Article : Surmédicalisation

Sondage: des patients qui se sentent impliqués

Surmédicalisation

6.10.2016, Joy Demeulemeester

Le questionnaire mis sur pied cette année par l'Alliance des organisations de consommateurs (FRC, SKS et ACSI) a donné ses enseignements, mettant en lumière des différences régionales.



Près de 500 personnes ont répondu au sondage lancé par l’Alliance des associations de consommateurs (FRC, ACSI au Tessin et SKS en Suisse alémanique) concernant la surmédicalisation. Et les résultats divergent sensiblement d’une région à une autre. Bonne nouvelle: les Romands (quelques 200 personnes, dont 75,7% de femmes) ont à cœur de freiner leur consommation en soins médicaux. Les résultats en détail pour les Francophones, commentés et mis en perspective avec les autres parties lingusitiques du pays.

 

1. On parle souvent de médecine inutile et nuisible pour les patients, même en Suisse. Selon vous, qui doit être impliqué en premier lieu pour changer cet état des choses?

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Commentaire de la FRC

Les réponses des Alémaniques montrent que les acteurs du changement émane avant tout d’une démarche individuelle. Cela en priorité de la part du médecin, puis du patient. Romands et Tessinois sont aussi d’avis que les deux parties concernées doivent prendre le problème en main, tant de manière personnelle que collective.

Les sondés estiment que c’est également du ressort des associations de médecins, ainsi que celles des consommateurs et des patients. Sur l’aspect du soutien, les variations régionales sont importantes, les Latins optant davantage pour un soutien politique (notamment l’Office fédéral de la santé publique) quand les Alémaniques visent celui des caisses maladie.

 

2. Quand vous allez chez le médecin, lequel des comportements suivants adoptez-vous habituellement?

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Commentaire de la FRC

Partout en Suisse, les patients indiquent se renseigner chez le médecin. Ils discutent avec leur thérapeute et la décision se prend de concert dans plus de 50% des cas. Seconde option retenue dans 30 à 40% des cas: le patient décide seul. Le sondage montre aussi que l’époque où l’on s’en remettait totalement à l’avis du spécialiste de la santé est révolue, puisque que moins de 10% des sondés procèdent ainsi.

 

3. Quand vous êtes chez votre médecin, avez-vous le temps de poser toutes les questions que vous aimeriez?

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Commentaire de la FRC

Le résultat est dans l’ensemble assez positif, puisque la majorité des sondés estiment que leur médecin leur répond clairement la plupart du temps. La plus forte satisfaction est à relever chez les Italophones (89%), suivis des Alémaniques (73%), les Romands fermant la marche (68%). Le manque de temps pour poser toutes les questions reste toutefois assez conséquent, puisque près d’un quart des francophones ont coché cette option (23%).

 

4. Avant de vous rendre chez le médecin et/ou juste après la visite, est-ce que vous vous informez sur internet pour avoir une idée du problème qui vous afflige et vérifier s’il existe des thérapies alternatives pour résoudre votre problème de santé?

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Commentaire de la FRC

Les plus enclins à aller sur internet sont les Alémaniques (72,8%), suivis de relativement près par les Romands (65,8%). La part des gens allant aussi sur les réseaux sociaux avoisine 2 personnes sur 10 de part et d’autre de la Sarine.

Attentifs à la qualité et à la fiabilité des informations, les patients en discutent tout de même avec le médecin et ne se lancent pas à la légère. Fait marquant, les Tessinois sont 32,1% à affirmer ne jamais surfer à la recherche de renseignements.

 

5. Au cours des deux dernières années, si vous avez eu besoin de soins, avez-vous eu l’impression que le test ou l’examen qui vous avait été prescrit était inutile, parce que vous veniez d’en faire un?

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Commentaire de la FRC

Selon l’Observatoire suisse de la santé (OBSAN) en 2013 il y aurait 18,5% d’examen inutiles pratiqués en Suisse. Un chiffre qui rejoint nos propres données mais à la hausse puisque les Romands grimpent à plus de 22%, les Alémaniques à 28%. Seuls les Tessinois sont en-deçà avec 18%. Ces chiffres incitent donc à recommander à prendre le temps de réfléchir avant d’envisager tout traitement et intervention thérapeutiques.

