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La tricotmania s’offre un coup de jeune

Matières naturelles et activités créatrices font un retour en force. Tour d’horizon d’une pratique en vogue.

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Archive · 02 février 2016

Cafés thématiques, blogs, tutoriels, kits et ouvrages se multiplient. Les médias y consacrent aussi de nombreuses pages shopping. D’occupation désuète, le tricot redevient le hobby branché des jeunes citadines trentenaires. Exemple révélateur de cette mode revisitée: le Tricothon. Lancé par une marque de jus de fruits, l’initiative incite la population à réaliser un million de bonnets miniatures chaque année pour la bonne cause (tricothon.ch): une activité qui rassemble des participants de tous âges et même quelques hommes.

Vous pensez vous y mettre? Entre fibres et teintures naturelles ou synthétiques, laine pure ou mélangée, l’offre peut vite donner le tournis au débutant, en magasin comme sur internet. Rien que pour les fibres d’origine animale, le choix va de la laine de mouton à celle de bélier (mérinos), de chèvre (mohair, cachemire), de lama et d’alpaga, de lapin (angora), voire la soie. Les coloris sont innombrables, tout comme les mélanges de fibres et les spécificités propres à chaque laine (douceur, élasticité, solidité, chaleur, etc.). D’où l’utilité des ouvrages pour les novices qui les guident pas à pas (Le Tricot malin, d’Alix Lefief-Delcourt et Estelle Lefief, Ed. Leduc.s, p. ex.).

Le kit inclut une notice explicative: facile de (re)prendre les aiguilles. Le pompon? Ce produit remplaçait des bonbons à la caisse d’un supermarché! © Jean-Luc Barmaverain
Le kit inclut une notice explicative: facile de (re)prendre les aiguilles. Le pompon? Ce produit remplaçait des bonbons à la caisse d’un supermarché! Quelle heureuse initiative...© Jean-Luc Barmaverain

 

Et l’origine alors?

Moult informations utiles figurent sur l’étiquette des pelotes. Cependant, la provenance brille par son absence. Or, parmi les principaux producteurs mondiaux de laine de mouton figure l’Australie. Certains élevages y ont été épinglés par l’ONG de défense des animaux Peta US, en raison des maltraitances subies par les bêtes. Sans parler du fait que la majeure partie de cette production est lavée en Chine, pour retourner au pays afin d’y être filée. L’initiative des marques qui permettent de remonter la trace des produits jusqu’au mouton est donc louable (langyarns.com et QR code sur les pelotes du commerce).

En Suisse, la logique voudrait que le pays soit autosuffisant, au vu du nombre de moutons qui pâturent. Or la filière de la laine a disparu depuis que la centrale de collecte de Niederönz (BE) a fermé, en 2010. Pis, un tiers de la production finit incinérée. Un beau gâchis.

Heureusement, pour les tricoteurs avides de produits locaux, l’association Laines d’ici tente de recréer une filière indigène en collectant plusieurs tonnes chaque année auprès des éleveurs de l’arc jurassien. Comme nous l’explique Coraline Sandoz, tisserande et présidente de l’association, «la tâche n’est pas toujours aisée, car même les tondeurs sont aujourd’hui difficiles à trouver, du fait de la disparition de la filière». Malgré cela, la collecte annuelle est passée de 3 à 4€tonnes en 2015, et le nombre d’éleveurs participants s’est accru.

Une fois la laine triée selon sa qualité, l’association en transforme une partie en pelotes prêtes à tricoter ou en fagots de feutre qui sont vendus à son Centre régional de la laine, à Cernier (NE). Certes, les étiquettes présentes sur les pelotes sont moins exhaustives que celles du commerce, mais les conseils des professionnelles sur place les remplacent largement. Les tricoteurs les plus motivés pourront même apprendre à tisser, filer, teindre ou encore feutrer la laine grâce aux cours organisés en plus des cafés tricot gratuits (infos disponibles ici).

Outre cette association unique en son genre en Suisse, certains éleveurs continuent à valoriser la laine de leurs bêtes directement depuis la ferme (mohair-du-jorat.ch, p. ex.). Plus qu’un passe-temps, le tricot sert ainsi à soutenir l’agriculture locale.

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