Article : Agroalimentaire

OGM: démêler le vrai du faux

20.11.2019, Laurianne Altwegg – coll.: Barbara Pfenniger / Quelle que soit l’origine du produit (ici soja), les labels bio garantissent qu’aucun organisme génétiquement modifié n’a été utilisé.

Soja, maïs, mais aussi produits laitiers, viande et volaille: vous vous posez des questions sur les denrées en rayon? Le point sur les aliments génétiquement modifiés.



Les images de l’Amazonie en feu ont marqué les esprits, ravivant certaines craintes quant à ce que nos assiettes contiennent, tout comme les auges des animaux de rente. Qu’en est-il des produits issus de l’agriculture conventionnelle? Le bio en est-il exempt? A quoi doivent répondre les règles en matière d’étiquetage?

DES ALIMENTS GÉNÉTIQUEMENT MODIFIÉS SONT EN VENTE EN SUISSE: FAUX

Les denrées génétiquement modifiées (GM) doivent faire l’objet d’une procédure d’autorisation et d’un étiquetage ad hoc (lire ci-après). En Suisse, seuls un soja et trois maïs sont autorisés à la vente. Théoriquement, ils pourraient se retrouver dans les points de vente en tant que produits ou ingrédients d’un produit transformé, mais dans les faits, à l’exception de quelques tacos et barres protéinées américaines, les distributeurs y renoncent volontairement, sachant que la majorité des clients les bouderaient. Ce qui n’empêche pas de retrouver parfois des OGM non étiquetés ou non autorisés.

LES OGM DOIVENT FIGURER SUR L’ÉTIQUETTE DES ALIMENTS: VRAI

Lorsqu’ils sont autorisés, tout aliment et tout additif fabriqués à partir d’OGM doivent obligatoirement être étiquetés: les mentions telles que «génétiquement modifié » ou «produit à partir de maïs/soja génétiquement modifié» dans le cas d’un ingrédient transformé (farine de maïs, lécithine de soja) doivent figurer dans la liste des ingrédients ou dans la dénomination spécifique du produit. Ces exemples restent théoriques car on ne trouve pas de tels articles sur le marché suisse aujourd’hui.

LES DENRÉES QUE J’ACHÈTE EN SUISSE SONT TOUJOURS À 100% EXEMPTES D’OGM: FAUX

Sur l’étiquette, l’indication d’un OGM (autorisé) est obligatoire uniquement si un ingrédient en contient plus de 0,9%. Un petit nombre d’OGM non autorisés sont tolérés, jusqu’à des traces de 0,5% par ingrédient. Les autorités proposent aujourd’hui de tolérer des traces de tous les OGM autorisés en Europe, soit une liste de 60 produits vouée à se rallonger et comportant notamment du colza, du coton ou des betteraves. Le prétexte: ne pas devoir renvoyer des lots contaminés. Ceci alors qu’aucun composant GM n’avait été détecté dans 93% des échantillons analysés en 2018 et que seuls quatre présentaient une part d’OGM par ingrédient supérieure à 1%.

TOUS LES OGM SONT DÉCLARÉS SUR L’ÉTIQUETTE: FAUX

L’étiquetage ne concerne pas les auxiliaires technologiques tels que les enzymes, dont cinq types issus de micro-organismes GM sont autorisés. Elles sont utilisées pour réduire la teneur en acrylamides de certaines denrées ou dans la fabrication de fromages (non AOP). Il est difficile toutefois de connaître l’ampleur de leur utilisation. On sait cependant qu’Unilever utilise une protéine issue d’OGM pour assouplir la texture de certaines glaces Lusso. Migros utilise aussi une enzyme GM ralentissant le rassissement du pain pour ses tresses précuites aha! sans gluten ni lactose. A ces quelques auxiliaires autorisés s’ajoutent des vitamines B12 et B2 obtenues au moyen du génie génétique. Largement utilisées, elles entrent autant dans l’alimentation humaine qu’animale (sauf en production biologique) sans jamais figurer sur les étiquettes.

