Substances indésirables
Papier toilette: ce qui part avec la chasse d’eau
Bisphénols, PFAS, plastifiants se retrouvent tous dans quinze articles de ménage. Ces molécules finissent dans les eaux usées. Pourtant, aucun cadre légal clair ne les limite. Un panel a aussi évalué l’absorption et le confort d’utilisation.
03 novembre 2026
Quinze marques de papier toilette ont été analysées chimiquement en laboratoire et soumises à une dizaine de volontaires dans un test en conditions réelles durant huit semaines.
Jean-Luc Barmaverain
Delphine Gilliard
Scientifique Tests Comparatifs
Utilisé plusieurs fois par jour, le papier toilette contient des substances chimiques qui sont au contact de la peau, puis disparaissent dans l’eau. Cela justifie de connaître les risques que la santé humaine et celle de l’environnement encourent. La FRC a fait analyser quinze marques en laboratoire et les a soumises à une dizaine de volontaires dans un test en conditions réelles durant huit semaines.
La note finale tient compte des analyses chimiques, de l’expérience utilisateurs, de la part de fibres recyclées, de la provenance des fibres et du lieu de fabrication. Si les papiers recyclés sont moins chers à l’achat et utilisent moins de ressources naturelles, cela ne les empêche pas de contenir des composés indésirables. Toutefois, quelques rouleaux se distinguent positivement.
Aucune norme chimique n’encadre spécifiquement le papier toilette. Or on connaît mal son impact ni l’effet d’un cumul avec d’autres molécules dans l’eau.
Delphine Gilliard
Scientifique Test comparatifs
Le test utilisateurs
Épaisseur, absorption, efficacité, douceur sont les critères qu’a évalués le panel FRC. Faut-il prendre un papier recyclé ou à base de fibres fraîches? À l’usage, les deux se valent. Hakle, le plus cher, sort du lot, mais Kokett, un recyclé quatre fois moins cher au kilo, le suit de près. Pandoo, l’un des plus coûteux et à base de bambou, est le moins apprécié. Sa couleur beige n’a pas convaincu. Les feuilles à quatre couches sont en moyenne mieux appréciées que celles à trois. Cependant, les mieux notées sont aussi celles qui contiennent le plus d’additifs (antioxydants, plastifiants).
Le papier étant en contact avec la peau de manière répétée, est-ce problématique s’il est chimiquement chargé? Aucune étude de laboratoire ne l’a mesuré. Mais les expertes d’Unisanté, la professeure Nancy Hopf et la toxicologue Aurélie Berthet, considèrent le risque négligeable. Le contact, même répété, est trop bref pour que les molécules pénètrent la peau.
«Il manque des études»
«Les bisphénols sont éliminés par des stations d’épuration qui disposent d’un traitement au charbon actif, rappelle Alexandra Kroll, spécialiste des risques écotoxicologiques en milieu aquatique au Centre Ecotox. Dans le cas contraire, ils sont relâchés dans l’environnement. Et même à faible dose, ils y sont nocifs. Ceux présents dans le papier toilette peuvent donc être une source de préoccupation.
Les PFAS sont aussi persistants et toxiques. Même en traces, ils s’accumulent dans les eaux et finissent par revenir via la chaîne alimentaire. Quant aux autres substances, une grande partie n’a jamais été étudiée. On ignore donc leur risque pour l’environnement et, à long terme, pour la santé. C’est un problème!»
Le test chimique
L’éventail des substances recherchées était large: bisphénols, PFAS et différents additifs susceptibles d’être utilisés durant la fabrication, notamment des plastifiants, antioxydants, biocides, tensioactifs et solvants. Le recyclé contient surtout des traces de bisphénols. Les fibres fraîches presque pas, mais les papiers haut de gamme sont les plus chargés en additifs.
Sans surprise, les perturbateurs endocriniens bisphénols A et S se retrouvent dans tous les produits recyclés. La source provient du papier thermique jeté avec le vieux papier (ticket de caisse, billet de transport, étiquette). Si tous deux sont interdits à la fabrication depuis 2020, on en trouve encore, la cellulose étant recyclée plusieurs fois et le vieux papier circulant des années. Comme rien ne les justifie dans les fibres fraîches, certains rouleaux ont écopé d’un malus.
Les PFAS, encore eux! Le laboratoire a trouvé des traces de ces polluants dans sept rouleaux, recyclés ou non. Même en faible concentration, leur accumulation peut peser lourd avec le temps.
L’analyse a repéré 24 autres substances, apparaissant d’une à onze fois selon l’article analysé. Un plastifiant, l’ATBC pour Acétyl Citrate de Tributyle, est présent partout. Il provient probablement de la colle qui assemble les couches entre elles. Des traces de phtalates apparaissent dans huit papiers. Trois papiers en fibres fraîches, Tempo, Hakle et Prix Garantie, contiennent un cocktail d’antioxydants. Un biocide et un composé de la famille des adoucissants se retrouvent dans plusieurs papiers recyclés.
Ceci étant, lorsque l’ensemble du cycle de vie des produits est pris en compte, le papier recyclé reste malgré tout le choix le plus écologique.
Genève: et le traitement des eaux?
Interrogés, les Services industriels de Genève (SIG) disent ne pas pouvoir encore identifier les sources de PFAS dans les eaux usées. Les micropolluants sont suivis depuis des années et leur concentration est stable. Leur présence a nécessité des adaptations des stations d’épuration, qui éliminent 80% des molécules avant de rejeter les eaux traitées dans les rivières.
L’adaptation des stations d’épuration a un coût en Suisse. La Confédération finance jusqu’à 75% des installations grâce à une taxe de 9 fr. par habitant; Ce qui équivaut à Genève à 10 ou 20 fr. par ménage et par an.
Les marques réagissent
Le fabricant helvétique Tela assure que les traces de PFAS détectées ne sont pas ajoutées durant la fabrication. En l’absence de recommandations suisses, il se réfère à celles de l’institut allemand BfR et à l’écolabel Ange bleu, qui n’impose de mesurer, une fois par an, que le BPA. Or il s’agit d’un bisphénol perturbateur endocrinien, pas d’un PFAS. Et rappelle que les papiers toilette recyclés consomment moins de ressources naturelles que les fibres fraîches.
Les autres marques se contentent d’affirmer que leurs produits sont conformes et ne dépassent aucune norme. La réponse est facile à fournir, les limites légales étant inexistantes pour la plupart des substances chimiques trouvées.
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