Interview: Cosmétiques et perturbateurs endocriniens

Claus Jorgensen: "Il faut convaincre l'Europe de légiférer sur les perturbateurs endocriniens"

Le Danish Consumer Council a lancé une campagne d’information et tente de convaincre l’Europe du bien fondé de cette problématique.

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Archive · 29 novembre 2011

Claus Jorgensen appartient au Danish Consumer Council, organisme indépendant au service de la défense des consommateurs danois. Une sorte de pendant de la Fédération romande des consommateurs suisse. A un détail près: le DCC existe depuis 1947, ce qui lui vaut le titre de second plus ancien organisme de défense des consommateurs du monde. Ce ne sont pas moins de cent personnes qui travaillent pour ce conseil doté d’un budget de 60 millions de couronnes (près de 10 millions de nos francs) dont un tiers provient de l’Etat danois.
En 2009, Claus Jorgensen et ses collègues ont lancé une campagne d’information sur les perturbateurs endocriniens présents dans les produits cosmétiques. Si, grâce à elle, les Danois sont désormais conscients de ce problème, il faut maintenant convaincre tous les Européens.

Pourquoi avoir lancé cette campagne en 2009?
La question des perturbateurs endocriniens nous concerne depuis une vingtaine d’année. Si les Danois étaient déjà conscients de ce problème, ils ne connaissaient pas forcément ce qu’il en est de leur présence dans les produits cosmétiques. L’Union européenne a identifié près de 600 produits chimiques. Sur ceux-ci, 194 ont montré des effets négatifs sur des animaux testés et 17 d’entre eux sont très largement utilisés dans nombre de produits cosmétiques, et ils ne sont pas réglementés pour l’instant. En outre, de nombreuses études ont démontré que si certains produits ne semblent pas entraîner d’effets quand ils sont utilisés seuls et à faible dose, ils deviennent problématiques associés à d’autres molécules. Cet effet négatif de combinaison doit désormais absolument être pris en compte par les autorités dans leur législation.

Comment avez-vous procédé pour cette campagne?
Dans un premier temps, nous avons travaillé à rendre les consommateurs conscients de cette présence. Nous leur avons donc demandé de vérifier tous les cosmétiques qu’ils utilisaient à la maison, en quête d’un ou plusieurs de ces 17 produits chimiques. Nous avons reçu des milliers de réponses, et nous continuons d’en recevoir. A ce jour, nous avons, grâce à cela, recensé 1200 cosmétiques potentiellement problématiques. Nous avons aussi mené une campagne de communiqués de presse assez choc en associant le slogan «Bombe hormonale» à des produits cosmétiques connus ou de grande marques. Pendant six semaines environ, un partenaire presse s’est fait écho de ces communiqués, ce qui nous a permis d’avoir un grand impact sur les lecteurs.

N’avez-vous pas eu des problèmes avec une telle attaque frontale?
Non. Nous choisissions ces produits avec soin. Et cette façon de faire s’est révélée très positive. Plusieurs fabricants de cosmétiques ont décidé de ne plus utiliser ces produits. Il s’agit de fabricants danois pour qui l’enjeu était de taille. En revanche, les grands groupes internationaux n’ont rien changé à leur politique. Le marché danois n’est pas assez important pour qu’ils estiment nécessaire de faire un geste.

Est-ce que vous avez mené cette campagne pour infléchir la législation danoise?
Oui et non. Ce que nous cherchons, c’est à créer un vaste consensus national autour de cette question. Or, ces dix dernières années, ce n’était pas forcément aisé, puisque le gouvernement de droite au pouvoir était beaucoup moins réceptif à ces questions que son prédécesseur de gauche. Mais, depuis début octobre, nous avons un nouveau gouvernement, de gauche, qui a beaucoup parlé de ces questions et devrait agir dans le sens que nous défendons. Cela dit, le Danemark a tout de même décidé d’interdire des produits chimiques comme le bisphénol A, présent par exemple dans certains biberons. Une interdiction qui a été suivie par l’Europe d’ailleurs, ce dont nous nous réjouissons. Notre gouvernement a également interdit deux autres produits de la classe des parabènes. Mais il faut se souvenir que le Danemark fait partie de l’Union européenne et, en cette matière, les législations de cette dernière font foi. La liste de 17 produits chimiques suspectés d’être des perturbateurs endocriniens que nous avons utilisée vient d’elle. Bruxelles est donc bien informé. C’est autre chose que de la voir réussir à légiférer. L’Europe n’est pas unanime sur ces questions. Prenez le cas de l’Allemagne: si ce pays est d’ordinaire sensible aux questions d’environnement et de santé, il abrite aussi une industrie chimique très puissante.

Comment la voix danoise peut-elle se faire entendre en Europe?
D’une part, nous avons pris contact avec différentes organisations en Europe. L’association de protection des consommateurs polonaise a entamé une campagne similaire à la nôtre. Mais force est de constater que les résultats sont modestes dans ce pays qui semble avoir d’autres sujets de préoccupation en ce moment. Nous nous réjouissons de voir nos collègues suisses et norvégiens mener leur propre campagne avec succès. Mais ce ne sont pas des membres de l’Union européenne. Or, une fois encore, nous essayons de peser sur Bruxelles pour que l’Europe légifère plus sévèrement dans ce domaine. Nous comptons beaucoup sur la présidence du Danemark en 2012 pour faire passer ce message.

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