Sucreries aux caisses
99% des aliments pour enfants vendus aux caisses sont déconseillés par l’OMS
Les caisses des supermarchés exposent massivement les consommateurs, en particulier les enfants, à des produits malsains. La FRC a analysé plus de 2500 denrées situées près des sorties de 30 magasins en Suisse romande. Face à l’augmentation préoccupante du surpoids et de l’obésité chez les jeunes, il est urgent de prendre des mesures afin de modifier ce marketing irresponsable.
04 mars 2026
Rebecca Eggenberger
Responsable Alimentation et Prévention
Sandra Imsand
Journaliste, responsable Enquêtes
1. Un problème connu… qui persiste
La présence des sucreries aux caisses est un combat qui figure dans l’ADN de la FRC. En 2011 déjà, un rapport mené par notre association indiquait que tous les 36 magasins visités en Suisse romande présentaient des sucreries aux caisses, souvent placées à hauteur d’enfant et facilement accessibles. Sur 284 caisses recensées alors, 89% proposaient des friandises directement saisissables par les plus petits.
Depuis, le sujet continue d’occuper les débats publics et politiques. Dans le canton de Genève, une motion adoptée en 2023 demande le retrait des sucreries placées à proximité immédiate des passages en caisses.
Afin de connaître la situation actuelle, la FRC a mené en 2025 une vaste enquête dans 30 supermarchés et discounters en Suisse romande, dont 20 à Genève, région directement concernée par la motion. Au total, l’environnement de 331 caisses a été passé au peigne fin, ce qui représente l’analyse nutritionnelle et marketing de 2272 produits. Les chiffres sont toujours aussi effarants: 98% des caisses avec service à Genève et 100% ailleurs en Suisse romande sont garnies de sucreries. Les pratiques commerciales ont donc peu changé. Elles se sont même adaptées aux nouveaux comportements des clients, notamment le développement des caisses en libre-service. Les distributeurs ont ainsi introduit de nouveaux types de présentoirs et de formats spécialement conçus pour ces endroits afin de ne pas diminuer l’attrait commercial de ces zones.
Ce phénomène s’inscrit dans un contexte sanitaire préoccupant. En Suisse, 43% de la population adulte est en surpoids ou obèse. Les enfants ne sont pas épargnés: à Genève, près de 18% des 5-6 ans présentent un excès pondéral. Or les habitudes alimentaires acquises durant l’enfance tendent à se maintenir tout au long de la vie. L’offre alimentaire joue un rôle central, et la présence constante de produits sucrés aux caisses participe à un environnement obésogène qui influence les choix, même lorsque l’intention initiale d’achat n’incluait aucune gourmandise.
2. La caisse est un lieu stratégique et lucratif
L’espace caisse n’est pas neutre. Conçu comme le dernier point de contact dans le magasin, il combine plusieurs facteurs: la captivité du client, coincé dans une file ou dans un cheminement obligatoire, le temps d’attente, favorisant la tentation, la présence d’enfants et enfin la faible perception du coût, car l’achat portant sur quelques francs n’engage pas le budget du ménage. Les produits privilégiés sont ceux qui se prêtent le mieux aux achats impulsifs: petites portions, consommation immédiate possible. Les fabricants ciblent cette zone avec des emballages attractifs, des formats miniaturisés. Des propositions calibrées pour convaincre un consommateur en fin de parcours du combattant entre les rayons, souvent fatigué, pressé, ou accompagné d’un enfant.
L’attrait économique de la zone caisse est fortement documenté. Selon une étude de l’EHI Retail Institute en Allemagne, 4,7% du chiffre d’affaires d’un supermarché provient de cette zone, qui ne représente pourtant que 1,1% de sa surface. Les friandises sucrées constitueraient à elles seules 24% du bénéfice généré dans cet espace.
