Alimentation
C'est quoi le ube, cette poudre qui vient concurrencer le matcha?
Latte, gâteaux, bonbons: le ube pare d'un violet vif les préparations qui en contiennent. Il n'en fallait pas plus pour créer l'engouement sur les réseaux sociaux. Le succès de ce tubercule des Philippines a de quoi supplanter le matcha. La tendance met sous pression l'agriculture locale pour des produits finaux onéreux.
26 août 2026
Le Ube, ici dans sa version «latte», la nouvelle boisson venue d'Asie du Sud-Est, fait le buzz sur les réseaux sociaux.
Photo: Shutterstock.com
Jessica Monteiro
Journaliste
Sur les cartes des cafés prisés par les citadins, un nouveau venu s'est glissé entre les chai et matcha latte. Depuis 2025, l'ube (prononcer ou-bé), ou igname violette, connaît un succès certain. Cette racine philippine colore boissons et desserts d'un violet vibrant certifié sans colorant par les revendeurs. S'y ajoute un goût plus doux que celui du matcha (poudre de thé vert japonaise), des notes vanillées ainsi qu'une absence de caféine. On obtient ainsi la recette parfaite d'une tendance virale.
Violet, star d'internet
C'est sur internet qu'il faut chercher l'origine de cet engouement sous les latitudes européennes et américaines. Sur TikTok, le hashtag ube apparaît sur 144 000 vidéos. Les créateurs de contenu chantent les louages de la poudre d'igname violette, tant pour son esthétique que pour ses vertus antioxydantes. Des boutiques en ligne ont saisi le créneau, y compris en Suisse, en se spécialisant dans la vente de produits dérivés de ce tubercule.
«L'ube s'est rapidement hissé parmi nos meilleures ventes dès son lancement fin 2025, indique Sylvain Botter, cofondateur de Yaksha. Après la forte démocratisation du matcha ces dernières années, nous constatons un intérêt croissant pour d'autres saveurs et ingrédients à découvrir. Nous observons d'ailleurs, et ce depuis quelques mois, un engouement similaire autour du sésame noir», analyse-t-il.
Sur les quelques sites visités, il faut compter entre 16 et 30 francs les 100 grammes. Sur les terrasses, les prix sont comparables aux alternatives au café.
Demande très élevée pour les cultures
Aux Philippines, l'igname violette fait partie de la tradition culinaire depuis plusieurs siècles. De nombreux classiques comme l'Ube halaya, une confiture que l'on retrouve dans plusieurs desserts, ou l'Ube pandesal, une sorte de pain, contiennent du ube.
Mais les tendances culinaires sur les réseaux sociaux induisent une surconsommation du produit, perturbant l'agriculture locale. L'ube n'a pas échappé à la règle. La production d'igname violette d'avril à juin 2026 a atteint 168 167 tonnes, soit la quantité la plus élevée enregistrée pour ce trimestre depuis 2010, note l'autorité de statistiques philippine.
Le ministère de l'agriculture philippin a suspendu les exportations d'igname violette fraîche jusqu'à nouvel ordre à compter du 14 septembre 2026 «afin de consolider les stocks rares de matériel de plantation, alors que le pays cherche à accroître sa production nationale et à faire de ce tubercule une source de revenus d'exportation plus importante». En outre, le gouvernement a débloqué un budget de 3,9 millions de francs pour répondre aux besoins de cette industrie.
Difficulté d'approvisionnement, déjà
Si le pays compte bien tirer profit de cette forte demande et conserver une forme de monopole sur la production, ces plans pourraient se heurter aux conséquences du changement climatique, couplé à l'agriculture intensive et l'appauvrissement des sols. Les conditions météorologiques imprévisibles et le manque de matériel de qualité conduisent déjà à une difficulté à suivre la demande. Les Philippines importent par ailleurs de l'igname violette du Vietnam pour maintenir ses stocks, selon The New York Times.
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