Santé
Boissons énergisantes
En Suisse, parmi les 11-15 ans, 18% des filles et 23% des garçons consomment au moins une fois par semaine des boissons énergisantes. Cocktail de caféine, de sucre et d'additifs controversés, ces produits sont pourtant explicitement déconseillés aux enfants.
16 septembre 2026
Juliette Ivanez
Responsable Alimentation
Réveil difficile, coup de barre pendant les cours, soirée qui s'annonce longue, mélange avec l'alcool: la consommation de boissons énergisantes s'est banalisée, notamment chez les jeunes. En Suisse, les adolescents sont nombreux à avoir intégré ces produits à leur quotidien. En 2025, l'équivalent de 160 millions de canettes de 250ml de boissons énergisantes ont été importées en Suisse, selon les statistiques douanières. Récemment, les sodas au maté, également riches en caféine et en sucre, se sont aussi imposés sur le marché: si leur volume est différent, une canette de Red Bull et une canette de El Tony Maté contiennent la même quantité de caféine.
Quels sont les risques?
Les risques des boissons énergisantes sont principalement liés aux effets indésirables de la caféine. Si chez les adultes, cette substance est souvent bien tolérée et même parfois bénéfique à dose raisonnable, les enfants y réagissent plus fortement en raison de leur poids corporel inférieur. L'effet stimulant recherché par les consommateurs de caféine peut entrainer, en particulier chez les plus jeunes, des troubles du sommeil, des difficultés d'attention, de l'anxiété et des palpitations cardiaques. Fortement dosées en sucre, ces canettes peuvent aussi favoriser la prise de poids, le diabète et les caries.
A éviter à tout prix: le combo boisson énergisante et alcool. L'effet excitant de la caféine et le goût sucré tendent à masquer les symptômes d’ivresse, ce qui peut se traduire par une consommation d'alcool plus importante et des conduites à risque.
«Boire des boissons énergisantes peut vite être problématique si cela devient une habitude»: l'interview d'Annick Kaag, diététicienne et chargée de projet en alimentation
Les chiffres de consommation en Suisse
Selon l'étude HBSC (2022) portant sur les 11-15 ans, 18% des filles et 23% des garçons consomment des boissons énergisantes au moins une fois par semaine
Selon l'étude menuCH-Kids (2026), 3% des 10-13 ans et 21% des 14-17 ans consomment des boissons énergisantes au moins une fois par semaine
Un marketing ciblé et agressif
Les fabricants savent très bien user de codes graphiques 'rebelles' et 'cool' pour rendre leurs produits désirables auprès des adolescents. Les mérites des boissons énergisantes sont vantés sur les réseaux sociaux, à l'aide des influenceurs et du placement de produit.
Notre récente enquête a montré que les boissons énergisantes étaient aussi en très bonne place aux caisses des supermarchés, passage obligé pour les consommateurs. Certains distributeurs proposent ces produits à des prix dérisoires: 39 centimes la canette actuellement chez Lidl, le prix ayant encore baissé depuis notre enquête.
Notre dossier "Enfants, marketing et malbouffe"
Que dit la loi?
En Suisse, toute boisson caféinée (au-delà de 15mg de caféine par 100ml de boisson) doit obligatoirement afficher sur l'étiquette:
- la quantité de caféine
- la mention "teneur élevée en caféine, déconseillé aux enfants et aux femmes enceintes ou allaitantes"
Cela concerne les boissons énergisantes, ainsi que la plupart des sodas au maté (voir notre test).
En outre, une canette de 250ml de boisson énergisante ne peut pas contenir plus de 80mg de caféine. Une enquête de 2025 menée par SRF Investigativ révèle que sur les 27 boissons énergisantes vendues en Suisse testées, 10 dépassaient cette teneur maximale en caféine.
Sources:
- Ordonnance du DFI concernant l’information sur les denrées alimentaires (lien)
- Ordonnance du DFI sur les boissons (lien)
Pionnière dans l'industrie des boissons énergisantes, la marque Red Bull a été lancée en Autriche en 1987. En raison de doutes sur leurs conséquences sur la santé, ses produits n'ont été autorisés en Suisse qu'en 1994. Pour les mêmes motifs, le Red Bull a été interdit en France jusqu'en 2008.
Comparatif de quatre boissons caféinées
Que demande la FRC?
Depuis des années, la FRC milite pour une restriction du marketing alimentaire ciblant les enfants et les jeunes, au moyen d'une loi contraignante assortie de réelles sanctions pour les entreprises qui l'enfreindraient. Le projet actuel d'autorégulation volontaire des fabricants, encadré et promu par les autorités sanitaires, ne donne pas satisfaction. Red Bull y adhère, sans prendre de grands risques: le parrainage d'événements sportifs, mesure marketing phare de la marque, reste tout à fait autorisé. L'entreprise n'a, en outre, jamais participé à la démarche volontaire de réduction du sucre ajouté dans les boissons.
Dans ce contexte, la FRC est favorable à une interdiction de vente des boissons énergisantes aux moins de 16 ans. Le Valais est le premier canton en Suisse à avoir voté une telle mesure. Au niveau fédéral, une motion, dont la teneur est identique au projet valaisan, a été déposée fin 2025 et devra prochainement être examinée par le parlement.
En Europe, de nombreux pays ont déjà mis en place des restrictions de vente aux mineurs, ou se préparent à le faire: Royaume-Uni, Norvège, Espagne, Pologne, Croatie, Hongrie, Bulgarie, Lettonie, Lituanie. Si les données disponibles pour évaluer l'efficacité de ces réglementations restent encore rares, elles montrent une baisse inégale mais bien réelle de la consommation chez les jeunes. En pratique, les interdictions sont parfois contournées (par exemple en achetant par l'intermédiaire d'un adulte). Mais elles sont un signal fort qui participe à rendre de nouveau visible le caractère délétère et indésirable de ces produits, dans l'espace public et auprès de la jeunesse.
Pour aller plus loin
Fiche d'information sur les boissons énergisantes, Addiction Suisse, 2026 (lien)
"Les boissons énergisantes et les jeunes : un point sur leur consommation", étude Unisanté et Unil, 2020 (lien)
Recommandations de la Direction générale de la santé du canton de Vaud sur la consommation de "boissons dites énergisantes", 2020 (lien)