Les études internationales confirment par ailleurs l’impact direct du placement de produits sur les achats. Une analyse britannique de 2018 a montré qu’après le retrait volontaire des sucreries vers les caisses, les ventes de confiseries chutaient de 15,5%. Une autre étude (2022) a observé que ne pas promouvoir activement des produits saisonniers réduisait la croissance de leurs ventes. La FRC avait réalisé la même démonstration en 2021 dans son enquête sur la fraise. L’emplacement joue donc un rôle déterminant, bien plus que la demande intrinsèque. Une réalité dont les détaillants sont bien conscients. En France, des engagements volontaires pris en 2008 pour retirer les sucreries des caisses se sont essoufflés: en 2024, nos confrères de l’UFC-Que Choisir constataient que 86% des magasins avaient réintroduit ces produits. Ce retour témoigne de la puissance du levier économique que représente l’espace caisse. Il s’agit de petites surfaces capables de générer une part substantielle du chiffre d’affaires.
Ces résultats expliquent pourquoi le retrait volontaire reste rare et fragile: il induit une baisse de ventes sur des catégories dont les marges sont élevées. Pourtant, lorsque des standards nutritionnels sont imposés, les résultats évoluent favorablement. Une étude américaine de 2024 a montré qu’après l’introduction de critères nutritionnels pour les articles en caisse, la présence de produits plus sains augmentait de 125%.
3. Des produits sucrés partout aux caisses avec service
L’enquête de la FRC repose sur un travail systématique. Au total, ce sont 331 caisses qui ont été observées dans 30 supermarchés et discounters de Suisse romande, dont 221 à Genève. Les enquêteurs ont documenté chaque caisse, qu’elle soit ouverte ou fermée, avec pour objectif de mesurer la présence et la nature des sucreries.
À Genève, 98% des caisses avec service présentent des sucreries. Dans les autres cantons romands, ce taux atteignait même 100%. Les produits visant explicitement les enfants y sont omniprésents: 83% des caisses genevoises et 79% dans les autres cantons en présentaient.
Les discounters comme Lidl se distinguent par une exposition systématique, avec des sucreries ciblant enfants et ados à toutes les caisses.
Les boissons sucrées, bien que moins présentes, occupent tout de même une place notable, particulièrement celles destinées aux adolescents (donnant une image d’attitude cool, rebelle, etc.) dans les magasins Aldi et Lidl.
Contrairement aux attentes, les caisses en libre-service ne constituent pas une zone exempte de tentation commerciale. Ainsi, à Genève: 53% des caisses automatiques comportent des sucreries. Un taux encore plus inquiétant dans les autres cantons romands, puisque 88% des caisses automatiques en sont pourvues.
Les variations entre enseignes sont fortes, ce qui montre qu’il existe une marge de manœuvre. Certaines zones étaient saturées d’offres en tout genre et d’autres pratiquement vides. Deux caisses «sans sucreries» ont même été observées à Genève – toutes deux à Migros Balexert –, mais elles étaient fermées au moment du passage des enquêteurs (à deux reprises durant la période des relevés). Un exemple qui illustre le paradoxe dans le secteur, des caisses alternatives sont parfois créées, mais elles ne sont pas systématiquement maintenues ou valorisées et ne sont pas accessibles au public. Le symbole est fort: le changement est possible, mais il n’est pas une priorité pour la grande distribution.
Depuis la dernière enquête réalisée en 2011, les enquêteurs ont relevé une augmentation du nombre de caisses par magasin (+36% à Genève et +68% ailleurs en Suisse romande), mais il est à noter que le nombre de caisses avec personnel a largement chuté: entre 42% et 35% selon les régions.
Ce changement qui est intervenu lors des dix dernières années offre une nouvelle expérience d’achat aux consommateurs et change le flux et l’exposition aux produits. En réponse à cela, les fabricants ont développé des présentoirs adaptés aux zones de passage rapide, tandis que les détaillants repensent la disposition des rayons autour des automates. Le libre-service, loin d’offrir une zone de répit, est devenu au contraire un nouveau terrain de jeu propice aux expérimentations marketing.
4. Le marketing ciblé: enfants et ados en première ligne
Les observations de terrain menées dans 30 magasins romands montrent de manière très nette que les enfants et les adolescents ne sont pas seulement exposés aux produits sucrés: ils sont spécifiquement visés par des stratégies commerciales détaillées et cohérentes. Cette intention ressort à la fois de la quantité de produits concernés, de l’emplacement choisi et des codes graphiques employés par les fabricants.
