Influence
OGM: la guerre des mots fait rage
Derrière les promesses d’innovation, le débat sur les OGM se joue aussi sur le terrain du langage, entre terminologie valorisante et réalités scientifiques controversées. Éclairage.
04 juin 2026
Laurianne Altwegg
Responsable Agriculture
Le récent rapport de la Commission fédérale d'éthique pour la biotechnologie dans le domaine non humain (CENH) le rappelle: utiliser des termes comme "ciseaux moléculaires" ou "édition génomique" pour qualifier les nouvelles techniques de génie génétique n'est pas anodin. Ces expressions véhiculent des connotations positives, susceptibles de masquer les risques réels et de donner une image erronée de la nature biologique – donc imprévisible et sujette aux erreurs – des processus de réparation de l'ADN.
Or, on constate effectivement que les promoteurs du génie génétique insistent systématiquement sur la précision et la simplicité des nouvelles technologies. Avec pour effet de demander l'abandon des exigences de traçabilité, d'évaluation des risques et d'étiquetage des produits qui en sont issus. Un narratif et des mots très efficaces pour forger ou influencer les opinions, alors que la réalité est plus nuancée.
Autre argument récurrent: ces techniques constitueraient une opportunité pour rendre l’agriculture plus durable, grâce au développement de variétés mieux adaptées au changement climatique, maladies ou ravageurs, et nécessitant moins de pesticides. Des promesses loin de s'être concrétisées à ce jour, lorsque l'on observe les plantes effectivement commercialisées, dont aucune ne répond à ces critères.
Dernier exemple en date, celui d'autoriser un essai en plein champ de pommes de terre cisgéniques au motif qu’elles seraient résistantes à certaines maladies. Le Communiqué du Conseil fédéral est catégorique: cette variété est "résistante au mildiou" grâce à l’insertion d’un gène présenté comme "une défense naturelle issue de pommes de terre sauvages". Des propos à nuancer selon l’Alliance suisse pour une agriculture sans génie génétique (ASGG); laquelle soulève les apports élevés en azote qu'elle nécessite et sa résistance limitée au mildiou qui sont "loin de répondre aux exigences d’une agriculture durable, économe en ressources et adaptée aux conditions suisses". Par ailleurs, alors qu'Agroscope indique proposer cette innovation "grâce à des techniques de sélection modernes", l'ASGG rappelle que la cisgénèse est une méthode ancienne et controversée. Des éléments ne figurant pas dans les communiqués de la Confédération.
Une fois encore, tout est question de narratif. La Confédération gagnerait toutefois à appliquer les recommandations de sa commission d'éthique en communiquant de manière plus neutre et transparente.
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