Dossier : Îlot de cherté

Une initiative pour faire bouger les choses

19/4/2017

C’est souvent en rentrant au pays que cela saute aux yeux: la Suisse reste un îlot de cherté! Si on sait depuis longtemps que la patience du consommateur est à bout, la nouveauté réside dans le ras-le-bol enfin exprimé par nos PME face aux prix surfaits imposés par leurs fournisseurs étrangers. La FRC soutient l'initiative «Stop à l’îlot de cherté – pour des prix équitables».

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Un but clair

La FRC peut certes tolérer certaines différences de prix, si une réelle plus-value est réalisée dans notre pays (par ex. salaires plus élevés). Elle combat en revanche ceux qui abusent de notre pouvoir d’achat en appliquant artificiellement un «supplément suisse» aux produits importés. L’initiative permet justement à nos PME d’échapper au racket mis en place par des intermédiaires, en obligeant leurs fournisseurs étrangers à les faire profiter des mêmes conditions que leurs concurrentes européennes. Comme l’effet positif attendu est indirect pour le consommateur, la FRC a conditionné son soutien à un engagement clair des sociétés à restituer les avantages qu’elles retireront de l’initiative. Celle-ci comporte une garantie à ce propos, puisqu’elle interdit la discrimination du consommateur final dans le e-commerce (interdiction de pratiquer des prix différents selon la nationalité ou le domicile).

Le but n’est pas d’encourager l’«e-tourisme d’achat», mais d’améliorer la situation chez nous. La non-discrimination en matière d’e-commerce a un double rôle à jouer dans ce contexte. Directement, en forçant les grands groupes internationaux à abandonner leur politique de prix discriminatoire vis-à-vis des Helvètes; indirectement, en incitant les PME et les distributeurs suisses à utiliser leur nouvelle position de force dans les négociations avec leurs fournisseurs étrangers et à baisser leurs prix en conséquence. Le temps est à l’action: enfin!

Ecoutez l’intervention de Mathieu Fleury sur l’îlot de cherté le 18 août 2016, à la RTS:

Des prix injustifiés en Suisse

Est-ce que les salaires élevés expliquent l’îlot de cherté ?

Non. Les salariés suisses ont une productivité importante qui permet de compenser le niveau élevé du salaire. Selon une étude de BAK Basel pour le compte de Migros, Coops, Denner, Manor, Valora et Vögele, les coûts unitaires du travail sont même 5% inférieurs en Suisse que chez nos pays voisins (page 38, illustration 4-25). Cette conclusion a été corroborée par Monsieur Prix et la Confédération.

Les prix élevés ne sont donc pas la conséquence des salaires élevés: puisque les Suisses ont un pouvoir d’achat plus élevé, ils sont disposés à payer plus cher les biens et services qu’ils se procurent. Les producteurs et distributeurs, en particulier étrangers, exploitent ce pouvoir d’achat élevé. C’est en partie la réponse (en page 16) du Conseil fédéral à une intervention parlementaire.

Quelles sont alors les causes de l’îlot de cherté ?

Puisqu’il ne s’agit pas des salaires, d’autres facteurs permettent d’expliquer les prix élevés en Suisse. Monsieur Prix a publié un rapport qui les résument. Outre le manque de concurrence dans le commerce de détail, on peut citer le prix élevé des loyers, des produits agricoles, de la publicité ou de la logistique par exemple. Mais surtout, selon l’étude de BAK Basel, les coûts d’achat à l’importation constituent une part importante de l’îlot de cherté. C’est précisément l’objet de cette initiative: faire baisser le coût des produits d’importation.

La voie parlementaire repoussée

La Commission de l’économie et des redevances du Conseil des Etats devait se prononcer, début janvier, sur l’initiative parlementaire Altherr. Pour rappel, cette initiative vise à lutter
contre les prix élevés des produits importés en Suisse. Toutefois, la commission a repoussé une nouvelle fois la discussion au deuxième trimestre.

Monsieur Prix

Retour sur une victoire

La surveillance des prix est un combat de longue haleine pour la FRC

1972 Pour atténuer la surchauffe de l’économie, le Parlement décrète l’arrêté fédéral urgent sur la surveillance des salaires, des bénéfices et des prix.

1976 Un deuxième arrêté fédéral urgent, qui ne comprend plus les salaires et les bénéfices, entre en vigueur pour deux ans.

1979 La FRC, Konsumentinnenforum der deutschen Schweiz et Associazione consumatrici della Svizzera italiana, déposent une initiative populaire «tendant à empêcher des abus dans la formation des prix».

Novembre 1982 L’initiative est acceptée par le peuple et les cantons.

20 décembre 1985 En exécution de cette nouvelle disposition constitutionnelle, les Chambres fédérales adoptent, le 20 décembre 1985, la loi concernant la surveillance des prix (LSPr), qui entre en vigueur le 1er juillet 1986.

28 septembre 1987 Les associations de consommateurs de la Suisse romande et du Tessin déposent une nouvelle initiative populaire, qui exige en particulier que les crédits soient inclus dans le champ d’application de la loi. Le texte demande aussi que le surveillant des prix puisse émettre des recommandations et que le droit lui soit accordé de publier ses recommandations.

1er octobre 1991 Par arrêté du 22 mars 1991, le Parlement adapte la LSPr, à l’exception du droit, pour Monsieur Prix, de publier ses recommandations. La révision entre en vigueur le 1er octobre 1991. Ainsi, tous les prix fixés par des cartels ou des entreprises puissantes de droit privé ou public sont aujourd’hui soumis au surveillant des prix.

Par l'humour

L’absurdité du geoblocking

Le Bureau Européen des Unions de Consommateurs (BEUC) dénonce les barrières virtuelles qui permettent notamment d’adapter les prix en fonction du pays de résidence.

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