L’analyse approfondie de 2272 denrées alimentaires relevées est révélatrice: 22% s’adressent explicitement aux enfants. Cette constance, malgré la diversité des enseignes, laisse peu de doute sur la systématicité de ce ciblage. La majorité des confiseries utilisent des couleurs vives, des mascottes souriantes, des animaux ou des personnages fictifs immédiatement identifiables par les plus jeunes. Les marques Haribo et Kinder, particulièrement présentes, incarnent ce type de marketing qui combine tradition, familiarité et forte attractivité visuelle.
Cette attractivité est renforcée par l’emplacement: plus de la moitié des produits destinés aux enfants sont placés sur les rayons inférieurs des rayonnages, c’est-à-dire à hauteur des yeux et des mains des petits. Ce positionnement facilite la prise spontanée, l’interaction physique, un geste auquel les parents peinent ensuite à s’opposer. Certains magasins exposent aussi des formats miniatures ou des emballages ludiques conçus pour susciter un sentiment de récompense ou de plaisir immédiat, renforçant l’association affective entre confiserie et plaisir.
Les adolescents, eux, sont ciblés différemment. Les produits qui leur sont destinés se distinguent par l’usage de codes esthétiques plus «durs», sombres ou transgressifs: têtes de mort, noms évoquant le danger, le défi ou la puissance. Un côté rebelle symbolisé par l’utilisation de termes tels que «monster», «crazy» ou «evil». Autant de signaux destinés à donner une impression de style ou d’audace. Si la proportion de produits explicitement conçus pour les adolescents demeure inférieure à celle destinée aux plus jeunes (à Genève, 21% des caisses avec service sont dotés de tels produits), elle est loin d’être marginale, notamment dans les discounters et en particulier chez Lidl. Cette présence contribue à installer l’idée qu’une gourmandise est une manière d’affirmer son identité sociale ou son indépendance.
Cette segmentation par âge repose sur un principe simple: chaque cible reçoit un message adapté, mais tous convergent vers une même finalité commerciale. Les enfants avec leur nature impulsive, les préadolescents en quête de symboles identitaires et les adolescents en recherche de différenciation sont des publics dont le comportement peut être influencé par une exposition répétée dans un lieu de passage inévitable. Cette stratégie est d’autant plus préoccupante que, selon les standards de l’OMS Europe, 98% des produits destinés aux enfants ne devraient pas pouvoir être promus auprès d’eux, tant leur qualité nutritionnelle est insuffisante. Et pourtant, ce sont justement les aliments dont le marketing est le plus visible et auxquels il est impossible d’échapper.
Le ciblage, loin d’être décoratif, constitue donc une incitation directe à consommer des produits dont la qualité nutritionnelle est faible et la teneur en sucre, en graisses et en sel est très élevée. Cela contribue à installer, dès le plus jeune âge, des habitudes alimentaires défavorables qui se consolident dans le temps. Les résultats de l’enquête montrent qu’aucune enseigne ne s’est réellement affranchie de cette logique, malgré des engagements parfois publics.
5. L’offre aux caisses est très majoritairement malsaine
Si la présence massive de produits sucrés est frappante, leur qualité nutritionnelle l’est tout autant. Les analyses effectuées à l’aide de trois méthodes complémentaires – Nutri-score, classification NOVA et profil nutritionnel OMS Europe – démontrent que les produits exposés aux caisses sont, pour une immense majorité, peu favorables à la santé.
Les résultats du Nutri-score sont particulièrement éloquents: 71% des produits analysés à Genève sont classés D ou E, les deux catégories les moins favorables, ce taux atteignant même 74% dans les autres cantons romands. La situation est encore pire pour les produits ciblant les enfants, puisque cette proportion atteint 88%. C’est donc justement le public le plus vulnérable tant d’un point de vue émotionnel que nutritionnel qu’on attire avec les pires denrées. De nombreuses études associent une consommation fréquente de produits notés D ou E à un risque accru de maladies non transmissibles comme les risques cardiovasculaires, de diabète ou certains cancers, ce qui confère à ces chiffres une dimension préoccupante.
Les seuls produits pour enfants remplissant les critères de l’OMS pour désigner des produits assez favorables à la santé étaient les compotes Mamia Bio vendues chez Aldi.