 

6. Pensez-vous que la pratique de la médecine est fondée sur…

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Commentaire de la FRC

Même si les résultats sont plus contrastés entre les régions linguistiques, une majorité des sondés est d’avis que la médecine est une science plus ou moins exacte. Les participants avaient la possibilité de laisser un commentaire; l’un d’eux a ainsi expliqué que la médecine s’appuie sur des statistiques, ce qui exclut des individus tout en rendant compte du fait qu’il existe toujours des exceptions à la règle précisément parce que chacun est unique. Conclusion: ne pas confondre art et science médical(e).

 

7. En général, demander un deuxième avis médical avant de se soumettre à une intervention non urgente est-il utile pour le patient selon vous?

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Commentaire de la FRC

Oui! Massivement oui, bien que sur ce point, les Romands se retrouvent en queue du trio (76%, contre 84% pour les Alémaniques et 90% pour les Tessinois). Un sondé soulignait ainsi qu’un «deuxième avis avant le bistouri est indispensable. Les informations voire la technique opératoire proposée seront certainement différentes et permettront de choisir de se faire opérer ou non».

Néanmoins, plusieurs personnes ont relevé leurs difficultés face à la démarche, soit que le geste n’est pas anodin à leurs yeux, soit qu’il implique une communication compliquée envers le thérapeute initial. «Les médecins n’aiment pas toujours que le patient décide, et il me semble difficile de dire au médecin traitant habituel que l’on va prendre un second avis, c’est une marque de défiance.» Les assurances auprès desquelles il faut se justifier sont un autre écueil car il faut obtenir de leur part la garantie écrite que les frais liés à ce second avis de seront également pris en charge.

 

8. Combien de décès dus au cancer du sein pourraient être évités chez 1000 femmes qui ont plus de 50 ans et passent une mammographie à raison de tous les deux ans durant dix ans par rapport aux femmes qui n’en passent pas du tout?

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Commentaire de la FRC

La majorité des sondés ont répondu ne pas savoir, indépendamment qu’ils soient d’un sexe ou de l’autre. Cette question révèle que les chiffres communiqués lors des campagnes de dépistages du cancer du sein sont encore méconnus du grand public. Car l’examen préventif de 1000 femmes permet d’éviter 1 à 2 décès. Preuve s’il en faut encore une que les campagnes de sensibilisation gardent tout leur sens et que les efforts doivent être poursuivis en ce sens.

 

9. Etes-vous d’accord ou non qu’une part importante (entre 20% et 30% p. ex.) des soins prodigués dans le cadre de notre système sanitaire sont inutiles? On entend par là des tests (ou traitements) qui ne bénéficient aucunement aux patients qui y sont soumis.

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Commentaire de la FRC

Une majorité sont en partie, voire complètement d’accord avec cette assertion… Les Romands montrent ainsi être attentifs à la thématique de la surmédicalisation et sont prêts à entamer un dialogue, primordial, avec leur médecin. Les commentaires ont tout de même montré que la composante de l’âge pouvait influencer sur cette attitude puisque les personnes plus âgées osent moins entrer dans cette dynamique. La réflexion autour du potentiel d’économie des soins reste essentielle selon divers sondés.

«Aujourd’hui, on nous bourre de médicaments alors que, souvent, une simple discussion serait utile pour se rendre compte que la source d’un problème est souvent émotionnelle». Ou: «Le dialogue entre patient et médecin est primordial, le premier doit demander des explications sur les symptômes qu’il présente, le second apporter des réponses précises et évaluer la nécessité d’un traitement.»

 

Nous laisserons le mot de la fin à ce dernier commentaire auquel nous ne pouvons que souscrire: «Je vous prie de déployer tous les efforts possibles pour que nous ayons enfin en Suisse une médecine préventive active: la plus efficace, la plus saine et la moins chère!»

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