur des victimes de cyberattaques est à saluer. Le texte doit encore passer par le Conseil des États.
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