Sandra Imsand
Journaliste, responsable Enquêtes
La classification NOVA apporte un éclairage complémentaire. Il s’agit d’une répartition utilisée par la recherche et les instances de santé classant les aliments en quatre groupes en fonction du degré de transformation des matières dont ils sont constitués. L’échelle va de 1 pour les aliments peu ou non transformés à 4 pour les aliments transformés. Selon notre enquête, plus de 93% des produits recensés près des caisses sont ultratransformés. Ces aliments se caractérisent par la présence d’additifs, d’arômes artificiels, d’ingrédients modifiés, rarement utilisés en cuisine domestique. La littérature scientifique associe une consommation élevée d’ultratransformés à des risques accrus de surpoids et de maladies chroniques. À nouveau, ce sont les enfants qui paient le plus lourd tribut: dans les produits qui leur sont dédiés, la proportion d’ultratransformés grimpe même jusqu’à 96%.
Quant au profil nutritionnel de l’OMS Europe, dont l’objectif est d’identifier les produits pouvant être légalement promus auprès des enfants car ils présentent une qualité nutritionnelle suffisamment intéressante, il offre un verdict sans appel, car plus de 99% des produits destinés aux enfants ne remplissent pas les critères. Autrement dit, l’immense majorité des articles exposés aux caisses ne devrait, dans un cadre réglementé, bénéficier d’aucune forme de promotion ou de visibilité accrue auprès du jeune public.
Les produits favorables à la santé sont, eux, quasi absents de nos relevés puisque seulement 20% des caisses genevoises proposaient un mélange de noix, 5% seulement des compotes. Les fruits frais étaient pour leur part presque inexistants. Dans les caisses automatiques, la présence d’alternatives saines, déjà marginale, se réduit encore, témoignant d’un manque de volonté de diversifier l’offre à proximité de ces nouveaux points de passage.
L’analyse globale montre une situation paradoxale: l’endroit le plus sensible du magasin, celui par lequel tous les clients passent et où les enfants exercent une pression comportementale sur les adultes, est aussi le lieu où l’offre est la plus déséquilibrée. Dans cet espace, la liberté de choix du consommateur est affaiblie, pas par manque de produits (chaque magasin compte entre 3 et 110 références différentes aux caisses), mais par l’homogénéité de l’assortiment, qui ne laisse quasi aucune place à des options moins sucrées ou non alimentaires.
Un environnement ainsi structuré pousse à l’achat de produits de faible qualité nutritionnelle, sans que le consommateur ne puisse facilement se tourner vers une alternative. Les notions d’environnement obésogène et de marketing irresponsable prennent ici tout leur sens. Les résultats mettent en évidence l’urgence de mesures pour remédier aux problèmes relevés.
6. Des techniques de vente marketing supplémentaires
En plus de l’emplacement privilégié près des caisses, les distributeurs et les fabricants ont mis en place des techniques de marketing supplémentaires pour favoriser la vente de ces produits. Une voire plusieurs techniques étaient présentes pour 38% des produits près des caisses chez Aldi, 30% chez Denner, 27% chez Lidl, 26% chez Coop et 19% près des caisses chez Migros.
Certaines techniques étaient liées au produit, dont les emballages d’une contenance particulièrement importante comme des méga-emballages ou des multipacks (9% de tous les produits).
D’autres étaient liées à la manière d’exposer les produits, donc décidées par le distributeur. Parmi celles-ci, la technique la plus souvent recensée (8% de tous les produits) était l’étiquette de prix d’une couleur particulière sur le rayon. Elle comportait souvent un slogan pour signaler le caractère exceptionnel du prix indiqué ou, au contraire, un «prix bas durable». Dans la plupart des cas, les distributeurs appliquaient cette technique aux produits de la même marque dans toutes les succursales. Toutefois dans certains cas, le prix mis en avant de cette manière était identique au prix indiqué sur une étiquette habituelle dans une autre filiale du même distributeur (p. ex.: Ovo Break, Coop, ou Fisherman’s Friend, Migros), voire plus élevé (p. ex.: bonbons Bermont Kräuterli, Aldi).
D’autres procédés de marketing mis en place par les distributeurs étaient l’affichage du mot «action» en grand et en couleurs vives, des slogans publicitaires ou des images des produits en grand. Certains présentoirs de marque pouvaient réunir plusieurs de ces techniques.
