L’avis de l’expert

Tatouage: «Il n’y a pas d’encres sûres»

Au laboratoire cantonal de Bâle, le chimiste Urs Hauri vérifie que les encres de tatouage respectent la législation.
Santé

Archive · 04 mai 2021

Diriez-vous que ces résultats catastrophiques sont représentatifs du marché des encres?

Oui, nous dressons un constat similaire depuis des années, mais je dois préciser que nous analysons des produits pour lesquels nous suspectons un risque. Beaucoup de producteurs américains et asiatiques ne respectent pas les réglementations en vigueur en Europe. Quelques rares fabricants européens non plus, mais ils sont moins nombreux.

Lire le test des encres

Existe-t-il des encres sûres?

Non. Il y a des encres conformes à la législation, ce qui est différent. Le consommateur doit être conscient du fait qu’il y a un risque à se faire tatouer. Il n’y a pas d’étude sur les effets sanitaires des ingrédients des encres de tatouage.  Les encres peuvent contenir des substances allergisantes ou cancérogènes comme comme des amines aromatiques, des hydrocarbures aromatiques polycycliques, des métaux indésirables  et certainement aussi des nanoparticules. On sait que les colorants ne sont pas stables à la lumière et peuvent pénétrer dans le corps; on en a d’ailleurs trouvé dans la lymphe. Il y a énormément de questions en suspens.

Quels sont les principaux problèmes que vous observez?

Au niveau toxicologique, on note la présence de colorants azoïques dans les encres jaunes, orange et rouges. Ces pigments sont susceptibles de libérer des amines aromatiques cancérogènes et/ou sensibilisantes. La bonne nouvelle, c’est que la plupart d’entre eux vont être interdits. A noter que la couleur rouge est celle qui génère le plus d’allergies et contient le plus de substances cancérogènes. D’un point de vue technologique, enfin, il y a un véritable problème avec le remplacement de deux colorants interdits, le bleu répondant au code CI74160 et le vert CI74260. Pour le premier, il semblerait qu’il n’y ait pas d’alternative et le second aurait un substituant douteux. Or, dans les cosmétiques, il existe des exemples où la substance de remplacement est encore pire que l’originale...

Alors quelle encre utiliser?

C’est une question qu’on me pose souvent. Je conseille au consommateur de demander au tatoueur quelles encres il utilise. Il peut consulter la liste des encres interdites sur le site de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires et sur Rapex. Lorsqu’une marque est épinglée plusieurs fois, on peut suspecter un problème. D’ailleurs, ce conseil, je le donne aussi aux tatoueurs. Enfin, en choisissant une encre produite en Europe, on prend moins de risques.

Les lois suisse et européenne diffèrent-elles beaucoup?

Actuellement, en Suisse, on suit la législation de 2006 qui se base sur une résolution du Conseil de l’Europe de 2003. Il y a peu, plusieurs pays européens avaient une législation basée sur cette même résolution. Mais en décembre dernier, la nouvelle réglementation, qui se tient dans le cadre de REACH, est entrée en vigueur en Europe. Selon moi, ce changement a de bons côtés, mais il est aussi très strict et contraignant. Avec ses critères, toutes les encres de votre test seraient non conformes! Pour vous donner une idée, la nouvelle loi fixe des taux limites pour les colorants, alors qu’il  va devenir très difficile d’établir une méthode de quantification. En Suisse, on n’en est pas encore là.  On va probablement s’adapter mais on ne sait encore ni quand ni comment. Dans notre pays, nous avons un avantage: les conservateurs interdits dans les cosmétiques ne peuvent pas entrer dans la composition des encres de tatouage. Le nouveau règlement REACH, en revanche, ne statue pas sur ces ingrédients-là.

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