Protection des données
Meta sort des lunettes connectées sous son nom propre - le danger pour la vie privée persiste
L'entreprise a grandement misé sur la communication, notamment en collaborant avec Kylie Jenner. Meta se veut rassurante sur la protection des données, alors que les témoignages de victimes filmées à leur insu dans leur intimité, dans la rue ou dans le contexte professionnel continuent à affluer.
10 juillet 2026
Jessica Monteiro
Journaliste
Adventurer, Fury, Starfire: Meta a sorti le 22 juin dernier trois modèles de lunettes connectées, après des années de collaboration avec des marques reconnues de lunetterie comme Ray-Ban. Des montures moins chères, avec un prix de départ à 269 francs contre 429 francs pour les lunettes Ray-Ban Meta.
Point d'orgue de l'opération: l'entreprise collabore avec l'une des influenceuses les plus connues du globe, Kylie Jenner, qui a co-designé la Starfire. L'esthétique des lunettes a été retravaillée pour coller aux tendances actuelles avec des montures plus fines, plus légères, proches de modèles de luxe. Si ce partenariat se veut glamour, les critiques autour de l'usage de ses lunettes n'a rien d'hollywoodien.
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Usages malveillants déjà documentés
L'empire de Mark Zuckerberg n'a pas lésiné sur les moyens pour donner une image positive de son produit entre publicités en masse sur les réseaux sociaux de Meta et reels de créateurs et créatrices de contenu en partenariat rémunéré. Mais sur ces même plateformes, de nombreuses femmes ont dénoncé dans plusieurs pays avoir été filmée à leur insu dans la rue. Tandis que des influenceurs des sphères masculinistes ont publié des vidéos filmées avec ces lunettes, parfois en direct, où ils harcèlent des inconnues. Une plainte collective a été déposée aux États-Unis.
En Suisse, l'enregistrement de conversation par audio ou de scènes filmées n’est autorisé qu’en cas de consentement des personnes concernées, sous peine d'être passible de sanctions pénales. Encore faut-il que les victimes aient connaissance du méfait. Des internautes ont publié des tutoriels expliquant comment désactiver la lumière LED indiquant un enregistrement en cours.
Face au tollé, Meta a publié ce 8 juillet une foire aux questions pour éteindre l'incendie. L'entreprise assure qu'une mise à jour obligatoire rend un capteur capable de détecter la désactivation du LED et de bloquer l'enregistrement. «La LED de capture n'est qu'un exemple parmi tant d'autres de la manière dont nous avons intégré la protection de la vie privée à nos lunettes IA dès leur conception», affirme encore le communiqué.
Mais l'entreprise est réputée pour le non-respect de la confidentialité, entre l'usage confirmé des images tournées avec les lunettes pour entraîner l'intelligence artificielle et le visionnage des enregistrements par des employés localisés au Kenya.
Marché en expansion
Considérant les sommes astronomiques investies dans l'intelligence artificielle, le géant de la tech a tout intérêt à convaincre les utilisateurs - et surtout les femmes, victimes premières des vidéos violant vie privée et intimité - du bien-fondé de cette technologie. Selon Bloomberg, Meta a investi près de 3 milliards de dollars pour son partenariat avec EssilorLuxottica.
Les lunettes intelligentes sans écran ont connu une hausse de 167% au premier trimestre 2026 par rapport à l'année précédente, atteignant environ 2,25 millions d'unités en un seul trimestre. Meta domine ce marché avec 69,2 % de parts de marché au premier trimestre 2026. Une avance sur la concurrence bâtie grâce aux collaborations avec Ray-Ban et EssilorLuxottica, le numéro un mondial de la lunetterie selon l'IDC (International Data Corporation), cité par CNN.
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