7. Des petits prix mais des gros totaux
Au total, 78% des produits vendus aux caisses relevés dans le cadre de l’enquête coûtaient moins de 2fr. et 92% se situaient en dessous de 3fr. Le prix moyen des articles recensés était de 2fr.95. Un paquet de confiseries coûtait en moyenne 2fr.22, un paquet de biscuits 2fr.59 et une barre 2fr.11. L’eau était l’article le moins cher avec en moyenne 1fr.02, suivie des energy drinks à 1fr.35. Les articles recensés les moins chers étaient un chocolat vendu à 49 centimes chez Aldi ainsi qu’un mélange de fruits à coque vendu au même prix chez le même discounter. Dans le même ordre de grandeur: une confiserie à 60 centimes chez Coop et un energy drink à 55 centimes chez Lidl.
Dans la mesure où l’argent de poche recommandé pour un enfant de 10 ans est de 35 francs par mois selon Budget Suisse et monte jusqu’à 100fr. pour un adolescent de 17 ans, le prix des produits exposés près des caisses qui s’adressent au jeune public ne constitue pas un frein à l’achat.
Le prix unitaire, à savoir le prix par kilo d’aliment ou par litre de boisson, permet de comparer les différents produits entre eux. La catégorie de produit dont le prix moyen par kilo était le plus élevé était les chewing-gums avec 63fr.30 le kilo. Un vrai article de luxe, plus cher que le steak de bœuf! Ils sont suivis par les pastilles pour la gorge à 54fr.50/kg, les chocolats à 41fr.20/kg et les glaces à 39fr.70/kg. Les prix les plus bas étaient ceux des boissons: 1fr.90/l pour l’eau minérale, 3fr. et 3fr.40/l pour les boissons édulcorées et sucrées, ainsi que 5fr.40/l pour les energy drinks.
Le prix unitaire a également permis de comparer des produits vendus aux caisses avec les mêmes vendus dans d’autres contenances ailleurs dans le magasin. Avec parfois de mauvaises surprises à la clé. Pour des produits comme les Snickers, Twix, Hanuta et Knoppers, ainsi que le chocolat Kinder, les articles vendus aux caisses coûtent plus du double que ceux placés au rayon chocolat ou snacks sucrés (+120% à +148%), chez Coop et Migros. Les gaufres au maïs Jamadu de chez Coop vendues à la caisse dans un petit emballage coûtaient 88% de plus que celles dans l’emballage carton disponible ailleurs dans le magasin. Pour d’autres produits, la hausse de prix était moins élevée: les branches Torino (+70%), les Kägi Fret classique (+59%), les snacks Ovo Break (+58%), les Kinder Bueno (+50%), ainsi que les branches Ragusa classique et les barres Lindt au chocolat au lait et aux noisettes (+48%).
La bonne visibilité du prix unitaire et de la contenance des emballages est essentielle pour comparer les produits qui existent dans différentes variantes et tailles. Ainsi, les différents parfums de chewing-gums M-Classic vendus aux caisses ont été recensés en sachets de 64 g et de 100 g qui se ressemblaient fortement – au risque de prendre le prix du plus petit emballage pour une aubaine. Le paquet de 64 g coûtait en réalité 36fr.70/kg, et celui de 100 g, 35fr./kg.
8. Quelles mesures pour protéger les consommateurs?
Les résultats de l’enquête, combinés aux connaissances scientifiques disponibles, permettent de dessiner les axes d’action possibles. La question n’est plus de savoir si l’environnement en caisse influence la consommation: l’analyse de l’assortiment aux caisses des supermarchés en Suisse romande rejoint les conclusions européennes et internationales. L’enjeu consiste désormais à déterminer comment corriger ce déséquilibre en faveur de la santé publique sans créer d’inégalités entre distributeurs.
La motion 2888-A du Grand Conseil genevois, adoptée largement en 2023, fixe un objectif explicite: retirer les sucreries des passages de caisse. Notre enquête intervient précisément pour nourrir les négociations qui doivent s’engager entre les autorités cantonales et la grande distribution. L’existence de deux caisses sans sucrerie chez Migros Balexert démontre que les distributeurs disposent d’une marge de manœuvre.
