Polluants éternels
Les doudous, encore une source d’exposition aux PFAS
Dans un test mimant la réalité, dix-huit modèles relâchent des substances per- et polyfluoroalkylées dans la salive des bébés. Un tiers d’entre eux le font à des niveaux préoccupants ou à surveiller.
03 mars 2026
Photos: Jean-Luc Barmaverain
L’ industrie textile recourt aux PFAS pour leurs propriétés de résistance à l’eau (imperméabilisantes), aux taches et aux graisses. De prime abord, on douterait de la présence de ces composés persistants dans des peluches destinées aux tout-petits. Ces pattes mises en bouche n’ont pas à présenter de caractéristiques techniques spécifiques. Mais comme nos tests sur des articles textiles (vestes de pluie et rideaux de douche) ont démontré l’omniprésence de ces composés ultrapersistants, nous avons investigué. Dix-huit doudous constitués de bouts de tissu et surmontés d’une tête d’animal sont donc partis au laboratoire. Pour cette étude, la FRC a collaboré avec l’Université de Lausanne (Unil).
Les bébés peuvent saisir ces amis en peluche, les mordre, particulièrement durant la poussée des dents, ce qui les soulage et les fait baver. Or les substances problématiques sont susceptibles de se retrouver dans la salive et d’être ingérées. Une étudiante de l’Unil, Léa Nowak, a consacré son travail de master à cette problématique. Elle a développé une méthode de test inédite dans laquelle chaque doudou a subi un traitement imitant l’utilisation réelle du produit. Le laboratoire a ainsi pu déterminer la quantité de PFAS pouvant migrer dans la salive du bébé. Résultat: tous les doudous testés contiennent et relarguent des PFAS dans la salive. Or les bébés devraient être protégés de leurs effets délétères.
Certains doudous présentent des taux de PFAS moindres. Mais gare à l’effet cocktail! Les bébés sont soumis à d’autres sources aussi.
Anne Onidi
Journaliste spécialisée Tests comparatifs
Douze objets relâchent des quantités moindres de PFAS, de l’ordre de quelques microgrammes par mètre carré de tissu. Nous avons évalué ces produits comme suffisants. Nous ne les considérons pas comme bons car, à notre sens, seuls des doudous exempts de PFAS mériteraient cette qualification. Précisons toutefois que l’utilisation de ces douze modèles représente, en soi, un risque sanitaire jugé négligeable… Mais le dire ainsi, c’est faire fi des autres sources d’exposition aux PFAS auxquelles les bébés sont soumis. Deux modèles relarguent, eux, une trentaine de microgrammes de PFAS par mètre carré de tissu. Ils présentent des taux plus élevés de PFAS à chaînes courtes (lire encadré ci-dessous). Leur indice de risque global reste acceptable, mais leur marge de sécurité est réduite pour ces substances (PFHxA dans Milette et PFBA pour Bydeer Birdee). Par conséquent, ces deux doudous présentent un risque sanitaire à surveiller.
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Restrictions en chaîne
Les PFAS sont une famille très étendue, à laquelle on prête au minimum 12 000 membres. Alors que le bon sens voudrait qu’on les réglemente dans leur ensemble, les restrictions d’usage visent uniquement certains de ces représentants. Les effets délétères du PFOS, du PFOA, du PFNA et du PFHxS sur la santé et l’environnement ont été démontrés et sont strictement réglementés. Les fabricants recourent donc à d’innombrables autres PFAS. Au vu de nos analyses, le PFHxA semble être une alternative fréquemment utilisée. Il sera restreint dans les textiles d’ici à la fin 2026. Les quatre doudous les plus problématiques ne seront vraisemblablement plus aux normes.
3 questions à Léa Nowak
Auteure de la recherche sur les doudous.
Léa Nowak a mené cette recherche dans le cadre de son travail de master en biologie médicale à l’Université de Lausanne.
Est-ce que vous offririez un doudou? Oui, car ceux que j’ai analysés contiennent des taux de PFAS en dessous des limites acceptables. Mais je l’offrirais en étant informée, car ce n’est pas le doudou qui fait la différence. L’exposition aux PFAS passe par les jouets, les vêtements, la nourriture, l’air. Je trouve la surconsommation problématique.
Que vous a apporté cette expérience? Ayant fait un bachelor en biologie, ce travail m’a rapprochée de la chimie analytique. J’ai aimé découvrir cette facette. Les connaissances que j’ai obtenues vont m’être précieuses. J’ai appris à rédiger un rapport, à communiquer mes résultats et ai gagné en autonomie.
Comment voyez-vous votre avenir? J’ai envie de continuer dans le domaine de la pharmacologie et de la toxicologie. Pourquoi pas dans le contrôle qualité dans l’industrie pharmaceutique. J’imagine me spécialiser dans un domaine et devenir un as!
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