Alimentation

Aliments pour bébés: des allégations qui jouent sur l’émotionnel

La carotte qui aide à voir dans l’obscurité ou la cannelle qui soigne la toux: certaines préparations pour bébés sont bien farfelues.
Alimentation Emballages et étiquetage Santé

Archive · 03 mai 2016

Photo: Jean-Luc Barmaverain

En Allemagne, le débat fait rage. En cause: une allégation santé abusive sur un produit pour bébés de Nestlé. Le tribunal de Francfort a récemment donné raison aux homologues allemands de la FRC qui avaient déposé plainte. Le problème existe-t-il en Suisse? Tour de marché.

Première constatation. Les mentions valorisantes fleurissent. Elles constituent un argument de vente non négligeable, les parents souhaitant le meilleur pour leurs petits. Ce marché profite aux fabricants, car après quatre à six mois de lait maternel ou en poudre, les bébés découvrent de nouvelles saveurs: purée de légumes ou de fruits, bouillies de céréales, produits laitiers, snacks pour les dents… Et tous ces produits vantent des avantages pour la santé.

Premier aliment à être examiné à la loupe: la variante de Nestlé Suisse du dessert lacté aux myrtilles contesté en Allemagne. Correctement étiqueté chez nous, l’emballage comporte deux allégations: «Le calcium est nécessaire au maintien d’une ossature normale» et «Le magnésium contribue au maintien d’une dentition normale». Ces phrases correspondent en tous points à ce qui a été validé par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) et fixé dans les législations suisse et européenne. Des mentions correctement accompagnées par la mention obligatoire «Il est important d’avoir une alimentation variée et équilibrée et un mode de vie sain».

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INTERDIT Voir dans l'obscurité grâce à de la carotte. Bonne nouvelle: le fabricant est en train de revoir son étiquetage. LIMITE Sans astérisque, cette mention n'aurait rien à faire sur cet emballage, mais... AUTORISÉ Calcium et Vitamine D sont effectivement nécessaires au développement normal des os CORRECT MAIS... C'est moins l'emballage que la composition qui pose problème: le sucre pèse pour un quart du produit.

D’autres denrées mettent en avant les effets des vitamines ajoutées. Comme sur des Baby Cereals (Nestlé encore) contenant fraises, bananes et yogourt: «Les vitamines A, C, D, B6 et folate (acide folique) contribuent au fonctionnement normal du système immunitaire». «La vitamine D contribue au maintien d’une ossature normale» et «La vitamine E contribue à protéger les cellules contre le stress oxydatif» pour un produit à base de malt à ajouter dans le biberon du soir. Ces mentions sont conformes à la loi. En revanche, asséner que l’aliment contient «tous les nutriments pour une croissance harmonieuse» est fantaisiste.

Des cas à revoir

D’autres fabricants se permettent quant à eux quelques libertés avec la législation. Goodness Gracious (vendu chez Manor) indique sur une purée de fruits que la cannelle serait un «tonique pour [combattre] le rhume ou la toux». Sur une autre, que «les carottes contiennent la vitamine A et le bêta-carotène, tous les deux vous aident à voir dans l’obscurité». Même problème concernant une bouillie enrichie au bifidus qui serait «une bonne nutrition pour les p’tits ventres» et un dessert aux fruits rouges «riche en calcium, un minéral indispensable à la constitution des os et des dents». Ces allégations n’ont pas obtenu l’aval de l’Efsa et ne correspondent pas au texte autorisé. Elles devraient être retirées ou modifiées.

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L'OSAV confirme ne pas avoir octroyé d'autorisation à cette allégation de santé. Nestlé estime qu'il s'agit d'une "communication de marketing" qui ne suggérerait pas l'existence d'une relation entre la denrée alimentaire et la santé. La FRC est d'avis que la différence est ténue.

Par ailleurs, l’ajout de vitamines et de sels minéraux dans les biscuits Galactina n’en fait pas «un en-cas idéal». Le fait qu’ils contiennent presque un quart de sucre ne laisse planer aucun doute: il n’est pas indispensable d’en donner à son bébé pour qu’il se développe bien!

En Allemagne, l’histoire est loin d’être close: Nestlé a déposé un recours. Si les consommateurs obtiennent raison, les emballages devront être changés. Si Nestlé persévère dans l’erreur, il pourra être soumis à une amende allant jusqu’à 250 000 euros. Un montant plus de six fois plus élevé que ce que la loi suisse prévoit.

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