Toutefois, l’expérience dans d’autres pays rappelle que les engagements volontaires ont des limites. En 2008, les distributeurs français avaient annoncé fièrement la fin des sucreries en caisse. Un rapport de nos confrères de l’UFC-Que Choisir montrait qu’en 2024, ces produits avaient massivement réapparu partout. Le Conseil économique, social et environnemental, assemblée constitutionnelle française qui représente la société civile et conseille le Gouvernement et le Parlement, recommande une contractualisation assortie d’objectifs clairs, d’un calendrier contraignant et de contrôles réguliers, avec la possibilité de mesures contraignantes en cas d’échec. Ce modèle permet d’éviter les retours en arrière comme ceux constatés en France ou même en Suisse avec les caisses alternatives de Lidl abandonnées. Il pourrait ainsi inspirer les autorités fédérales, surtout si les négociations ne débouchent pas sur des engagements crédibles et contrôlables.
Au-delà du contexte genevois, la problématique touche tous les cantons romands. Une approche négociée au niveau fédéral, commune à l’ensemble des chaînes, présenterait plusieurs avantages. Elle permettrait d’éviter des distorsions de concurrence, car aucune enseigne ne prendrait unilatéralement le risque d’une baisse de ventes liée à une action unilatérale. Elle offrirait également plus de clarté pour les consommateurs, qui pourraient s’attendre à un environnement amélioré dans tous les magasins, indépendamment de leur lieu de résidence ou de leurs habitudes d’achat.
Les solutions existent. De nombreux produits plus sains pourraient remplacer avantageusement les confiseries: noix, fruits secs non sucrés, compotes sans sucres ajoutés, eau ou boissons non sucrées. Il est également possible de proposer des articles non alimentaires, comme des petits objets pratiques ou saisonniers, déjà observés ponctuellement dans certains magasins. Ces options diversifieraient l’espace caisse sans le rendre moins rentable, ce que les expériences internationales tendent à confirmer.
Pour que ces changements deviennent effectifs, plusieurs conditions apparaissent essentielles. D’abord, il faut cibler en priorité les caisses les plus utilisées, celles par lesquelles passent la majorité des clients. Ensuite, les produits destinés aux enfants doivent être retirés en premier lieu, car ils sont ceux dont l’impact est le plus problématique. Enfin, la mise en place d’un système de suivi indépendant est nécessaire pour mesurer les progrès, identifier les reculs éventuels et garantir la transparence.´
Étude menée par Barbara Pfenniger
Le commentaire de la FRC
L’enquête FRC met en évidence une réalité essentielle: modifier l’environnement alimentaire produit un effet réel sur les comportements. Une démarche, qui, combinée à une diffusion plus large des messages de prévention, serait bien plus efficace que les appels à la responsabilité individuelle. En effet, exercer cette dernière devient impossible lorsque l’environnement est piégeux. De ce point de vue, retirer les sucreries des caisses n’est pas un acte symbolique, mais une mesure de santé publique fondée sur des données solides. Les enfants ne choisissent pas, ils sont ciblés. Sans intervention, l’environnement actuel continuera de favoriser l’achat impulsif et l’exposition précoce à des produits de mauvaise qualité nutritionnelle.
La perspective d’un accord entre les distributeurs et les autorités publiques constitue une opportunité concrète d’améliorer durablement la santé des consommateurs, en agissant à la source, là où les choix se forment. La FRC appelle à l’ouverture rapide de négociations avec l’ensemble de la grande distribution afin de mettre fin à une exposition systématique et incitative à des produits de très faible qualité nutritionnelle. Un accord harmonisé, assorti d’objectifs clairs, d’un calendrier contraignant et d’un suivi indépendant, permettrait d’éviter les écueils connus de certains engagements partiels ou réversibles observés par le passé. À défaut de progrès tangibles, des mesures réglementaires devront être envisagées. L’enjeu dépasse largement la seule question des confiseries aux caisses: il s’agit de repenser la responsabilité des acteurs économiques dans la construction d’un environnement commercial plus équilibré, qui protège les publics vulnérables et soutienne réellement des choix favorables à la santé.
Juliette Ivanez
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