Article : Médicament

Générique: il a tout d’un original

Médicaments

27.10.2015, Joy Demeulemeester

Deux fois plus cher que dans la plupart des pays d’Europe, il n’obtient en Suisse ni le succès ni le soutien qu’il mérite.



Une quinzaine d’années après sa mise sur le marché, un nouveau médicament n’est plus protégé par un brevet. Il devient alors possible d’en produire des copies. Ces duplicatas – appelés «génériques» – contiennent exactement la même substance active (voir infographie ci-dessous) et devraient normalement être vendus beaucoup moins cher. Or, en Suisse, c’est rarement le cas.

Pourtant, dans un médicament, ce n’est pas tant la poudre de perlimpinpin qui coûte, mais les recherches nécessaires pour l’élaborer et la tester, sans parler des frais de marketing, etc. Une fois ces coûts amortis, les prix devraient donc chuter. Or, en Suisse, l’économie réalisable avec un générique est souvent minime.

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Cette aberration irrite de nombreux patients, et ils s’en plaignent fréquemment auprès de la FRC. Une récente protestation concernait un antidouleur courant. «L’équivalent du Ponstan 500, soit de l’acide méfénamique, coûte 9 fr. 30 la boîte de trente comprimés, contre 9 fr. 35 l’original! A ce tarif, je ne comprends pas pourquoi il faudrait opter pour un générique, il y a de l’abus…» s’indignait ainsi un consommateur de Bulle. Cinq centimes d’économie sont, en effet, totalement ridicules.

Des prix dissuasifs

En comparaison internationale, la situation est encore plus choquante, car, selon une étude publiée début octobre par Monsieur Prix, les tarifs pratiqués en Suisse sont les plus élevés (lire son interview ci-dessous). Par rapport à la quinzaine de pays inclus dans l’enquête, les prix helvétiques des génériques sont en moyenne deux fois plus chers. Nous payons même dix fois plus que les Hollandais!

Corollaire de ces prix dissuasifs: les génériques ne représentent que 20% du marché des médicaments, contre 40% en moyenne dans plusieurs pays voisins. La cause première n’est pas à chercher du côté du patient, auquel on reproche un peu trop souvent et facilement de s’accrocher à ses habitudes, à une marque, et qu’on dit fort perturbé, voire carrément souffrant, s’il prend un produit de substitution.

Non, si le marché des génériques reste à la traîne, c’est parce que l’industrie pharmaceutique y veille. Les firmes produisant les originaux ont développé plusieurs stratégies pour juguler l’essor et l’attrait des génériques. Quelques-unes des techniques relevées en 2013 par l’Observatoire suisse de la santé (OBSAN) sont édifiantes:

  • Produire un médicament analogue juste avant la fin du brevet, en général sans avantage décisif par rapport à l’original, mais protégé par un nouveau brevet
  • Baisser le prix de l’original pour arriver à un montant comparable à celui du générique, ce qui permet de garder l’avantage de la marque et de faire pression sur les sociétés de génériques jusqu’à ce que les marges ne soient plus rentables
  • Associer, dans un même produit, deux composants, dont l’un est encore sous brevet et l’autre non
  • Commercialiser sa propre gamme de génériques, comme les produits Sandoz du géant Novartis
  • Déposer plusieurs brevets pour le médicament original, et cela dans plusieurs pays, afin de retarder l’entrée du générique sur le marché

Et pensez bien qu’une solide armada d’avocats et de lobbyistes protège soigneusement ces avantages précieux des éventuels contradicteurs ou empêcheurs de tourner en rond.

Davantage d’efforts politiques

Autre problème: en Suisse, le prix des génériques est fixé en fonction de celui de l’original. Il doit être entre 10% et 60% meilleur marché. Forcément, l’écart minimal a davantage la cote, et cette tendance risque de s’accentuer encore avec la baisse des prix des originaux obtenue par Alain Berset, ministre de la Santé.

Difficile aussi de compter sur le jeu de la concurrence pour faire pression, puisqu’il s’agit, en Suisse, d’un oligopôle occupé par deux entreprises, Sandoz et Mepha, détenant à elles seules près 70% du marché des génériques.

Si les génériques restent peu attrayants côté prix, des mesures incitatives ont tout de même été mises en place pour les promouvoir. Et c’est important, car les médicaments représentent 17% des coûts de la santé pour l’assurance obligatoire des soins (AOS), ainsi qu’un joli potentiel d’économies (lire commentaire ci-dessous). L’AOS prend en charge aussi bien le coût des génériques que celui des médicaments originaux – certains pays rendent le recours au générique obligatoire.

En Suisse, l’assuré qui préfère l’original paiera de sa poche 20% du prix du médicament, au lieu des 10% habituels de quote-part. Un léger geste incitatif donc. Mais comme les produits affichent souvent des prix assez proches, réclamer systématiquement les préparations meilleur marché n’a que peu d’intérêt. A moins que l’assuré n’ait choisi un modèle d’assurance-maladie dont les conditions générales l’obligent à ne consommer que des génériques, sauf contre-indication écrite de son médecin.

Source d’économies

Côté pharmacie, les nouveaux modes de rétribution selon la prestation signés par Santesuisse, Curafutura et Pharmasuisse (RBP, art. 8), et non en fonction de la marge réalisée sur le prix de vente du médicament, font aussi que les pharmaciens sont aujourd’hui des interlocuteurs privilégiés pour parler de substitution de médicament, d’économie possible ou de craintes (lire conseils). Le pharmacien est rémunéré 40% de l’économie réalisée grâce au générique, mais au maximum 21 fr. 60.

Ces frais de substitution ne seront toutefois pas facturés si, en amont, le médecin indique le principe actif sur son ordonnance et non un original. Ce mode de faire se répand peu à peu, mais pas de manière contraignante. Ce serait pourtant une source d’économie intéressante, d’autant plus si, à l’hôpital déjà, les génériques étaient choisis d’office. Il est, en effet, plus simple de les faire accepter d’entrée de jeu que de demander au patient d’abandonner un médicament connu pour un produit nouveau, moins cher, à l’emballage peut-être un peu ringard et qui inspirera la méfiance. Les génériques ne sont pas une solution au rabais… n’en déplaise à l’industrie pharmaceutique.

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