Article : Antigaspillage

Le congélateur communal, un système du passé qui a de l’avenir

Gaspillage alimentaire

8.9.2020, Aude Haenni / Photo: Aude Haenni

Les casiers collectifs existent depuis des décennies et ne comportent quasi que des avantages. De quoi se précipiter sur les rescapés. Ou de les réinventer.



A l’image du Repair Café, projet collaboratif riche de sens qui a fait sa place dans le paysage, certaines expériences méritent qu’on s’y attarde. FRC Mieux choisir raconte ces autres manières de consommer.

Le soleil tape fort à Bottens (VD) en cette après-midi d’août, et pourtant Patricia Crottaz porte un jeans, une polaire sous le bras. C’est qu’elle doit être équipée pour s’engouffrer dans le congélateur communal, où elle vient récupérer ses plaques de beurre de montagne, les merguez du petit boucher du Mont-sur-Lausanne et les légumes du potager… «Mes parents en utilisaient déjà un à Bussigny; c’est un prolongement de mon enfance, raconte-t-elle. J’ai continué à Cugy, et maintenant ici. C’est tellement pratique! On achète frais des producteurs et on entrepose tout là au lieu de s’encombrer à la maison.»

Alors qu’ils disparaissent peu à peu – faute de demande ou en raison de coûts de réparation importants – les congélateurs communaux ou collectifs offrent effectivement un gain d’espace non négligeable. En témoignent les bacs remplis de préparations de bolognaise et de recettes familiales secrètes stockées dans les casiers ainsi que les imposantes pièces de viande. «Dans la région, on a quelques agriculteurs qui font boucherie, et nombreux sont ceux qui achètent un quart de viande. Il y a en plus les fruits qui se récoltent en nombre, souligne Christian Jaquier, municipal en charge des bâtiments communaux. Je n’ose pas imaginer qu’on se sépare de ce congélateur.»

En plus de la praticité, un tel système offre sécurité et tranquillité d’esprit. «Si je pars en vacances et que ça décongèle, je sais qu’il y aura d’autres personnes présentes», note Laura Colliard, heureuse détentrice d’un casier qui fait office de solution de secours. En effet, la trentenaire logeant dans une vieille bâtisse à l’orée du village n’a pas eu le choix, l’électricité sautant régulièrement. «J’étais sceptique au départ, mais c’est génial! Si je devais déménager, j’en chercherais à nouveau un. C’est plus écologique, on contre l’obsolescence programmée et ce n’est vraiment pas cher.»

Service rendu à la population

Un casier coûte 30 fr. pour 100 litres par an, 60 fr. pour le double. L’exemple de Bottens est singulier. «L’installation que l’on continue d’entretenir n’est pas de première jeunesse, fait remarquer le municipal. On ne gagne pas d’argent, mais c’est un service qu’on désire rendre à la population.» Si certains villages s’approchent du même tarif – Yvorne (VD), qui tient aussi ce discours –, la moyenne d’un petit casier se situe autour de 50 fr. D’autres grimpent jusqu’à 80 fr., à l’image de Yens (VD). Cependant, selon les dires de la commune du district morgien, trois quarts des 94 congélateurs sont loués, certains par les mêmes personnes depuis plus de dix ans. Ce qui ne surprend pas Patricia Crottaz. «Je serais prête à mettre le prix, car au prorata, on reste gagnant au niveau de l’électricité. Et on y craint moins les vols qu’à la cave!» Pour cette convaincue, il n’existe pas de désavantage. Même les cinq kilomètres qui la séparent de son domicile ne la freinent aucunement. Laura Colliard, elle, voit le déplacement comme un inconvénient lorsqu’elle vient à pied. Notamment pour les produits qui ne doivent pas dégeler en chemin. L’autre souci? «L’alarme lorsqu’on ouvre la porte fait un bruit d’enfer! J’évite d’y aller en pleine nuit pour ne pas réveiller les voisins!», rigole-t-elle.

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