LES PRODUITS IMPORTÉS PEUVENT PROVENIR D’ANIMAUX AYANT ÉTÉ NOURRIS AUX OGM: VRAI

L’obligation d’étiquetage ne concerne pas non plus l’alimentation animale. Donc lorsque du bétail est nourri avec du fourrage GM, cela n’apparaît pas sur l’étiquette de la viande, des oeufs, du lait, etc. Sachant que des pays comme le Brésil ou l’Argentine cultivent en grande quantité du soja et du maïs transgéniques destinés à l’alimentation animale, et que la culture de fourrage GM est également très répandue en Amérique du Nord, il est clair que la viande importée de ces pays provient très souvent de bêtes nourries aux OGM. Comme ces fourrages sont aussi massivement exportés vers l’Europe, nombreux sont les éleveurs qui en font usage chez nos voisins, notamment français et allemands. Ceci en plus de l’Espagne et du Portugal qui cultivent des OGM. Quelle que soit l’origine du produit, les labels bio garantissent quant à eux qu’aucun fourrage GM n’a été utilisé.

IL EST INTERDIT DE CULTIVER DES OGM EN SUISSE: VRAI

Depuis 2005, un moratoire interdit la culture commerciale d’OGM, c’est-à-dire l’utilisation de plantes, semences ou animaux GM par l’agriculture suisse. Il n’interdit toutefois ni les importations d’OGM destinés à la consommation humaine ou animale, ni la recherche. Le moratoire n’empêche donc pas les disséminations expérimentales sur le site protégé de Reckenholz (ZH), comme c’est le cas pour des pommiers cisgéniques résistant au feu bactérien. Il n’empêche pas non plus les contaminations accidentelles: du colza GM a ainsi été retrouvé dans des mélanges de graines pour oiseaux.

LE BÉTAIL SUISSE N’EST PAS AFFOURRAGÉ AUX OGM: VRAI

Quelque 86% du fourrage consommé par les animaux de rente est d’origine indigène selon les chiffres de l’Union suisse des paysans. Il est donc 100% sans OGM (hormis l’enrichissement en enzymes, acides aminés et vitamines élaborés avec l’aide de micro-organismes génétiquement modifiés). Le reste provient de l’étranger, mais en est aussi exempt. Car bien qu’il existe une longue liste d’aliments pour animaux GM autorisés à l’importation par la législation, l’agriculture suisse a fait le choix d’un affourragement sans OGM. De nombreux labels excluent également les OGM de la production animale. Des faits confirmés par les chiffres de l’Administration fédérale des douanes et les contrôles réalisés par Agroscope qui prouvent que ces aliments ne sont pas importés dans notre pays.

L’ÉTIQUETAGE OGM EST LE MÊME EN SUISSE ET EN EUROPE: FAUX

Comme la Suisse, les pays de l’UE exigent l’indication des ingrédients GM sur les étiquettes et en contrôlent l’application. De la même manière, si du bétail a été nourri aux OGM, le consommateur n’en est informé nulle part. En revanche, la mention «nourri sans OGM» («ohne Gentechnik ») est fréquente dans les pays voisins lorsque du fourrage non GM est utilisé. Une indication actuellement interdite en Suisse, malgré l’engagement volontaire des paysans à ne pas utiliser d’OGM pour nourrir leurs bêtes. La loi est toutefois en train de changer: reste à savoir comment les denrées sans OGM seront déclarées. La FRC participe aux négociations.

LES NOUVELLES TECHNIQUES DE GÉNIE GÉNÉTIQUE NE SONT PAS PROBLÉMATIQUES: FAUX

Les techniques telles que l’édition génomique à l’aide de ciseaux moléculaires (connus sous l’acronyme CRISPR/CAS p. ex.) sont régulièrement présentées comme sans danger, car permettant de cibler la zone du génome à modifier. Leurs promoteurs font donc pression pour qu’elles ne soient pas régulées par la Loi sur le génie génétique (LGG): un débat dont le Parlement s’emparera au printemps prochain, alors que l’Europe a déjà clairement pris position et considère que les OGM issus de l’édition génomique doivent être soumis à la LGG. Pour la FRC, il est urgent de réglementer ces nouveaux OGM afin de garantir leur évaluation environnementale et sanitaire ainsi que leur traçabilité et leur étiquetage. Sans quoi le consommateur les retrouvera dans son assiette, à son insu forcément.

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