Cosmétique

«Les avancées technologiques ont toujours influencé les standards de beauté»

Dans sa newsletter The Review of Beauty, Jessica DeFino se bat contre les injonctions (et injections!) toxiques de l’industrie cosmétique. Ancienne rédactrice pour les sœurs Kardashian, elle se penche notamment sur l’influence des réseaux sociaux sur les tendances beauté.

Santé Cosmétiques

04 mars 2025

Photo: Rainy Wagner

L'industrie cosmétique se plaît à vendre les routines beauté comme de petits miracles: nouvel éclat à la peau, prévention des rides, disparition des boutons et correction des imperfections. La journaliste beauté Jessica DeFino – publiée dans le New York Times et The Guardian – lève le voile sur les coulisses peu flatteuses d’un secteur qui brasse plusieurs milliards de francs et qu’elle connaît bien de l’intérieur. Entre conséquences du Botox sur la santé physique et mentale et rôle des réseaux sociaux dans les standards de beauté, ses chroniques sont suivies par près de 120 000 personnes sur la plateforme Substack.

Pourquoi des tendances beauté apparemment inoffensives peuvent-elles être nocives?

Elles ont des conséquences psychologiques, physiques et environnementales, qui se répercute aux niveaux individuel et collectif. L’utilisation excessive de «soins» (l’effet glass skin, p. ex., pour un teint de porcelaine) peut endommager la barrière cutanée, perturber le microbiome de la peau et causer de l’inflammation. D’un point de vue environnemental, nous consommons continuellement des produits – souvent fabriqués avec des combustibles fossiles et des matières pétrochimiques – dans le but d’atteindre un objectif par définition impossible. Cela exacerbe l’impact dévastateur de l’industrie sur le réchauffement climatique.

En quoi les standards de beauté impactent-ils nos relations?

Ils sont socialement construits, donc ils affectent nos interactions sociales et privées! Les neuromodulateurs comme le Botox peuvent péjorer la qualité de nos relations avec les autres: limiter l’empathie, entraver la capacité à reconnaître les émotions – celles des autres et les nôtres – et même, selon une étude de 2017, réduire certaines fonctions sexuelles. Il y a peut-être des effets plus profonds.

Que nous disent la médicalisation des pratiques de beauté et la porosité croissante entre elles et la santé?

L’Ozempic est un exemple phare. Ce traitement contre le diabète a suivi la trajectoire et le plan d’affaires du Botox. Prescrits pour des problèmes médicaux, tous deux ont gagné en popularité pour leurs effets esthétiques, un phénomène renforcé par les médecins qui ont approuvé une utilisation hors indication pour les patients. Tous deux sont devenus des termes fourre-tout dans leur industrie respective: «Botox» est employé familièrement comme raccourci pour toutes les neurotoxines injectables, «Ozempic» pour tous les sémaglutides injectables (antidiabétiques, ndlr). Tous deux ont aussi inspiré des alternatives «naturelles» qui, en fin de compte, perpétuent la demande. Les sérums anti-âge sont commercialisés comme du «Botox en bouteille» et la berbérine est connue comme «l’Ozempic naturel». En bref, ils pathologisent les standards de beauté – la minceur et la jeunesse – et finissent par positionner chaque écart de l’idéal esthétique comme un problème médical nécessitant une intervention médicale.

Les réseaux sociaux et les nouvelles technologies ont-ils amélioré la représentativité ou amplifié les problèmes?

Les réseaux sociaux ont un pouvoir à la fois bénéfique et préjudiciable au démantèlement des standards de beauté. C’est vrai que nous voyons davantage de teintes de peau et de types de corps de nos jours sur Instagram et TikTok que nous n’en voyions il y a quinze ans dans les magazines. Mais nous voyons aussi une pression à la correction de ces profils, poussant à l’usage de filtres numériques pour les sculpter et les rajeunir en photo.

Ce n’est pas un phénomène nouveau.

C’est vrai! Dans les années 1900, à l’arrivée du cinéma, les caméras à basse définition créaient un effet superlisse et sans imperfections modifiant la perception du grand public de ce qui constituait une beauté de rang «célébrité». La norme change au fur et à mesure que la technologie évolue. Le highlighting est une autre technique de maquillage qui influence les idéaux modernes: elle recrée les effets d’un équipement d’éclairage hollywoodien lourd, pas une caractéristique humaine innée. La vitesse, l’accès et la démocratisation de la retouche d’images qu’offrent les réseaux sociaux ne font qu’exacerber cet effet. J’ai interviewé plusieurs chirurgiens et médecins esthétiques qui me disent que les patients utilisent des filtres Instagram pour modifier leurs propres photos, puis apportent ces clichés retouchés comme référence lors des consultations. Si ces plateformes semblent défendre la diversité, il faut préciser qu’elles conditionnent une gamme diverse de personnes à aspirer à l’homogénéité.

Les marques qui conditionnent leurs clients à craindre le vieillissement devraient mourir.

L’industrie de la beauté semble osciller entre l’adoption et le rejet de la terminologie «antiâge ». Quelle est votre analyse de ce mouvement chez les jeunes?

Il y a eu beaucoup de va-et-vient sur le langage des produits anti-âge, mais presque aucun débat sur leur fonction. L’industrie a constamment mis sur le marché des produits qui prétendent contrer les réalités physiques du vieillissement, qu’ils les appellent «anti-âge» ou «pro-âge» ou «prévention du vieillissement», etc. Mystifier l’anti-âge avec un jargon marketing faussement positif l’a rendu plus attrayant pour les consommateurs, mais surtout pour les jeunes, très vulnérables aux influences extérieures et pas forcément déjà critiques. Je pense que les marques qui conditionnent leurs clients à craindre le vieillissement, c’est-à-dire vivre, devraient mourir – un bon moyen de garder une jeunesse éternelle.

Quelles sont les tendances de 2025, selon vous?

Attendez-vous à beaucoup d’accessoires pour vos produits de beauté! Nous commençons à traiter nos produits de soin comme des animaux de compagnie, en achetant des étuis de téléphone pour ranger nos brillants à lèvres et en les habillant avec des breloques, en les transportant dans des sacs ad hoc. Des comportements qui ne feront que renforcer la personnalisation de l’inhumain et la déshumanisation de la personne dans la société occidentale.

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