Écologie

L’avenir du low-tech entravé par le dogme de la croissance

Les low-tech peinent à sortir de la marginalité. En cause, leur difficile compatibilité avec les principes de croissance et de rentabilité ainsi que l’emprise des hautes technologies sur nos manières d’imaginer le futur.
Enjeux collectifs Impact environnemental

Archive · 15 septembre 2021

Seul à bord de son catamaran aux allures de laboratoire, l’aventurier et ingénieur Corentin de Chatelperron montre à la caméra l’une de ses créations: une lampe solaire en forme de cube transparent, fabriquée à partir d’une bouteille d’eau, de planches de bois et de quelques composants électroniques recyclés. Sa vidéo, postée sur la chaîne YouTube du Low-tech Lab, montre comment fabriquer cet objet à la fois «utile, durable et accessible à tous». En un mot, low-tech.

Formé par antonymie avec le high-tech, ce terme désigne des innovations sobres, agiles et résilientes, devant contribuer à l’émergence d’une société plus économe en ressources et en énergie. Sur internet, les tutoriels pullulent: on y apprend à construire des cuiseurs solaires, des éoliennes domestiques et des frigos du désert grâce à des matériaux simples et à une bonne dose d’ingéniosité. Mais malgré les nombreux livres, hors-séries et documentaires consacrés au low-tech, force est de constater que la démarche demeure marginale.

«Si l’on sondait des gens pour savoir s’ils voudraient vivre dans une ville low-tech, ou pire, prendre un avion low-tech, il y aurait peu de réponses positives », estime Philippe Bihouix, ingénieur et auteur de L’âge des low-tech – Vers une civilisation techniquement soutenable. La démarche n’attire, pour le moment, qu’un public déjà sensibilisé à ces questions. En dépit des nuisances environnementales qu’ils génèrent, les balances, montres et distributeurs de croquettes connectés restent plus populaires sur les étals et dans les placards.

Comment expliquer que des alternatives pourtant prometteuses sur le plan écologique peinent tant à s’inscrire durablement dans le paysage technique? Pour Philippe Bihouix, le premier frein est économique: «Consommer des ressources ou émettre des gaz à effet de serre reste moins cher que de mobiliser du travail humain. Cela bloque l’émergence de beaucoup de solutions de réparation et de formes artisanales de travail.»

Les principes de durabilité et de réparabilité de la technologie sobre entrent aussi en contradiction avec la volonté de croissance des sociétés. En 2019, le service innovations de Decathlon a entamé une collaboration avec le Low-tech Lab pour concevoir un réchaud low-tech. L’expérience a tourné court. Pourquoi? L’équipementier ne le dit pas.

D’autres freins, réglementaires, sont visibles dans la construction. En matière de rénovation thermique, les aides financières de l’État [français] sont, par exemple, conditionnées au respect de normes par les fabricants, dont ne peuvent bénéficier certaines alternatives low-tech (poêle à bois, panneau solaire thermique). «À partir du moment où le système est autoconstructible, il n’entre pas dans les normes car il ne peut pas être testé par un organisme agréé à la fin, pour le moment en tout cas», explique Quentin Mateus, coordinateur des enquêtes du Low-tech Lab. Pourtant, les niveaux de sécurité et de performance de ces équipements peuvent être «aussi bons, voire meilleurs» que ceux produits par des industriels. «Trop peu d’argent public est investi dans des dispositifs d’éducation et de vulgarisation qui permettraient au grand public de s’autonomiser en matière d’économie d’énergie. Les résultats seraient pourtant probablement plus intéressants.»

Concevoir le désirable autrement

Pour Sandrine Roudaut, autrice de L’utopie, mode d’emploi, les raisons de l’indifférence d’une large partie de la population sont à chercher du côté de l’imaginaire collectif. «Tous nos scénarios du futur sont confisqués par la high-tech, déplore-telle. Quand on parle de low-tech, on a l’impression qu’il s’agit d’un retour en arrière. L’idée de progrès est forcément associée à plus de numérique, plus de technologie, au lieu de repenser le scénario d’usage et de le rendre plus frugal.»

L’enjeu est donc de permettre au grand public de visualiser à quoi pourrait ressembler une société low-tech. «Dans les récits, dans les films, la fin de notre monde high-tech est associée à un monde survivaliste dans lequel on va se taper sur la figure. Il faut montrer un monde différent.» D’ailleurs, son roman Les déliés fait la part belle à ces innovations. «Par la fiction, on peut se rendre compte qu’un tel monde est possible et, surtout, désirable», estime la romancière.

Former les ingénieurs est tout aussi important. «Si l’on parvenait à débloquer suffisamment d’argent pour développer la low-tech, il faudrait pouvoir embaucher des gens formés à ces questions, analyse Kévin Loeslé, du Low-tech Lab. Aujourd’hui, il s’agit principalement de gens reconvertis, qui font un pas de côté par rapport à leurs activités précédentes. » La démarche reste absente des programmes de la grande majorité des formations d’ingénieurs. «Les écoles ne voient pas la lowtech au niveau industriel, observe Baptiste Eisele, étudiant à l’École nationale supérieure des Mines d’Albi-Carmaux. Il y a un fossé entre ce que nous devons faire pour répondre à l’urgence écologique et ce que l’on nous enseigne.» Toutefois, à Guingamp, Lille, Lyon ou Troyes, des signaux encourageants montrent qu’une mutation pourrait s’amorcer. Encore faudrait-il que les entreprises s’intéressent à la démarche, tempère Philippe Bihouix.

Terrains d’expérimentation

Les collectivités locales ont aussi un rôle crucial à jouer, selon Clément Chabot, cofondateur du Lowtech Lab: «Le territoire est le premier bénéficiaire de la low-tech». Soutien aux associations et aux firmes locales engagées dans la démarche, adoption d’innovations en technologie sobre au sein des bâtiments publics, création d’espaces de pédagogie dans les administrations communales… Les possibilités sont nombreuses, et là encore, les choses semblent bouger doucement.

 

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