Radio numérique

Silence radio pour le DAB

Le DAB+ vient d’enterrer le DAB en Suisse, rendant 80 000 radios obsolètes. De quoi mettre en cause le volontarisme de la SSR ?
Maison et loisirs

Archive · 04 décembre 2012

Contrairement à la radio traditionnelle, la radio numérique vit sous le signe de la valse des normes et de l'obsolescence rapide.(Shutterstock / Everett Collection)

Le 15 octobre dernier, les chaînes radio de la RTS sont passées du DAB au DAB+, le nouveau standard de la radio numérique. Seules deux chaînes romandes, la Première et Option Musique, continueront à être diffusées en DAB jusqu’en 2015. Après cette date, les postes DAB ne capteront même plus les parasites. Une transition que beaucoup jugent abrupte, alors qu’on trouvait encore des radios DAB dans le commerce il y a deux ans.

A la RTS, on explique que si la bascule a été faite d’un coup, c’est qu’il aurait été techniquement compliqué et surtout «financièrement insoutenable» de faire autrement. «Nous aurions dû mettre en service un deuxième réseau d’émetteurs, dont la construction aurait pris de trois à quatre ans, assortie d’un amortissement de douze à quinze ans», relève la directrice de la communication Manon Romerio-Fargues.

Même son de cloche à l’Office fédéral de la communication: «Le DETEC a adopté le DAB+ comme standard en 2006, et la SSR a commencé tôt à communiquer, d’abord en direction de l’industrie, souligne Deborah Murith, porte-parole de l’OFCOM. Le public a été informé dès 2009, et des programmes d’échange ont été mis en place.» Reste que sur le million de radios numériques vendues en Suisse, DAB et DAB+ confondues, 80 000 seront rendues muettes par le changement de technologie…

Pas un vrai standard

«C’est le problème du numérique, explique Christophe Inaebnit, responsable de la Bonne Combine, à Lausanne. Dès que la norme change, vous êtes bons pour changer de matériel. Cela pose la question de la durabilité technique, alors qu’un vieux poste TSF peut encore capter aujourd’hui les radios FM…»

Mais le DAB+ a aussi des atouts : format très compressé, il permet de caser plus de chaînes sur une même bande de fréquence, alors que les ondes FM sont saturées. Il permet aussi d’améliorer la qualité audio par rapport au DAB, avec un gain sensible pour la musique classique.

Il y également des zones d’ombre. Par exemple, le format est encore loin d’être un standard européen. La France, par exemple, utilise une autre norme de diffusion, le T-DMB, non compatible. Dès lors, le risque est de créer des îlots numériques en Europe, que le tsunami du changement engloutira de toute façon dans quelques années.

Au forcing

Cela n’a pas empêché la Confédération, et particulièrement la SSR, de pousser le DAB+. D’une façon très volontariste dans le cas de la régie: fin 2010 a été lancé le site radionumerique.ch, site de promotion, mais aussi de vente, puisque des liens directs mènent aux shops des partenaires, dont m-electronics ou brack.ch. On peut s’étonner de ce mélange des genres de la part d’un service public, mais la SSR ne se démonte pas. «Le site est exploité par MCDT SA, qui est une entreprise indépendante», insiste Simone Wölfli-Aegerter, porte-parole. Sauf que MCDT est une participation à 100% de Telvetia, elle-même une filiale à 100% de la SSR. Indirectement, elle est donc bien pilotée par la régie, d’autant que les membres du conseil d’administration sont tous des cadres de la SSR.

Simone Wölfli-Aegerter souligne toutefois que la SSR ne touche rien sur les ventes réalisées via radionumerique.ch. Outre l’apport de la régie, la plate-forme est financée grâce aux contributions annuelles des partenaires – dont le fabricant de radios Pure – «définies contractuellement». Reste que cette collaboration, mise en place avec la bénédiction de l’OFCOM, fait dresser un sourcil à l’heure où l’obsolescence programmée devient un débat de société.

Quant aux personnes à qui on aurait vendu une radio non compatible DAB+ après 2009, la RTS entend trouver une «solution adéquate». Elle met à disposition l’e-mail de contact RTS_distribution@rts.ch.

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